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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-24PA03916

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-24PA03916

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-24PA03916
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI GIDE-LOYRETTE-NOUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Ajinomoto Foods Europe a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler le titre exécutoire n° 2023/1533 émis le 7 juin 2023 à son encontre par l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgriMer d’un montant de 734 816,51 euros de pénalités en raison d’un manquement à ses obligations relatives à l’utilisation de sucres hors quota réceptionnés en septembre 2017, d’annuler la décision du même jour par laquelle cet établissement a procédé à une compensation à hauteur des sommes litigieuses au titre des pénalités infligées, de la décharger du paiement de la somme de 734 816,51 euros et d’enjoindre à FranceAgriMer de lui reverser cette même somme.

Par un jugement n° 2318206 du 5 juillet 2024, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.



Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2024 et des mémoires enregistrés le 20 octobre 2025 et le 2 novembre 2025, ce dernier non communiqué, la société Ajinomoto Foods Europe, représentée par Me Vital-Durand et Me Brusq, demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2318206 du 5 juillet 2024 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'enjoindre à FranceAgriMer de produire le justificatif informatique permettant de vérifier que la copie du titre exécutoire, qu’il a produit en première instance, a bien été numérisée avant son dépôt le 8 juin 2023 ;

3°) de procéder à l'inscription en faux de la copie du titre exécutoire produit par FranceAgriMer pour justifier sa régularité, à défaut de produire le justificatif informatique précité, sur le fondement de l’article R. 633-1 du code de justice administrative ;

4°) d’annuler le titre exécutoire n° 2023/1533 émis le 7 juin 2023 à son encontre par lequel FranceAgriMer lui a ordonné de payer la somme de 734 816,51 euros de pénalités en raison d'un manquement à ses obligations relatives à l'utilisation de sucres hors quota réceptionné en septembre 2017 ;

5°) d’annuler la décision du 7 juin 2013 par laquelle FranceAgriMer a procédé à une compensation d'un montant de 734 816,51 euros au titre des pénalités infligées à son encontre ;

6°) de la décharger en conséquence de l'obligation de payer la somme de 734 816,51 euros mis à sa charge par le titre exécution n° 2023/1533 émis le 7 juin 2023 à son encontre par FranceAgriMer ;

7°) mettre à la charge de FranceAgriMer la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le titre exécutoire du 7 juin 2023, qui s’est borné à indiquer que sont jointes deux annexes relatives à l’ouverture de la procédure contradictoire concernant les pénalités sur les utilisations du sucre hors quota et à la fiche de liquidation ne comporte pas, ainsi, les bases de la liquidation, tandis que les annexes à ce titre n’étaient pas jointes à l’envoi du titre, comme l’établit l’affranchissement du courrier en cause ; en outre, les copies informatiques de documents produits en première instance ne sont pas authentiques et il doit être procédé à leur inscription en faux ; enfin, la motivation par référence à des annexes, sans explications suffisantes, ne répond pas aux exigences d’intelligibilité posées par l’arrêt de la Cour du 3 mars 2023 ;
- la créance revendiquée est privée de fondement à raison de l’abrogation du régime des quotas sucriers, alors qu’il y a lieu de faire application du principe selon lequel la loi répressive nouvelle doit, lorsqu'elle abroge une incrimination ou prononce des peines moins sévères que sous l’emprise de la loi ancienne, s'appliquer aux infractions commises avant son entrée en vigueur et n'ayant pas donné lieu à des condamnations passées en force de chose jugée et ce, alors que la règlementation en matière de quotas sucriers a fait l’objet d’une profonde modification depuis la date à laquelle les faits reprochés à l’appelante ont été commis puisque la méconnaissance d’une obligation de déclaration liée à ce régime de quotas n’est plus passible d’aucune sanction financière à compter du 30 septembre 2017 ;
- dès lors que l’opposition à l’exécution d’un titre exécutoire suspend son recouvrement forcé, une telle opposition suspend a fortiori un recouvrement de la créance par voie de compensation avec les sommes dont l’administration est elle-même débitrice envers son débiteur ; FranceAgriMer a opéré une compensation irrégulière, dès lors qu’il demeure débiteur à son égard de sommes complémentaires correspondant aux intérêts liés à la circonstance qu’il n’a pas restitué la somme de 734 816,51 euros dès la notification de l’arrêt rendu par la Cour.

Par des mémoires en défense enregistrés le 11 mars 2025 et le 30 octobre 2025, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgriMer, représenté par Me Vandepoorter (SELAS Seban & Associés), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le traité sur l’Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ;
- le règlement du Conseil n° 318/2006 du 20 février 2006 portant organisation commune des marchés dans le secteur du sucre ;
- le règlement (CE) n° 967/2006 de la Commission du 29 juin 2006 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 318/2006 du Conseil en ce qui concerne la production hors quota dans le secteur du sucre ;
- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) n° 922/72, (CEE) n° 234/79, (CE) n° 1037/2001 et (CE) n° 1234/2007 du Conseil ;
- le code civil ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Diémert,
- les conclusions de M. Jean-François Gobeill, rapporteur public,
- les observations de Me Brusq, avocat de la société Ajinomoto Foods Europe, et de Me Goachet substituant Me Vandepoorter, avocat de l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgriMer.



Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 19 juin 2018, l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgriMer a informé la société Ajinomoto Foods Europe qu’à la suite des manquements à ses obligations de preuve de l’utilisation du sucre hors quota pour des quantités de sucre réceptionnées en septembre 2017, elle était susceptible d’être redevable d’une somme de 734 816,51 euros, au titre des pénalités prévues par les dispositions du paragraphe 3 de l’article 9 du règlement (CE) n° 967/2006. Le 19 octobre 2018, FranceAgriMer a émis un avis de sommes à payer n° 0002988 pour un montant de 734 816,51 euros. Par courrier valant titre exécutoire du 5 décembre 2018, réceptionné le 6 décembre 2018, FranceAgriMer a demandé à la société Ajinomoto Foods Europe de procéder au versement de cette somme dans un délai de 30 jours. La société Ajinomoto Foods Europe a saisi le tribunal administratif aux fins d’annulation de l’avis des sommes à payer du 19 octobre 2018 et de la décision du 5 décembre 2018 par laquelle FranceAgriMer lui avait infligé ces pénalités, ainsi qu’à la décharge de l’obligation de payer afférente. Cette demande a été rejetée par un jugement n° 1901023 du 19 avril 2021 et la société a alors procédé au paiement de la somme demandée. Par un arrêt n° 21PA02909 du 3 mars 2023, la Cour a annulé ce jugement, l’avis des sommes à payer n° 0002988 ainsi que la décision du 5 décembre 2018, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête. Par courrier du 7 juin 2023 pris en exécution de cet arrêt, FranceAgriMer a notifié à la société Ajinomoto Foods Europe un titre de recette n° 2023/1533 d’un montant de 734 816,51 euros, ainsi qu’une décision de compensation concernant cette somme. La société Ajinomoto Foods Europe ayant demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de ce titre exécutoire, la décharge de l’obligation de payer afférente, ainsi que l’annulation de la décision de compensation du 7 juin 2023, cette juridiction a rejeté sa demande par un jugement du 5 juillet 2024 dont l’intéressée relève appel devant la Cour.

2. Aux termes de l’article 9 du règlement (CE) n° 967/2006 de la Commission du 29 juin 2006 : « (…) 2. Avant la fin du cinquième mois suivant chaque livraison, le transformateur apporte la preuve, à la satisfaction des autorités compétentes de l'État membre, de l'utilisation des matières premières industrielles pour la fabrication des produits conformément à l’agrément visé à l’article 5 et au contrat de livraison visé à l'article 6. La preuve comporte notamment l'enregistrement, dans les registres, des quantités de produits concernés, établi de façon automatisée au cours ou à l'issue du processus de fabrication. / 3. Si le transformateur n’a pas apporté la preuve conformément au paragraphe 2, il paye un montant de 5 EUR par tonne de la livraison concernée et par jour de retard à compter de la fin du cinquième mois suivant la livraison. / 4. Si le transformateur n’a pas apporté la preuve visée au paragraphe 2 avant la fin du septième mois suivant chaque livraison, la quantité concernée est réputée surdéclarée au sens de l’article 13. L’agrément du transformateur est retiré pour une période comprise entre trois et six mois en fonction de la gravité ». Aux termes de l’article 12 du même règlement : « 1. Au cours de chaque campagne de commercialisation, les autorités compétentes des États membres procèdent à des contrôles auprès de 50 % au moins des transformateurs agréés, sélectionnés selon une analyse de risque. / (…) / 3. Chaque contrôle fait l'objet d'un rapport de contrôle signé par le contrôleur, rendant compte avec précision des différents éléments du contrôle. Ce rapport indique notamment : / (…) / e) une évaluation de la gravité, de l'étendue, du degré de permanence et de la durée des défauts et des discordances éventuellement constatées ainsi que tous les autres éléments à prendre en considération pour l'application d'une sanction. (…) ». Aux termes de l’article 13 du même règlement : « 1. (…) En cas de surdéclaration des quantités de matières premières utilisées, le transformateur est tenu de payer un montant de 500 EUR par tonne surdéclarée (…) ».

Sur la légalité du titre exécutoire n° 2023/1533 émis le 7 juin 2023 :

En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire :

3. La société requérante soutient que, s’agissant de la période postérieure au 30 septembre 2017, le titre exécutoire est dépourvu de base légale dès lors que le régime des quotas agricoles résultant en partie des dispositions du règlement n° 967/2006 a cessé de produire des effets.

4. Aux termes de l’article 232 du règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 : « (…) 3. Les articles 127 à 144 et les articles 192 et 193 sont applicables jusqu'à la fin de la campagne de commercialisation 2016/2017 pour le sucre, le 30 septembre 2017. ».

5. Il résulte des dispositions précitées ainsi que de celles de l’article 12 du règlement (CE) n° 967/2006 de la Commission du 29 juin 2006 visé au point 2 que le contrôle des transformateurs, susceptible d’engendrer les sanctions énoncées à l’article 13 dudit règlement, s’applique au cours de chaque campagne de commercialisation, soit en l’espèce jusqu’au 30 septembre 2017. Si la réforme de l’Organisation commune du marché du sucre, intervenue en 2013 par l’adoption du règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) n° 922/72, (CEE) n° 234/79, (CE) n° 1037/2001 et (CE) n° 1234/2007 du Conseil, a conduit à l’abandon du système des quotas de production de sucre, avec effet au 1er octobre 2017, et a eu pour effet, à compter de cette même date, de rendre sans objet les dispositions des articles 9 et 13 du règlement (CE) n° 967/2006 de la Commission du 29 juin 2006, cette suppression de fait de la sanction, qui est donc la conséquence nécessaire de la suppression du système des quotas auquel elle était attachée, ne résulte pas de ce que la sanction alors applicable aurait été jugée inutile ou excessive.

6. Dès lors, l’abandon de la sanction ne présente pas le caractère d’une loi nouvelle plus douce qui ferait obstacle à l’application, dans la présente espèce, des dispositions des articles 9 et 13 du règlement (CE) n° 967/2006 de la Commission du 29 juin 2006. Par suite, la suppression du régime des quotas à partir de la fin de campagne de commercialisation 2016/2017, le 30 septembre 2017, ne saurait avoir d’effet sur les sanctions prononcées pour des quantités livrées avant cette date, au cours du mois de septembre 2017. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre exécutoire serait dépourvu de base légale doit être écarté.

En ce qui concerne la régularité du titre exécutoire :

7. La société requérante soutient, d’une part, que la décision attaquée est insuffisamment motivée dans la mesure où elle n’indique pas les bases de liquidation de la créance et dès lors que les pièces jointes annoncées dans cette décision n’étaient pas jointes au courrier du 7 juin 2023 et, d’autre part, qu’elle constituerait un faux.

8. Aux termes des dispositions de l’article R. 621-29 du code rural et de la pêche maritime, applicables à l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgriMer : « Sous réserve des dispositions de la présente section, l'établissement est soumis aux dispositions des titres Ier et III du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. ». Aux termes de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. (…) ». Une créance ne peut être mise en recouvrement sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s’est fondé pour déterminer le montant de la créance.

9. En premier lieu, il résulte de l’instruction que la décision du 7 juin 2023, à laquelle était jointe la décision de compensation datée du même jour, mentionne les articles 9 et 13 du règlement n° 967/2006 au fondement des pénalités financières, ainsi que le montant de la créance. S’il ne mentionne pas explicitement les bases et éléments de calcul, il indique que lui sont jointes deux annexes.

10. L’annexe n° 1 est composée de notes techniques, aussi appelées « fiches en simulation » datées du 19 juin 2018, qui précisent, sous forme de tableaux, pour chaque quantité de sucre réceptionnée, des données brutes factuelles.

11. L’annexe n° 2, intitulée « fiche de liquidation », synthétise les informations portées sur les « fiches en simulation » en explicitant de façon textuelle, sous chaque tableau, les modalités de calcul ainsi que les manquement commis et la référence pour chacun de ces derniers aux textes de droit communautaire applicables qui ont été méconnus.

12. Ainsi, ces documents pris dans leur ensemble, qui expliquent les éléments de calcul de la créance, présentent un degré d’intelligibilité suffisant pour que l’on puisse, à leur simple lecture, en saisir immédiatement la portée, et permettaient à la société requérante de contester les bases de liquidation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. Si la société requérante soutient, en se fondant sur la valeur de l’affranchissement acquitté par FranceAgriMer, que ces annexes n’étaient pas jointes au courrier du 7 juin 2023, elle n’apporte au soutien de cette allégation aucun élément nouveau de nature à permettre à la Cour de remettre en cause, sur ce point, l’appréciation portée par les premiers juges s’agissant, au regard de la tarification en vigueur afférente à l’envoi dudit courrier, de la possibilité matérielle que lesdites annexes fussent effectivement insérées dans l’enveloppe postale. Elle échoue ainsi à démontrer que FranceAgrimer n’aurait pu lui expédier à la fois, et dans la même enveloppe postale, la décision et ses annexes. Il y a donc lieu, par adoption du motif retenu à bon droit par les premiers juges au point 16 du jugement attaqué, d’écarter cette branche du moyen.

14. En second lieu, si la société requérante soutient en outre, en se fondant sur des différences de couleur et de présence de certaines mentions manuscrites, que la décision qui lui a été notifiée constituerait un faux, il ressort de l’instruction que cette allégation n’est pas établie, dès lors que ces différences, au demeurant minimes, résultent du visa de la décision, initialement prise par l’ordonnateur, par le comptable de l’établissement public.
15. Ces moyens doivent donc être écartés.

Sur la légalité de la décision du 7 juin 2013 portant compensation :

16. Aux termes de l’article 1347 du code civil : « La compensation est l'extinction simultanée d'obligations réciproques entre deux personnes. / Elle s'opère, sous réserve d'être invoquée, à due concurrence, à la date où ses conditions se trouvent réunies. ». Aux termes de l’article 1347-1 du même code : « Sous réserve des dispositions prévues à la sous-section suivante, la compensation n'a lieu qu'entre deux obligations fongibles, certaines, liquides et exigibles. / Sont fongibles les obligations de somme d'argent, même en différentes devises, pourvu qu'elles soient convertibles, ou celles qui ont pour objet une quantité de choses de même genre. ».

17. En premier lieu, la société requérante soutient que, dès lors que l’opposition à l’exécution d’un titre exécutoire suspend son recouvrement forcé, une telle opposition suspend a fortiori un recouvrement de la créance par voie de compensation avec les sommes dont l’administration est elle-même débitrice envers son débiteur.

18. Si l'opposition formée par le débiteur à l'encontre du titre de perception émis à son encontre suspend la possibilité pour l'administration de recourir aux modes de recouvrement forcé, elle est sans incidence sur l'exigibilité de la créance constatée par ce titre et, par suite, ne fait pas obstacle à ce que l’administration opère une compensation. Au demeurant, la décision de compensation est intervenue le 7 juin 2023, alors que l’arrêt n° 21PA02909 de la Cour a été rendu le 3 mars 2023, et aucune opposition n’était ainsi en œuvre à cette première date.

19. Le moyen doit donc être écarté.

20. En second lieu, la société requérante soutient que FranceAgriMer a opéré une compensation irrégulière dès lors qu’elle est fondée à demander le paiement des intérêts relatifs à la somme de 734 816,51 euros qui ne lui a pas été restituée dès la notification de l’arrêt de la Cour du 3 mars 2023 annulant le titre exécutoire n° 0002988

21. L'annulation par une décision juridictionnelle d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation éventuelle par l'administration, que les sommes perçues par celle-ci sur le fondement du titre ainsi dépourvu de base légale soient immédiatement restituées à l'intéressé.

22. En l’espèce, l’annulation prononcée par l’arrêt du 3 mars 2023 pour un motif de forme, n’impliquait pas nécessairement que la somme perçue par l’administration fût immédiatement restituée à la société requérante, alors, au demeurant, qu’il est loisible à la société requérante de solliciter, après compensation, si elle s’y croit fondée, le paiement du surplus qu’elle estime lui être dû.

23. Le moyen doit donc être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la société Ajinomoto Foods Europe n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l’annulation du titre exécutoire et de la décision en date du 7 juin 2024. Les conclusions de la requête dirigées contre ce titre, cette décision et ce jugement doivent donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction.

Sur les frais de l’instance :

25. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Ajinomoto Foods Europe, qui succombe dans la présente instance, en puisse invoquer le bénéfice. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à sa charge, sur ce même fondement, le versement à FranceAgrimer de la somme de 1 500 euros.


DÉCIDE :


Article 1er : La requête de la société Ajinomoto Foods Europe est rejetée.

Article 2 : La société Ajinomoto Foods Europe versera à l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgrimer une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société Ajinomoto Foods Europe et à l’établissement national des produits de l’agriculture et de la mer FranceAgriMer.


Délibéré après l’audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Ivan Luben, président de chambre,
- M. Stéphane Diémert, président-assesseur,
- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 novembre 2025.




Le rapporteur,
S. DIÉMERT
Le président,
I. LUBEN

La greffière,
Y. HERBER


La République mande et ordonne au ministre de l’agriculture, de l’agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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