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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA01165

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA01165

mercredi 25 février 2026

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA01165
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDBCJ AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... C... et Mme B... C... ont demandé au tribunal administratif de Montreuil de prononcer la décharge de l’obligation de payer la somme de 872 430,39 euros résultant d’une saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022 en vue du recouvrement de cotisations d’impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2009 et 2010.

Par un jugement no 2212386 du 13 janvier 2025, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars et 12 septembre 2025, M. et Mme C..., représentés par Me Junguenet, demandent à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 13 janvier 2025 du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) de prononcer la décharge de l’obligation de payer la somme de 872 430,39 euros ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la créance est prescrite dès lors que le délai de prescription ne peut être considéré comme ayant été interrompu au motif que le comptable public n’était pas compétent pour prendre les actes de poursuite ;
- les mises en demeure de payer et le procès-verbal de carence ne sont pas interruptifs du délai de prescription ;
- la saisie administrative à tiers détenteur n’est pas interruptive de prescription en l’absence de notification régulière ;
- la proposition de rectification des impositions litigieuses et la procédure d’imposition sont irrégulières.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2025, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens analysés ci-dessus n’est fondé.

Par ordonnance du 17 septembre 2025, la clôture d'instruction initialement fixée au 22 septembre 2025, a été reportée au 8 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2009-707 du 16 juin 2009 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l’arrêté du 19 mars 2010 portant création de pôles de recouvrement spécialisé dans les services déconcentrés de la direction générale des finances publiques ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Breillon,
- et les conclusions de M. Perroy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C... ont demandé au tribunal administratif de Montreuil de prononcer la décharge de l’obligation de payer la somme procédant d’une saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022 correspondant à des cotisations d’impôt sur le revenu et de contributions sociales qui leur ont été réclamées au titre des années 2009 et 2010. Par la présente requête, ils relèvent appel du jugement rejetant leur demande.

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 252 du livre des procédures fiscales : « Le recouvrement des impôts est confié aux comptables publics compétents par arrêté du ministre chargé du budget. (…) ». Aux termes de l’article 116 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « (…) Le comptable compétent pour la mise en œuvre de l'action en recouvrement est le comptable public du lieu du domicile du débiteur au moment de l'émission du titre de perception, sauf dérogation du ministre chargé du budget. (…) ».


3. Le pôle de recouvrement spécialisé de la Seine-Saint-Denis, poste comptable constitué au sein de la direction départementale des finances publiques en vertu du décret du 16 juin 2009 relatif aux services déconcentrés de la direction générale des finances publiques, a été créé par arrêté du 19 mars 2010 susvisé. L’article 3 de cet arrêté dispose que : « Le comptable chargé d'un pôle de recouvrement spécialisé est compétent pour engager ou poursuivre toute procédure visant au recouvrement des créances qu'il a prises en charge directement ou dont la responsabilité lui a été transférée par un autre comptable du département. » Ainsi, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme C..., le comptable du pôle de recouvrement spécialisé de la Seine-Saint-Denis était compétent pour poursuivre le recouvrement des créances dues par les intéressés domiciliés dans le département de la Seine-Saint-Denis et émettre ainsi les mises en demeure de payer du 18 août 2020. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du comptable public doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 274 du livre des procédures fiscales, applicable au présent litige : « Les comptables publics des administrations fiscales qui n’ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l’envoi de l’avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable (…) ».

5. En l’espèce, les cotisations d’impôt sur le revenu dues au titre des années 2009 et 2010 ainsi que les contributions sociales correspondantes ont fait l’objet respectivement d’une mise en demeure de payer les 31 mai et 28 juin 2013. Puis, l’huissier des finances publiques a dressé un procès-verbal de saisie-vente en date du 5 octobre 2016, signé par M. et Mme C..., transformé en procès-verbal de carence. Enfin, le pli contenant les mises en demeure de payer en date du 18 août 2020 a été régulièrement adressé au domicile des intéressés qui en ont été avisés le 21 août suivant, le pli ayant été retourné à l’administration comme « non réclamé ». Contrairement à ce que soutiennent les appelants, ces actes qui constituent des actes de poursuite ont régulièrement interrompu le délai de prescription de quatre ans. Par suite, le délai de prescription n’était pas échu à la date de notification de la saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022.

6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 262 du livre des procédures fiscales, applicable au présent litige : « 1. Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. (…) »

7. En l’espèce, le pli contenant la saisie administrative à tiers détenteur du 21 mars 2022 a été présenté au domicile de M. et Mme C... le 24 mars suivant et a été retourné à l’administration comme « non réclamé ». Par suite, dès lors que la saisie à tiers détenteur a été régulièrement notifiée, elle est interruptive du délai de prescription quadriennale.

8. En dernier lieu, les moyens tirés de l’irrégularité de la procédure d’imposition se rattachent au contentieux d’assiette et sont sans incidence sur l’obligation de payer en litige. Ils ne peuvent donc être utilement invoqués à l’occasion du présent contentieux de recouvrement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. et Mme C... tendant à être déchargés de l’obligation de payer résultant de la saisie à tiers détenteur du 21 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.


DECIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... C... et Mme B... C... et au ministre de l’action et des comptes publics.

Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques d’Ile-de-France et de Paris.


Délibéré après l'audience du 11 février 2026, à laquelle siégeaient :

- Mme Vidal, présidente de chambre,
- Mme Bories, présidente assesseure,
- Mme Breillon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2026.


La rapporteure,
A. BREILLONLa présidente,
S. VIDAL




Le greffier,
C. MONGIS



La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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