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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-25PA02300

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-25PA02300

jeudi 11 décembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-25PA02300
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure :


De première part, Mme Y... AC..., au nom de ses deux enfants mineurs et Mme N... V..., en son nom propre, ont demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler, d’une part, la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 8 janvier 2024 par Mme U... V..., grand-mère paternelle des enfants de Mme Y... AC..., tendant au rapatriement de Mme N... V..., âgée de dix-huit ans et fille aînée de Mme Y... AC..., ainsi qu’à celui des deux enfants mineurs de cette dernière, depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien et, d’autre part, la décision du 16 septembre 2024 par laquelle le ministre de l’Europe et des affaires étrangères a rejeté la demande formée le 8 janvier 2024 par Mme V..., tendant aux mêmes fins, et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement nos 2416567- 2430332 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 16 septembre 2024 du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 8 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.

De deuxième part, Mme G... F... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 8 janvier 2024 par Mme AF... et M. AM... F..., grands-parents de ses cinq enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement no 2416581 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 8 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.


De troisième part, Mme AS... P..., en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024 par M. AP... P..., grand-père de ses deux enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement no 2416578 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 5 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.


De quatrième part, Mme AB... O..., au nom son enfant mineur, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler, d’une part, la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 8 janvier 2024 par
Mme B... I..., tante paternelle de son fils, tendant au rapatriement de ce dernier, depuis le camp où il est détenu dans le nord-est syrien et, d’autre part, la décision du 16 septembre 2024 par laquelle ce ministre a expressément rejeté cette demande, et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande, en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement nos 2417525-2430333 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 8 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.


De cinquième part, Mme H... A..., en sa qualité de représentante légale de ses quatre enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le
5 janvier 2024 par Mme M... et M. AT... A..., grands-parents de ses quatre enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022

Par un jugement n° 2416603 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 5 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.


De sixième part, Mme AK... AN..., en sa qualité de représentante légale de ses quatre enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024 par Mme K... AG..., tante de ses quatre enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien, et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement n° 2416569 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 5 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.


De septième part, Mme AO... AE... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024 par Mme C... et M. Z... AE..., grands-parents de ses quatre enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien.

Par un jugement n° 2416572 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 5 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.


De huitième part, Mme J... T... AV... Q... a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024 par Mme AI... et M. AH... L... ainsi que Mme D... T... et M. Z... AV... Q..., grands-parents de ses quatre enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien, et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement n° 2416597 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 5 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement.


De neuvième et dernière part, Mme AL... AD... en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024 par Mme S... et M. AA... AD..., grands-parents de ses deux enfants mineurs, tendant à leur rapatriement depuis le camp où ils sont détenus dans le nord-est syrien, et d’enjoindre à l’État de réexaminer la demande en assortissant ce réexamen de garanties contre l’arbitraire conformément à l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022.

Par un jugement n° 2416583 du 13 mars 2025, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et a enjoint à ce ministre de réexaminer la demande du 5 janvier 2024 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Procédure devant la Cour :

I. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02300, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement nos 2416567-2430332 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme Y... AC... et par Mme N... V....

Il soutient que :

- l’ordre juridictionnel administratif n’est pas compétent pour connaître du litige, dès lors que les motifs qui fondent la décision attaquée relèvent de la conduite des relations internationales de la France ;
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce qu’il n’a pas examiné s’il existait des motifs légitimes et raisonnables dépourvus d’arbitraire fondant la décision de refus opposée à la demande de rapatriement ;
- le refus de rapatriement est fondé sur des considérations d’ordre juridique, diplomatique et matériel.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le
11 juillet 2025, Mme Y... AC..., agissant également au nom de son fils mineur X... V..., Mme R... V... et Mme N... V..., représentées par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 8 janvier 2024 et de la décision du 16 septembre 2024 du même ministre, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau leur demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire, tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :
- les moyens du recours ne sont pas fondés ;
- l’ordre juridictionnel administratif est compétent pour connaitre du litige ;
- la décision litigieuse méconnait l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022 et l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- le ministre ne peut légalement ni sérieusement se fonder sur leur défaut de volonté d’être rapatriées.


II. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 et régularisé le 15 mai 2025 sous le n° 25PA02301, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416581 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme G... F....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Il soutient en outre que la demande de première instance est irrecevable dès lors qu’une précédente demande tendant aux mêmes fins a déjà été rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme G... F..., agissant également au nom de ses cinq enfants mineurs, représentée par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 8 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire, tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


III. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02302, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416578 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme AS... P....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Il soutient en outre que la demande de première instance est irrecevable dès lors qu’une précédente demande tendant aux mêmes fins a déjà été rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme AS... P..., agissant également au nom de ses deux enfants mineurs, représentées par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


IV. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02303, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement nos 2417525-2430333 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme AB... O....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme AB... O..., agissant également au nom de son fils mineur, représentée par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 8 janvier 2024 et de la décision du 16 septembre 2024 du même ministre, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300.

V. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02304, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416603 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme H... A....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Il soutient en outre que la demande de première instance est irrecevable dès lors qu’une précédente demande tendant aux mêmes fins a déjà été rejetée

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme H... A..., agissant également au nom de ses quatre enfants mineurs, représentée par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


VI. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02305, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416569 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme AK... AN....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Il soutient en outre que la demande de première instance est irrecevable dès lors qu’une précédente demande tendant aux mêmes fins a déjà été rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme AK... AN..., agissant également au nom de ses trois enfants mineurs AB..., W... et AR..., et Mme AU... AN..., représentée par Me Dosé, concluent au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


VII. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02306, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416572 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme AO... AE....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Il soutient en outre que la demande de première instance est irrecevable dès lors qu’une précédente demande tendant aux mêmes fins a déjà été rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme AO... AE..., agissant également au nom de ses quatre enfants mineurs, représentée par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


VIII. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02307, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416597 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme J... AQ... Q....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.

Il soutient en outre que la demande de première instance est irrecevable dès lors qu’une précédente demande tendant aux mêmes fins a déjà été rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme J... AQ... Q..., agissant également au nom de ses quatre enfants mineurs, représentée par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


IX. Par un recours enregistré le 13 mai 2025 sous le n° 25PA02308, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2416583 du 13 mars 2025 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande présentée devant le tribunal administratif de Paris par
Mme AL... AD....

Il soulève les mêmes moyens que dans l’instance n° 25PA02300.


Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2025 et une pièce enregistrée le 11 juillet 2025, Mme AL... AD..., agissant également au nom de ses deux enfants mineurs, représentée par Me Dosé, conclut au rejet du recours, à l’annulation de la décision implicite née du silence gardé par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur la demande formée le 5 janvier 2024, à ce qu’il soit enjoint à ce ministre d’instruire de nouveau sa demande de rapatriement en assortissant la procédure d’instruction de garanties contre l’arbitraire tel que recommandé par la Cour européenne des droits de l’Homme dans son arrêt du 14 septembre 2022 dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’État en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les mêmes moyens de défense que dans l’instance n° 25PA02300 et, en outre, que la demande de première instance est recevable.


Par un mémoire en réplique commun aux neuf instances n° 25PA02300, n° 25PA02301, n° 25PA02302, n° 25PA02303, n° 25PA02304, n° 25PA02305, n° 25PA02306, n° 25PA02307 et n° 25PA02308, enregistré le 17 octobre 2025, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères persiste dans ses précédents moyens et conclusions.

Il soutient en outre que :

S’agissant de l’exécution des jugements du tribunal administratif de Paris du 13 mars 2025 :
- il a été procédé à l’entière exécution des jugements attaqués par le réexamen de la situation des intéressés et le rejet de leurs demandes respectives de rapatriement par des décisions en date du 12 mai 2025 qui ont ensuite fait l’objet de nouvelles demandes d’annulation présentées devant le tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme AC... :
- l’intéressée a refusé de bénéficier de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- Mme AC... et Mme V... se sont désistées de leur demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 25197955 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme F... :
- l’intéressée a accepté de bénéficier, avec l’ensemble de ses enfants, de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519749 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;



S’agissant de la famille de Mme P... :
- l’intéressée a refusé de bénéficier de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519750 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme O... :
- l’intéressée a refusé de bénéficier de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519756 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme A... :
- son fils AJ... a bénéficié de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- l’intéressée a en revanche refusé d’en bénéficier, ainsi que pour ses trois autres enfants ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519748 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme AN... :
- l’intéressée a refusé de bénéficier de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519751 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme AE... :
- l’intéressée a refusé de bénéficier de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519747 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme T... AV... Q... :
- l’intéressée a accepté de bénéficier, pour elle-même et ses enfants, de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519757 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris ;

S’agissant de la famille de Mme AD... :
- l’intéressée a refusé de bénéficier de l’opération de rapatriement organisée le 16 septembre 2025 ;
- elle s’est désistée de sa demande d’annulation de la décision du 12 mai 2025 et il a été donné acte de ce désistement par une ordonnance n° 2519753 du 3 octobre 2025 de la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris.


Le 13 novembre 2025, les parties dans ces neuf instances ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la Cour est susceptible de relever d’office le moyen, d’ordre public, tiré de ce que, les neuf litiges ayant désormais perdu leur objet, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions et moyens des recours et des conclusions des intimées en tant qu’ils sont respectivement dirigés contre le bien-fondé des neuf jugements attaqués ou contre la légalité des décisions contestées.

Par un mémoire enregistré le 19 novembre 2025 à 21 h 41, Mmes AC... et V...,
Mme F..., Mme P..., Mme O..., Mme A..., Mme AN..., Mme AE..., par
Mme AQ... Q... et Mme AD... ont présenté des observations en réponse à cette communication.
Elles font valoir que le prononcé d’un non-lieu à statuer n’est pas fondé.


Par un mémoire enregistré le 20 novembre 2025 à 10 h 31, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, en réponse à cette communication, déclare prendre acte du prononcé d’un non-lieu à statuer.


Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la Constitution, notamment son préambule et ses articles 20 et 55 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et le quatrième protocole additionnel à cette convention, ratifiés et publiés en vertu de la loi n° 73-1227 du 31 décembre 1973 et du décret n° 74-360 du 3 mai 1974 ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;
- le décret n° 2012-1511 du 28 décembre 2012 portant organisation de l'administration centrale du ministère des affaires étrangères ;
- les décrets n° 2024-37 du 24 janvier 2024 et n° 2025-28 du 8 janvier 2025 relatifs aux attributions du ministre de l'Europe et des affaires étrangères ;
- le code de justice administrative.

Vu l’arrêt nos 24384/19 et 44234/20 du 14 septembre 2022 de la Cour européenne des droits de l’Homme (Grande chambre).


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Diémert,
- les conclusions de M. Jean-François Gobeill, rapporteur public,
- et les observations de Me Dosé et de Me Gamba-Martini, avocates de Mmes AC... et V..., de Mme F..., de Mme P..., de Mme O..., de Mme A..., de Mme AN..., de Mme AE..., de Mme AQ... Q... et de Mme AD....



Considérant ce qui suit :

1. De première part, Mme Y... AC... est la mère de N... V..., de Hajar V... et de X... V..., nés respectivement en 2005, en 2006 et en 2015. Ils sont tous quatre détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 8 janvier 2024, la grand-mère paternelle des enfants a saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de ses petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et il n’a pas davantage été répondu à la demande du 11 mars 2024 de communication des motifs fondant ce refus. Mme AC..., agissant au nom de ses enfants mineurs à la date d’enregistrement de la demande et Mme N... V..., devenue majeure à cette date, ont demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de cette décision implicite de rejet. Par la suite, le 16 septembre 2024, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères a pris une décision explicite de refus de la demande du 8 janvier 2024, dont l’annulation a été demandée par les mêmes requérantes.

2. De deuxième part, Mme G... F... est la mère de cinq enfants mineurs, nés respectivement en 2013, 2014, 2016, 2017 et 2018. Ils sont tous les six détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 8 janvier 2024, les grands-parents maternels des enfants ont saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de leurs petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 8 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Mme F..., en sa qualité de représentante légale de ses cinq enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants.

3. De troisième part, Mme AS... P... est la mère de deux enfants mineurs, nés respectivement en 2016 et 2017. Ils sont tous les trois détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 5 janvier 2024, le grand-père maternel des enfants a saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de ses petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 5 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Par la présente requête, Mme P..., en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs, demande l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants

4. De quatrième part, Mme AB... O... est la mère de M. E... O... (né en 2016). Ils sont tous deux détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 8 janvier 2024, la tante paternelle de l’enfant a saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de son neveu. Il n’a pas été répondu à cette demande, et elle a demandé le 11 mars 2024 la communication des motifs de la décision implicite, demande à laquelle il n’a pas été davantage répondu. Mme O..., agissant au nom de son fils mineur, a demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de cette décision implicite. Par la suite, le 16 septembre 2024, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères a pris une décision explicite de refus de la demande du 8 janvier 2024, dont l’annulation a également demandée par l’intéressée au tribunal administratif de Paris.

5. De cinquième part, Mme H... A... est la mère de quatre enfants mineurs, nés respectivement en 2009, 2011, 2015 et 2019. Ils sont tous les cinq détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 5 janvier 2024, les grands-parents maternels des enfants ont saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de leurs petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 5 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Mme A..., en sa qualité de représentante légale de ses quatre enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants.

6. De sixième part, Mme AK... AN... est la mère de quatre enfants, qui étaient respectivement âgés de seize, huit, sept et cinq ans à la date à laquelle elle a saisi le tribunal administratif de Paris. Ils sont tous les cinq détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le
5 janvier 2024, la tante paternelle des enfants a saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de ses neveux et nièces. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 5 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Mme AN..., en sa qualité de représentante légale de ses quatre enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants.

7. De septième part, Mme AO... AE... est la mère de quatre enfants mineurs, nés respectivement en 2012, 2014, 2016 et 2017. Ils sont tous les cinq détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 5 janvier 2024, les grands-parents maternels des enfants ont saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de leurs petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 5 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Mme AE..., en sa qualité de représentante légale de ses quatre enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants.

8. De huitième part, Mme J... T... AV... Q... est la mère quatre enfants mineurs, nés respectivement en 2010, 2014, 2016 et 2018. Ils sont tous les cinq détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 5 janvier 2024, les grands-parents des enfants ont saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de leurs petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 5 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Mme T... AV... Q..., en sa qualité de représentante légale de ses quatre enfants mineurs, a demandé au tribunal administratif de Paris l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants.

9. De neuvième part, Mme AL... AD... est la mère de deux enfants mineurs, nés respectivement en 2016 et 2018. Ils sont tous les trois détenus dans un des camps du nord-est syrien. Le 5 janvier 2024, les grands-parents maternels des enfants ont saisi par courrier électronique le ministre de l’Europe et des affaires étrangères d’une demande tendant au rapatriement de leurs petits-enfants. Il n’a pas été répondu à cette demande et une décision implicite de rejet est née le 5 mars 2024. Il n’a pas été davantage répondu à la demande de communication des motifs formée le 11 mars 2024. Par la présente requête, Mme AD..., en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs, demande l’annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande de rapatriement de ses enfants.

10. Le tribunal administratif de Paris, faisant droit aux demandes des intéressées, a, par neuf jugements en date du 13 mars 2025, prononcé l’annulation de l’ensemble des décisions de refus contestées devant lui et a enjoint au ministre de l’Europe et des affaires étrangères de réexaminer les demandes respectives de rapatriement.

11. Le ministre de l’Europe et des affaires étrangères relève appel de ces neuf jugements devant la Cour.

12. Les recours n° 25PA02300, n° 25PA02301, n° 25PA02302, n° 25PA02303, n° 25PA02304, n° 25PA02305, n° 25PA02306, n° 25PA02307 et n° 25PA02308 du ministre de l’Europe et des affaires étrangères présentent à juger des questions identiques et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même arrêt.




Sur le cadre juridique du litige :

13. Aux termes du second paragraphe de l’article 3 du quatrième protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être privé du droit d’entrer sur le territoire de l’État dont il est le ressortissant ».

14. La requête tendant à l’annulation d’une décision rejetant une demande de rapatriement d’un national français détenu à l’étranger, qui ne peut être rendu possible par la seule délivrance d’un titre lui permettant de franchir les frontières françaises mais nécessiterait l’engagement de négociations avec des autorités étrangères ou une intervention sur un territoire étranger, n’est pas détachable de la conduite des relations internationales de la France. Par suite, elle échappe en principe à la compétence de toute juridiction.

15. Par son arrêt de grande chambre nos 24384/19 et 44234/20 du 14 septembre 2022, la Cour européenne des droits de l’Homme a jugé, à propos de la situation de citoyens français retenus dans les camps du nord-est de la Syrie, qu’aucune obligation de droit international conventionnel ou coutumier ne contraint la France à rapatrier ses ressortissants, ce dont il résulte que les intéressés ne sont pas fondés à réclamer le bénéfice d’un droit général au rapatriement au titre du droit d’entrer sur le territoire national garanti par les stipulations du quatrième protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Toutefois, celles-ci font naître une telle obligation positive à l’égard de l’État en présence de circonstances exceptionnelles et eu égard aux particularités d’un cas donné, lorsque le refus d’entreprendre toute démarche conduirait le national concerné à se retrouver dans une situation comparable, de facto, à celle d’un exilé. La Cour a également jugé que le rejet d’une demande de retour sur le territoire français ainsi présentée dans ce contexte doit pouvoir faire l’objet d’un examen individuel approprié, par un organe indépendant et détaché des autorités exécutives de l’État, sans pour autant qu’il doive s’agir d’un organe juridictionnel. Cet examen doit permettre d’évaluer les différents éléments, notamment factuels, qui ont amené ces autorités à décider qu’il n’y avait pas lieu de faire droit à la demande de rapatriement et de contrôler la légalité d’une décision rejetant une telle demande, soit que les autorités compétentes aient refusé d’y faire droit, soit qu’elles se soient efforcées d’y donner suite mais sans résultat. Ce contrôle doit aussi, d’une part, permettre au requérant de prendre connaissance, même sommairement, des motifs de la décision et ainsi de vérifier que ceux-ci reposent sur une base factuelle suffisante et raisonnable et, d’autre part, permettre de vérifier que les autorités compétentes ont effectivement pris en compte, dans le respect du principe d’égalité s’agissant du droit d’entrer sur le territoire national, l’intérêt supérieur des enfants ainsi que leur particulière vulnérabilité et leurs besoins spécifiques et que les motifs tirés de considérations impérieuses d’intérêt public ou de difficultés d’ordre juridique, diplomatique et matériel que les autorités exécutives pourraient légitimement invoquer sont dépourvus d’arbitraire.

16. Il résulte des stipulations de l’article 46 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales que la complète exécution d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme condamnant un État partie à la convention implique, en principe, que cet État prenne toutes les mesures qu’appellent, d’une part, la réparation des conséquences que la violation de la convention a entraînées pour le requérant et, d’autre part, la disparition de la source de cette violation. L’autorité qui s’attache aux arrêts de la Cour implique en conséquence non seulement que l’État condamné, auquel il appartient, eu égard à la nature essentiellement déclaratoire des arrêts de la Cour, de déterminer les moyens de s'acquitter de l'obligation qui lui incombe ainsi, verse à l’intéressé les sommes que la Cour lui a allouées au titre de la satisfaction équitable prévue par l’article 41 de la convention, mais aussi qu’il adopte les mesures individuelles et, le cas échéant, générales nécessaires pour mettre un terme à la violation constatée.

17. En l’absence d’adoption de dispositions de nature législative ou réglementaire visant à en assurer l’exécution, l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme du 14 septembre 2022 implique seulement que, lorsque les circonstances exceptionnelles qu’il envisage sont réunies, le juge administratif, saisi d’un recours tendant à l’annulation d’une décision des autorités de l’État rejetant une demande de rapatriement d’un national français détenu à l’étranger, fondé sur la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 3 du quatrième protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, contrôle que cette décision a été prise par une autorité compétente à cette fin et, si des moyens sont soulevés en ce sens par le requérant, qu’il existait des motifs légitimes et raisonnables dépourvus d’arbitraire la justifiant, qu’elle précise ces motifs ou, à défaut, que ceux-ci sont communiqués au demandeur, et qu’elle ne soit pas entachée de détournement de pouvoir.

18. De telles modalités, qui doivent conduire le juge à tenir compte des motifs tirés de considérations impérieuses d’intérêt public ou de difficultés d’ordre juridique, diplomatique et matériel que les autorités exécutives pourraient légitimement invoquer, ne portent atteinte à aucune règle ou à aucun principe de valeur constitutionnelle, notamment ni à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789, ni à l’article 20 de la Constitution dès lors qu’elles ne retirent pas au Gouvernement la compétence que lui attribue cet article en matière de conduite de la politique étrangère de la France et qui ne saurait, sauf à méconnaître ces dispositions, être confiée à une autorité indépendante.

Sur la régularité des jugements attaqués :

19. Le ministre soutient que le tribunal administratif a, à tort, reconnu la compétence de l’ordre juridictionnel administratif alors que les litiges relèvent de la conduite des relations internationales de la France, et que les jugements attaqués sont insuffisamment motivés en ne prenant pas en compte les difficultés d’ordre juridique, diplomatique et matériel qui compliquent une éventuelle opération de rapatriement.

20. En l’espèce, il ressort des pièces des dossiers que les intimées et leurs enfants se trouvaient détenues depuis plusieurs années dans le camp de Roj, dans des conditions de dénuement, d’insalubrité et d’insécurité extrêmes, dans une zone de conflit armé du nord-est de la Syrie échappant à tout contrôle d’une autorité étatique. Des menaces directes pesaient sur l’intégrité physique et la vie des enfants, qui se trouvaient ainsi placés dans une situation de grande vulnérabilité. Enfin, les intéressés étaient dans l’impossibilité de quitter ce camp pour rejoindre le territoire national sans l’assistance des autorités françaises. Dans ces conditions, l’exigence de « circonstances exceptionnelles » au sens de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme mentionné au point 15 devait être regardée comme établie. Par suite, le ministre n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par les neuf jugements attaqués, qui sont suffisamment motivés sur ce point par la mention des conditions de détention des enfants concernés, le tribunal administratif de Paris a retenu la compétence de la juridiction administrative pour connaitre des demandes qui lui ont été présentées.

Sur le bien-fondé des jugements attaqués :


21. L’effet utile de l’annulation pour excès de pouvoir des décisions implicites ou explicites opposées aux demandes de rapatriement présentées par les proches des intimées réside dans l’obligation, que le juge peut prescrire d’office en vertu des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l’autorité compétente, de prendre les mesures jugées nécessaires, soit, en l’espèce, après réexamen des demandes des intéressés, de reprendre une nouvelle décision répondant aux conditions rappelées aux points 15 et 17. La légalité de ce refus doit, dès lors, être appréciée par la Cour au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date du présent arrêt.

22. En l’espèce, il ressort des pièces des dossiers, et notamment des productions du ministre lui-même qu’il a, en exécution des neuf jugements attaqués, procédé au réexamen de la situation des intéressés et qu’il a pris le 12 mai 2025, respectivement, neuf nouvelles décisions motivées rejetant les demandes de rapatriement.

23. Ces neuf décisions ont respectivement fait l’objet, par les intéressées, d’une demande d’annulation devant le tribunal administratif de Paris dans le cadre des instances n° 2519757
(Mme AQ... Q...), n° 2519749 (Mme F...), n° 2519748 (Mme A...), n° 2519751
(Mme AN...), n° 2519753 (Mme AD...), n° 2519750 (Mme P...), n° 2519747
(Mme AE...), n° 2519756 (Mme O...) et n° 2519755 (Mme AC...).

24. Le 16 septembre 2025, les autorités françaises ont organisé une opération de rapatriement qui a conduit, d’une part, au retour en France de Mme F... et de l’ensemble de ses enfants, de Mme AQ... Q... et de l’ensemble de ses enfants, de l’une des filles de Mme AN... devenue majeure et de l’un des enfants de Mme A..., et, d’autre part, à l’expression de la volonté explicite des autres intéressées de ne pas bénéficier pour elles-mêmes et leurs enfants mineurs de cette opération et de demeurer en Syrie.

25. Par des ordonnances en date du 3 octobre 2025, la présidente de la 4ème section du tribunal administratif de Paris a donné acte du désistement de l’ensemble des demandeurs dans les instances mentionnées au point 24.

26. Il résulte de ce qui précède que, eu égard à l’effet utile des demandes, tel que précisé au point 21, les neuf litiges ont perdu de leur objet et il n’y a dès lors plus lieu de statuer, ni sur le surplus des moyens et conclusions du ministre de l’Europe et des affaires étrangères ni sur les conclusions d’appel présentées respectivement par Mmes AC... et V..., par Mme F..., par Mme P..., par Mme O..., par Mme A..., par Mmes AN..., par Mme AE..., par
Mme AQ... Q... et par Mme AD....

27. Dans les circonstances particulières à ces neuf instances, les intimées ne sont pas fondées à demander que soient mises à la charge de l’État, qui ne peut être regardé comme y succombant, les sommes qu’elles réclament sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


DÉCIDE :

Article 1er : Les recours du ministre de l’Europe et des affaires étrangères sont rejetés en tant qu’y est contestée la compétence de l’ordre juridictionnel administratif retenue par les neuf jugements attaqués.

Article 2 : Il n’y a plus lieu de statuer sur le surplus des conclusions du ministre de l’Europe et des affaires étrangères et sur les conclusions dirigées contre les décisions de ce ministre précédemment annulées par le tribunal administratif de Paris et celles tendant au prononcé d’injonctions, présentées respectivement par Mmes AC... et V..., par Mme F..., par Mme P..., par Mme O..., par Mme A..., par Mmes AN..., par Mme AE..., par Mme AQ... Q... et par Mme AD....

Article 3 : L’ensemble des conclusions respectivement présentées par Mmes AC... et V..., par Mme F..., par Mme P..., par Mme O..., par Mme A..., par Mmes AN..., par
Mme AE..., par Mme AQ... Q... et par Mme AD... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié :
- au ministre de l’Europe et des affaires étrangères ;
- à Mme Y... AC..., à Mme R... V... et à Mme N... V...,
- à Mme G... F...,
- à Mme AS... P...,
- à Mme AB... O...,
- à Mme H... A...,
- à Mme AK... AN... et à Mme AU... AN...,
- à Mme AO... AE...,
- à Mme J... AQ... Q...,
- à Mme AL... AD....


Délibéré après l’audience du 20 novembre 2025 à laquelle siégeaient :

- M. Ivan Luben, président de chambre,
- M. Stéphane Diémert, président-assesseur,
- Mme Hélène Brémeau-Manesme, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 décembre 2025.


Le rapporteur,
S. DIÉMERT
Le président,
I. LUBEN

La greffière,
C. POVSE


La République mande et ordonne au ministre de l’Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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