jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-19VE02363 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ALEXANDRE-LEVY-KAHN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Iso France Fenêtres, venant aux droits de la société Menuiseries Plastiques Puiseautine, a demandé au tribunal administratif de Versailles de condamner le centre hospitalier Jean-Martin Charcot à lui verser la somme de 59 976,21 euros en règlement du solde du lot n° 3 " Menuiseries extérieures / Façades " du marché de travaux de construction d'une unité de cent trente-neuf lits à Plaisir, cette somme étant assortie des intérêts à compter du 19 septembre 2012, et de mettre à sa charge la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1402043 du 13 juin 2019, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et deux mémoires enregistrés respectivement le 28 juin 2019, 12 juillet 2019 et 19 novembre 2020, la société Iso France Fenêtres, représentée par Me Alexandre, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de condamner le centre hospitalier Jean-Martin Charcot à lui verser la somme de 59 976,21 euros avec intérêts à compter du 19 septembre 2012 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Charcot la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la résiliation du marché prononcée le 19 mars 2012 n'était pas justifiée, ce marché ayant été conclu le 26 novembre 2004 et complété par trois avenants ; un marché achevé à hauteur de 98 % ne peut être résilié ;
- en réglant 90 % des situations de travaux, le centre hospitalier a reconnu l'état d'avancement de ces travaux ; l'avancement du chantier, dans les situations, était de 95 % ; le chantier était quasiment achevé pour le lot n° 3 ; d'ailleurs, il n'a pas été fait appel à une autre entreprise pour achever ce lot ;
- les difficultés rencontrées sont imputables au maître d'ouvrage et au maître d'œuvre ; le jugement ne se prononce pas sur les difficultés rencontrées par le maître d'ouvrage avec le maître d'œuvre ; ces difficultés ne peuvent être imputées aux entreprises ;
- elle n'avait d'autre solution que de contester le décompte, des pénalités lui ayant été appliquées de manière totalement injustifiée ; le remboursement des pénalités provisoires a été validé par les différents maîtres d'œuvre ;
- les constats établis lors de la résiliation confirment l'état d'avancement du chantier ; les serrures définitives ne sont posées que la veille de la réception ; les autres désordres ne peuvent constituer que des réserves à la réception et ne justifient pas une résiliation du marché ; les constats effectués font apparaître soit l'existence de travaux de finition, soit des désordres imputables à l'arrêt du chantier ou au fluage des planchers ; les travaux réalisés sont largement sous-évalués dans le décompte, l'ensemble des châssis, stores, volets roulants et bavettes ayant été posés ; si, à la suite du fluage, des vitrages ont été cassés et des châssis déréglés, ces désordres ne lui sont pas imputables ;
- le constat réalisé le 14 décembre 2012 est intervenu en violation de l'article 46.2 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) Travaux dès lors qu'elle n'a pas été régulièrement convoquée ;
- les règlements d'acomptes ne peuvent intervenir sans avoir été entièrement vérifiés et acceptés par le maître d'ouvrage conformément à l'article 95 du code des marchés publics ; si le maître d'ouvrage peut contrôler a posteriori un acompte provisionnel, il lui appartient de justifier que cet acompte ne correspond pas aux travaux effectivement réalisés ; tel n'est pas le cas en l'espèce ;
- en application de l'article 43 du CCAG Travaux, l'entrepreneur n'est pas responsable de la garde des ouvrages ; les ouvrages ont été endommagés alors qu'elle n'en avait plus la garde ; elle entend contester les déductions appliquées dans le décompte ;
- deux réclamations ont été présentées à la suite de la notification du décompte général ;
- l'article 13.52 du CCAG Travaux ne trouve pas à s'appliquer en l'absence de groupement d'entreprises titulaire du lot n° 3 ; les mémoires en réclamation ont été régulièrement présentés par le conseil de l'exposante ;
- le centre hospitalier a déjà été indemnisé par son assureur.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2020, le centre hospitalier de Plaisir, représenté par Me Cabanes, avocat, demande à la cour :
1°) de rejeter la requête de la société Iso France Fenêtres ;
2°) de mettre à la charge de cette dernière le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués par la société Iso France Fenêtres ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux approuvé par le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Sauvageot, rapporteure publique,
- les observations de Me Generet, pour la société Iso France Fenêtres et celles de Me Bernard, pour le centre hospitalier de Plaisir.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre hospitalier Jean-Martin Charcot, aux droits duquel vient le centre hospitalier de Plaisir, a attribué le 26 novembre 2004 à la société Menuiserie Plastique Puiseautine le lot n° 3 " Menuiseries extérieures / Façades " des travaux de construction d'une unité de cent trente-neuf lits pour un prix global et forfaitaire de 503 207 euros HT, porté à 517 945 euros HT par un avenant n° 1 du 1er juin 2006. L'ordre de service prescrivant le commencement des travaux a été notifié le 7 mars 2005 et les travaux devaient s'achever le 24 juillet 2006. Toutefois, les planchers réalisés par l'entreprise chargée du gros-œuvre s'étant affaissés, divers désordres en ont résulté et le chantier a accusé un important retard, également lié à la défaillance de plusieurs constructeurs. Le rapport de l'expert désigné, à la demande du centre hospitalier, par une ordonnance du juge des référés du 3 juillet 2007 a été déposé le 6 mars 2010. Les travaux n'ont néanmoins pas repris et le centre hospitalier a finalement résilié le marché de la société Menuiserie Plastique Puiseautine par courrier du 19 mars 2012 sur le fondement de l'article 46.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG Travaux). Le 19 septembre 2012, la société Iso France Fenêtres, venant aux droits de la société Menuiserie Plastique Puiseautine, a présenté son projet de décompte final faisant apparaître un solde en sa faveur d'un montant de 59 976,21 euros TTC. Après réalisation de constats contradictoires le 18 décembre 2012, le maître d'ouvrage lui a notifié, par un courrier du 10 juin 2013, un décompte général faisant apparaître un solde en faveur de l'hôpital de 327 263,14 euros TTC. Par une décision du 27 février 2014, le solde du marché à la charge du titulaire a été ramené à la somme de 300 969,90 euros TTC. La société Iso France Fenêtres a saisi le tribunal administratif de Versailles d'une demande tendant à la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 59 976,21 euros TTC, majorée des intérêts moratoires, en règlement du solde du marché. Elle relève appel du jugement du 13 juin 2019 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. La société Iso France Fenêtres doit être regardée comme soutenant que le tribunal administratif n'a pas répondu au moyen tiré des difficultés rencontrées par le maître d'ouvrage avec le maître d'œuvre, celles-ci ne pouvant lui être imputées. Toutefois, à supposer que ces difficultés aient eu un impact les travaux exécutés par la société Menuiserie Plastique Puiseautine, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur l'établissement du décompte du marché, les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne pouvant ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché lorsqu'elles sont imputables à des fautes commises par d'autres intervenants. Par suite, ce moyen étant inopérant, le tribunal administratif n'était pas tenu d'y répondre.
Au fond :
En ce qui concerne le bien-fondé de la résiliation :
3. Aux termes de l'article 46.1 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux (CCAG Travaux) applicable au marché litigieux : " Il peut être mis fin à l'exécution des travaux faisant l'objet du marché, avant l'achèvement de ceux-ci par une décision de résiliation du marché qui en fixe la date d'effet. / Le règlement du marché est fait alors selon les modalités prévues aux 3 et 4 de l'article 13, sous réserve des autres stipulations du présent article. / Sauf dans les cas de résiliation prévus aux articles 47 et 49, l'entrepreneur a droit à être indemnisé, s'il y a lieu, du préjudice qu'il subit du fait de cette décision. Il doit, à cet effet, présenter une demande écrite, dûment justifiée, dans le délai de quarante-cinq jours compté à partir de la notification du décompte général ".
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du sinistre survenu en juillet 2006, le centre hospitalier a été confronté à d'importantes difficultés liées notamment à l'abandon de sa mission de conduite d'opération par la direction départementale de l'équipement, à la défaillance du conducteur d'opération retenu pour la remplacer, à l'incapacité de la nouvelle équipe de maître d'œuvre à reprendre le chantier, à la résiliation du contrat conclu avec le nouveau maître d'œuvre, à la mise en liquidation judiciaire de l'entreprise chargée du gros œuvre et à l'abandon du chantier par l'entreprise chargée de la mission ordonnancement, pilotage et coordination. Dans ce contexte, le centre hospitalier a décidé de mettre un terme aux différents marchés et a procédé à leur résiliation. Il justifie ainsi d'un motif suffisant pour procéder à la résiliation du marché en litige. Si la société requérante soutient, sans toutefois l'établir, que le marché conclu près de huit années auparavant était exécuté à 98 %, cette circonstance ne faisait cependant pas obstacle à sa résiliation pour motif d'intérêt général. La résiliation du marché ayant été prononcée le 19 mars 2012, les constatations effectuées le 18 décembre 2012 n'ont pas constitué le motif de cette résiliation contrairement à ce que soutient la société requérante.
En ce qui concerne la régularité de la convocation à la réunion de constatations relatives aux ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés :
5. Aux termes de l'article 46.2 du CCAG Travaux : " En cas de résiliation, il est procédé, l'entrepreneur ou ses ayants droit, tuteur, curateur ou syndic, dûment convoqués, aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés, ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé procès-verbal de ces opérations. / L'établissement de ce procès-verbal emporte réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, avec effet de la date d'effet de la résiliation, tant pour le point de départ du délai de garantie défini à l'article 44 que pour le point de départ du délai prévu pour le règlement final du marché au 32 de l'article 13 ".
6. Il résulte de l'instruction que la société Iso France Fenêtres a été convoquée par un courrier de la société Lavalin du 26 novembre 2012 pour la réalisation des constats contradictoires en vue de l'élaboration du décompte des travaux de son marché le 18 décembre 2012. Il est constant que la société Iso France Fenêtres était représentée lors de cette réunion. Par suite, alors même que son marché avait été résilié le 19 mars 2012, le moyen tiré de ce qu'elle n'a pas été régulièrement convoquée pour procéder aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés conformément aux stipulations précitées de l'article 46.2 du CCAG Travaux doit être écarté.
En ce qui concerne l'état d'avancement des travaux :
7. Aux termes de l'article 91 du code des marchés publics dans sa version applicable au marché en litige : " Les règlements d'avances et d'acomptes n'ont pas le caractère de paiements définitifs ; leur bénéficiaire en est débiteur jusqu'au règlement final du marché ou, lorsque le marché le prévoit, jusqu'au règlement partiel définitif ". Aux termes de son article 95 : " Les opérations effectuées par le titulaire d'un marché qui donnent lieu à versement d'avances ou d'acomptes, à règlement partiel définitif ou à paiement pour solde, doivent être constatées par un écrit dressé par la personne publique contractante ou vérifié et accepté par elle ".
8. En premier lieu, si le centre hospitalier a validé le paiement à la société requérante de ses acomptes jusqu'en juillet 2007, cette validation représentant la somme totale de 491 547,67 euros HT soit plus de 90 % du montant total du marché, il résulte des dispositions précitées de l'article 91 du code des marchés publics que cette circonstance ne faisait pas obstacle à la remise en cause de ces versements jusqu'au règlement final du marché en fonction de l'état d'avancement des travaux réellement constaté après la réception. Par suite, la société Iso France Fenêtres ne peut se prévaloir de la validation et du paiement de ses acomptes pour établir que les travaux étaient réalisés à hauteur de 95 % lors de la réception. En outre, l'état d'avancement des ouvrages ne saurait être regardé comme établi par la circonstance que le centre hospitalier n'a pas fait appel avant la résiliation à une autre entreprise pour achever les travaux du lot n° 3.
9. En second lieu, s'il incombe au centre hospitalier de justifier que les acomptes versés ne correspondent pas à l'état des ouvrages constaté lors de la réception, il résulte de l'instruction qu'un procès-verbal de constat accompagné d'annexes relatives à l'avancement des travaux et aux différentes réserves zone par zone a été établi à partir des constatations contradictoires effectuées le 18 décembre 2012 conformément aux stipulations précitées de l'article 46.2 du CCAG Travaux. Ce procès-verbal relève notamment l'absence de poignées sur les châssis ou fenêtres, le manque de rosace du cylindre sur les portes extérieures, l'existence d'occultations motorisées sans branchement sur les amenées électriques, le défaut d'occultations sur quelques fenêtres, le manque de serrures et de poignées, la présence de vitrages cassés, des châssis déposés ou le manque de châssis, la mauvaise étanchéité réalisée sous le bloc-porte donnant à l'extérieur, la présence de châssis vitrés donnant dans les patios posés avec un faux aplomb, l'existence de couvertines déposées ou le manque de celles-ci sur les acrotères, l'absence de signalétiques sur tous les ouvrants d'accès pompier et le défaut de mise en jeux des portes extérieures. Compte tenu des réfactions opérées, ce procès-verbal a proposé d'accepter les travaux à concurrence de la somme de 229 551,46 euros HT et de fixer le solde du marché à la charge du titulaire, notamment après application des pénalités, à la somme de 327 263,14 euros TTC, ultérieurement ramenée par le maître d'ouvrage à la somme de 300 969,90 euros TTC. Si la société Iso France Fenêtres conteste l'absence de poignées ou de serrures, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les constatations contradictoires effectuées le 18 décembre 2012. Si certains défauts alors constatés relèvent de travaux de finition, il n'est pas contesté qu'ils incombaient au titulaire du lot n° 3 et que ces défauts pouvaient être pris en compte pour apprécier l'état des ouvrages exécutés lors de la résiliation du marché. Enfin, si ces défauts sont imputables au fluage des ouvrages résultant du sinistre survenu en 2006, cette circonstance est par elle-même sans incidence sur l'établissement du décompte.
10. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier doit être regardé comme apportant la preuve de l'état des ouvrages lors de la résiliation du marché par le procès-verbal de constatations contradictoires établi le 18 décembre 2012 et ses annexes. Par suite, la société Iso France Fenêtres n'est pas fondée à soutenir que les travaux réalisés auraient été largement sous-évalués au motif que l'ensemble des châssis, stores, volets roulants et bavettes auraient été posés.
En ce qui concerne l'existence de difficultés imputables au maître d'ouvrage ou au maître d'œuvre :
11. La société Iso France Fenêtres soutient que l'état des ouvrages constaté le 18 décembre 2012 résulte de difficultés imputables au maître d'ouvrage et au maître d'œuvre.
12. En premier lieu, la société Iso France Fenêtres n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'une faute du maître d'ouvrage à l'égard de son cocontractant susceptible d'être prise en compte dans l'établissement du décompte.
13. En second lieu, si les désordres constatés le 18 décembre 2012 sur les ouvrages réalisés par la société Iso France Fenêtres ont partiellement pour origine le fluage des planchers béton réalisés par l'entreprise titulaire du lot gros œuvre, la société Iso France Fenêtres n'est cependant pas fondée à soutenir que le centre hospitalier devrait en supporter la charge dans le cadre de l'établissement du décompte de son marché dès lors qu'il lui incombe, si elle s'y croit recevable et fondée, de rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres entreprises qui sont intervenues dans cette opération, notamment du maître d'œuvre, pour obtenir réparation de ses préjudices.
En ce qui concerne la garde des ouvrages :
14. Aux termes de l'article 43.1 du CCAG Travaux : " Le présent article s'applique lorsque le marché, ou un ordre de service, prescrit à l'entrepreneur de mettre, pendant une certaine période, certains ouvrages ou certaines parties d'ouvrages, non encore achevés, à la disposition du maître de l'ouvrage et sans que celui-ci en prenne possession, afin notamment de lui permettre d'exécuter, ou de faire exécuter par d'autres entrepreneurs, des travaux autres que ceux qui font l'objet du marché ". Aux termes de l'article 43.3 du même cahier : " Sous réserve des conséquences des malfaçons qui lui sont imputables, l'entrepreneur n'est pas responsable de la garde des ouvrages ou parties d'ouvrages pendant toute la durée où ils sont mis à la disposition du maître de l'ouvrage ".
15. La société Iso France Fenêtres soutient que les dégradations constatées sur ses ouvrages sont intervenues à une période au cours de laquelle elle n'en avait pas la garde, de sorte que le maître d'ouvrage ne pouvait procéder à une réfaction à ce titre.
16. Toutefois, antérieurement à la réception, la garde de l'ouvrage incombe en principe à l'entrepreneur et le prix global et forfaitaire du marché est censé tenir compte de toutes les sujétions d'exécution des travaux normalement prévisibles. En l'espèce, ce prix tient compte des dépenses communes de chantier en vertu de l'article 3-2.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) lesquelles comprennent les dépenses de chauffage, les frais de gardiennage de l'ouvrage et les frais de nettoyage, de réparation et de remplacement des fournitures et matériels mis en œuvre et détériorés ou contournés, en particulier lorsque l'auteur des dégradations ou des détournements ne peut être découvert.
17. Par ailleurs, si la société Iso France Fenêtres soutient qu'elle n'avait pas l'entière disposition de l'ouvrage lorsque le chantier était à l'arrêt, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait été empêchée, durant cette période, d'assurer ou de faire assurer avec les autres entreprises en charge des travaux, le gardiennage et le chauffage du bâtiment en construction et la protection des travaux qu'elle avait réalisés.
18. Enfin, si le centre hospitalier a assuré lui-même la surveillance du chantier lorsqu'il était à l'arrêt, il n'est pas établi que l'ouvrage ou certaines parties de l'ouvrage ont été mis à sa disposition au cours de cette période conformément aux stipulations précitées de l'article 43.1 du CCAG Travaux, aucune procédure de mise à disposition n'ayant été mise en œuvre. Ainsi, le centre hospitalier ne peut être regardé comme ayant reçu la garde de l'ouvrage. Par suite, la société Iso France Fenêtres n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier ayant eu la garde des ouvrages ou parties d'ouvrages mis à sa disposition, il doit supporter la responsabilité des conséquences de leur dégradation.
En ce qui concerne l'existence d'une double indemnisation du centre hospitalier :
19. Il ne résulte pas de l'instruction, en particulier de la quittance subrogatoire du 23 février 2012 produite par le centre hospitalier, que ce dernier aurait été indemnisé par son assureur des désordres survenus sur les travaux réalisés par la société Iso France Fenêtres ou que ces désordres auraient été répercutés sur les décomptes des autres constructeurs. En tout état de cause, ces circonstances sont par elles-mêmes sans incidence sur le bien-fondé du décompte du marché de la société requérante.
En ce qui concerne les pénalités :
20. Il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général établi le 27 février 2014, que des pénalités pour absences à des réunions de chantier, d'un montant de 1 200 euros, et pour retard d'un montant de 22 550 euros, ont été appliquées au titulaire. Le centre hospitalier précise les dates de ces réunions. Les pièces du dossier font apparaître qu'un retard de quarante-neuf jours a été constaté en avril 2006 pour la pose des menuiseries au rez-de-chaussée bas. A l'appui de sa requête, la société Iso France Fenêtres se borne à soutenir que les pénalités ont été appliquées de manière totalement injustifiée et que le remboursement des pénalités provisoires aurait été validé par les différents maîtres d'œuvre en charge de l'opération. Toutefois, cette validation n'est pas établie. Ainsi, le centre hospitalier établit le bien-fondé des pénalités appliquées, lequel n'est pas remis en cause par les seuls éléments invoqués par la société Iso France Fenêtres.
21. Il résulte de tout ce qui précède que la société Iso France Fenêtres n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier de Plaisir, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse une somme à la société Iso France Fenêtres au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Iso France Fenêtres le versement au centre hospitalier de Plaisir de la somme de 2 000 euros sur ce fondement.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Iso France Fenêtres est rejetée.
Article 2 : La société Iso France Fenêtres versera la somme de 2 000 euros au centre hospitalier de Plaisir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société Iso France Fenêtres et au centre hospitalier de Plaisir.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,
M. Camenen, président assesseur,
Mme Janicot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
G. BLa présidente,
C. Signerin-Icre La greffière,
M. A La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026