jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-20VE01098 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | DEROUDILLE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision de la directrice générale de l'office public de l'habitat (OPH) de Châtillon du 12 octobre 2017 le plaçant d'office en position de disponibilité pour une durée de neuf mois à compter du 2 février 2017.
Par une ordonnance n° 1708690 du 21 décembre 2017, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis la demande de M. A au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Par un jugement n° 1712150 du 30 janvier 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 1er avril 2020, 23 avril 2021 et 27 juillet 2021, l'OPH de Châtillon, représenté par Me Quesnot-Filippi, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif ;
3°) de mettre à la charge de M. A le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il a considéré qu'il n'avait pas respecté l'obligation de reclassement ;
- les décisions de placement en disponibilité ne sont pas au nombre de celles devant être obligatoirement motivées ; en tout état de cause, la décision du 12 octobre 2017 est suffisamment motivée en droit et en fait ;
- il a satisfait à son obligation de reclassement ; sur les vingt-cinq postes de l'office, treize pouvaient être confiés à M. A mais aucun n'était sédentaire ; l'aménagement de l'un de ces postes était impossible ; M. A a été invité à présenter une demande de reclassement ; aucun poste compatible avec les restrictions médicales et les compétences de M. A n'était disponible ; des démarches actives ont été mises en place pour tenter de reclasser M. A ; si trois postes ont été disponibles pendant son placement en disponibilité, M. A ne pouvait les occuper ; le comité médical n'a pas préconisé un aménagement de poste et aucun aménagement n'était possible ; l'exposant a proposé un changement d'affectation à M A que ce dernier a refusé ; l'aménagement de poste qui a eu lieu en février 2020 n'était pas envisageable en 2017 au regard de l'état de santé de M. A ;
- à titre principal, les moyens d'appel invoqués par M. A tirés de l'insuffisante motivation de la décision contestée, de l'absence de respect de l'obligation de tenter d'aménager le poste et de rechercher un changement d'affectation sont irrecevables ; M. A n'a aucun intérêt à faire appel, le dispositif du jugement ne lui faisant pas grief ; à titre subsidiaire, ces moyens seront rejetés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 août 2020, 7 mai 2021 et 16 août 2021, M. A, représenté par Me Deroudille, avocat, demande à la cour :
1°)de rejeter la requête ;
2°)de mettre à la charge de l'OPH de Châtillon le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses moyens sont recevables ;
- la décision contestée est au nombre de celles qui doivent être motivées et elle est insuffisamment motivée ;
- l'OPH n'était pas lié par l'avis du comité médical ; aucune tentative d'aménagement de son poste n'a été faite ; ce réaménagement était facile et a d'ailleurs été effectué alors que son état de santé n'avait pas évolué ; l'OPH a manqué à son obligation de lui proposer un changement d'affectation ; aucun élément ne permet d'établir que l'office a effectué des recherches sérieuses pour son reclassement.
Par une ordonnance du 26 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 février 2022.
Un mémoire, enregistré le 3 février 2023, a été présenté pour M. A, soit après la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Sauvageot, rapporteure publique,
- les observations de Me Quesnot-Filippi, pour l'OPH de Châtillon, et celles de Me Deroudille pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. L'office public de l'habitat (OPH) de Châtillon relève appel du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 30 janvier 2020 qui a annulé la décision de sa directrice générale du 12 octobre 2017 plaçant M. A, adjoint technique territorial de 2e classe, en position de disponibilité d'office pour inaptitude physique pour une durée de neuf mois à compter du 2 février 2017.
Sur les fins de non-recevoir opposées par l'OPH de Châtillon aux écritures de M A :
2. En premier lieu, M. A, intimé, ne présente pas de conclusions tendant à l'annulation du jugement attaqué et se borne, ainsi qu'il lui est loisible de le faire, à reprendre les moyens qu'il avait soulevés en première instance. Par suite, l'OPH de Châtillon n'est pas fondé à soutenir que les moyens d'appel de M. A seraient irrecevables.
3. En second lieu, il ressort de l'examen du dossier de première instance que M. A avait présenté devant le tribunal administratif non seulement un moyen de légalité interne mais aussi un moyen de légalité externe tiré du défaut de motivation de la décision contestée. Ainsi, les moyens qu'il invoque en appel ne relèvent pas d'une cause juridique distincte de celles de sa demande. Par suite, l'OPH de Châtillon n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que ces moyens seraient constitutifs d'une demande nouvelle et qu'ils devraient être écartés comme irrecevables.
Sur la régularité du jugement attaqué :
4. Le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait entaché d'une erreur d'appréciation en ce qui concerne la méconnaissance par l'OPH de Châtillon de son obligation de reclassement se rattachent au bien-fondé du raisonnement suivi par le tribunal administratif et est sans incidence sur la régularité de ce jugement. Il doit, par suite, être écarté.
Au fond :
5. Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, dans sa rédaction alors applicable : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade après avis de la commission administrative paritaire () ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " Lorsque l'état physique d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas d'exercer des fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale (), après avis du comité médical, invite l'intéressé soit à présenter une demande de détachement dans un emploi d'un autre corps ou cadres d'emplois, soit à demander le bénéfice des modalités de reclassement prévues à l'article 82 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, hors cadres, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984 () ".
6. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état physique, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste occupé par cet agent peut être adapté à son état physique ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec son état de santé. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de l'inviter à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Il n'en va autrement que si l'état de santé du fonctionnaire le rend totalement inapte à l'exercice de toute fonction.
7. Il ressort des pièces du dossier que le comité médical départemental, lors de sa séance du 17 novembre 2016, a conclu à l'inaptitude physique de M. A à l'exercice de ses fonctions d'agent d'entretien, en préconisant la mise en œuvre d'un changement d'affectation sur un poste sédentaire et, à défaut, d'un reclassement. Cet avis a été maintenu lors de la séance du 22 juin 2017, le comité médical départemental ayant alors émis un avis favorable au placement de M. A en disponibilité d'office pour une période de neuf mois à compter du 2 février 2017. M. A ayant été reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions d'agent d'entretien, il incombait à l'OPH de Châtillon d'accomplir les diligences nécessaires en vue d'assurer l'adaptation de son poste à son état de santé, son changement d'affectation ou son reclassement.
8. Pour justifier des démarches accomplies en vue d'un changement d'affectation puis d'un reclassement de M. A, l'OPH de Châtillon produit notamment trois attestations des 31 janvier 2018, 12 février 2021 et 7 avril 2021 par lesquelles sa directrice générale certifie que l'office n'était pas en mesure de proposer à l'intéressé un changement d'affectation sur un poste sédentaire ou un reclassement dans un autre cadre d'emplois, aucun poste n'étant disponible lors de sa mise en disponibilité d'office le 2 février 2017. Toutefois, à supposer même qu'aucun autre poste compatible avec l'état de santé de M. A et ses compétences n'était alors disponible au sein de l'office, il n'est pas établi, en particulier par le compte-rendu de la réunion du personnel du 10 février 2017 indiquant que M. A ne détient pas le diplôme requis pour occuper le seul poste vacant relatif à la gestion des paies et carrières, que l'office a satisfait à ses obligations résultant de la constatation de l'inaptitude médicale de l'agent à l'exercice de ses fonctions d'agent d'entretien, notamment en procédant à une adaptation de son poste de travail, laquelle est d'ailleurs finalement intervenue en 2020. Il n'est pas établi qu'une telle adaptation n'était pas envisageable lors du placement de M. A en disponibilité d'office. Dans ces conditions, la décision en litige plaçant M. A en disponibilité d'office est entachée d'illégalité.
9. Il résulte de ce qui précède que l'OPH de Châtillon n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision du 12 octobre 2017 plaçant M. A en position de disponibilité d'office.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que l'OPH de Châtillon demande à ce titre. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de l'OPH de Châtillon une somme de 2 000 euros à verser à M. A sur le fondement des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de l'OPH de Châtillon est rejetée.
Article 2 : L'OPH de Châtillon versera à M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D A et à l'office public de l'habitat de Châtillon.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,
M. Camenen, président assesseur,
Mme Janicot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
Le rapporteur,
G. C La présidente,
C. Signerin-Icre
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026