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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE01435

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE01435

mardi 26 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE01435
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDE METZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 19 mars 2019 du préfet de police de Paris portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, d'enjoindre au préfet de police de Paris, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le mois suivant le jugement à intervenir, et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me de Metz qui renoncera alors au versement de l'aide juridictionnelle.

Par un jugement n° 1907544 du 9 décembre 2019, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2020 et régularisée le 2 octobre 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 octobre 2021, M. B, représenté par Me de Metz, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler, à titre principal, la décision du préfet de police de Paris lui refusant un titre de séjour et, à titre subsidiaire, celle l'obligeant à quitter le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, Me de Metz renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- en ne statuant pas sur le volet " salarié " du refus opposé à sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal administratif a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation ainsi que d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît également la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2005, l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ainsi que l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 27 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me de Metz, avocate, pour M. B.

Une pièce produite par Me de Metz pour M. B a été enregistrée postérieurement à l'audience le 8 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1963 à Divo (Côte d'Ivoire), fait appel du jugement du 9 décembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande en annulation de l'arrêté du 19 mars 2019 du préfet de police de Paris refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

2. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement des dispositions précitées, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Pour refuser d'admettre au séjour M. B sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de salarié, le préfet de police de Paris a relevé que l'intéressé avait déclaré renoncer à sa demande sur ce point. Toutefois, il n'en justifie pas la seule pièce qu'il produit consistant en un relevé de notes signé d'un agent de la préfecture, dont la formulation ambigüe ne fait au surplus pas état clairement du renoncement allégué et comporte, au contraire, la mention " article 40 ", le titre de séjour délivré à titre exceptionnel en qualité de " salarié " étant issu de l'article 40 de la loi n° 2006-1631 du 20 novembre 2007.

5. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment des énonciations non contestées du jugement, devenu définitif, du tribunal administratif de Paris en date du 1er février 2017, que M. B réside en France depuis l'année 2006 au moins. Il fait d'ailleurs valoir, sans être contesté, avoir été titulaire d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale " valable du 21 novembre 2013 au 20 août 2014. Il se prévaut, en outre, de son insertion sur le marché du travail en indiquant, à cet effet, avoir travaillé au sein de la société KAL Sécurité Privée de décembre 2014 à mars 2015, et être titulaire d'un contrat à durée indéterminée, conclu le 1er juillet 2015 en qualité d'agent de sécurité à temps plein au sein du groupe SFP. Il produit en ce sens ses bulletins de salaire ainsi que le contrat dont il fait état. Il justifie également du suivi de plusieurs formations à l'issue desquelles lui a notamment été délivrée l'attestation " Equipier de première intervention ", et avoir obtenu les certificats nécessaires à l'exercice des fonctions d'agent de sécurité tel que le certificat de sauveteur secouriste du travail niveau 1 et celui de qualification professionnelle " agent de prévention et de sécurité ". Dans ces conditions, compte tenu de la grande ancienneté de la présence en France de M. B ainsi que de son insertion professionnelle significative, le préfet de police ne pouvait, sans commettre une erreur manifeste d'appréciation, lui opposer les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande. Ainsi, sa décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et, par voie de conséquence, celle portant obligation de quitter le territoire français, doivent être annulées sur ce fondement.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la régularité du jugement attaqué ainsi que sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Considérant qu'aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

8. Le présent arrêt implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de M. B, que l'administration délivre à ce dernier un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de délivrer au requérant un tel titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me de Metz, avocate de M. B désigné au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 19 mars 2019 refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

Article 3 : L'Etat versera à Me de Metz la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me de Metz renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le jugement n° 1907544 du 9 décembre 2019 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bresse, président de chambre,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Deroc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

M. DerocLe président,

P. BresseLa greffière,

C. Fourteau

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

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