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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE02131

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE02131

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE02131
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D A C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision du 4 octobre 2016 par laquelle le maire de la commune de Colombes l'a muté au sein du service nettoyage de la commune, de condamner la commune de Colombes à lui verser la somme de 67 220,46 euros en réparation des préjudices qu'il a subis et de mettre à la charge de la commune de Colombes la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 1801491 du 3 mars 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné la commune de Colombes à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 août 2020, le 1er novembre 2021, le 22 novembre 2021 et le 19 janvier 2023, M. A C, représenté dans le dernier état de ses écritures par Me Chanlair, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cette décision et d'enjoindre à la commune de Colombes de le réintégrer sur son ancien emploi dans un délai de six semaines à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

3°) de condamner la commune de Colombes à lui verser la somme de 67 220,46 euros en réparation des préjudices qu'il a subis, et notamment des sommes liées à la perte du régime indemnitaire et du travail de nuit, les sommes perdues à la suite de son placement en congé maladie et les sommes liées aux pertes de rémunérations et difficultés financières engendrées par la décision de mutation, à savoir la réparation des préjudices financiers liés aux agios bancaires, aux emprunts souscrits et aux retards de paiement de loyers, augmentée du taux d'inflation et des intérêts au taux légal à compter de l'enregistrement de sa demande et de la capitalisation de ces intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Colombes la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 octobre 2016 ne sont pas irrecevables dès lors qu'aucun délai de recours n'a commencé à courir en l'absence de mention des voies et délais de recours dans la décision contestée ; la réception de la décision d'affectation, qui mentionnait les voies et délais de recours, n'a pu faire courir le délai de recours de deux mois dès lors qu'il ne l'a pas signée ; les conclusions présentées dans la demande de première instance devaient être regardées comme dirigées contre le rejet du recours gracieux formé le 13 octobre 2017, par lequel la commune l'a informé de son refus définitif de renoncer à sa mutation après l'avis rendu par la commission administrative paritaire, qui ne présentait pas un caractère confirmatif de la décision du 4 octobre 2016 compte tenu de la survenance de circonstances de fait nouvelles, à savoir l'avis rendu par la commission administrative paritaire ; sa demande de première instance devait également être regardée comme dirigée contre la décision du 12 septembre 2017 qui s'est substituée à la décision du 10 février 2017, par laquelle la commune a retiré sa décision du 4 octobre 2016 de procéder à sa mutation ; en tout état de cause, le délai de recours de deux mois n'a pas couru compte tenu de l'ambiguïté de la mention des voies et délais de recours figurant dans la décision contestée ;

- la décision du 4 octobre 2016 a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable de la commission administrative paritaire (CAP) ; elle méconnaît les dispositions du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 qui prévoit la saisine préalable de la CAP, en cas de changement d'affectation d'un fonctionnaire, lorsque ce dernier ne peut plus exercer normalement ses fonctions ; elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'aucun des motifs invoqués pour justifier son changement d'affectation n'est de nature à justifier sa mutation ; elle constitue une sanction déguisée ; elle est constitutive d'une situation de harcèlement moral dont il a fait l'objet au sens de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ; elle est entachée d'une rétroactivité illégale ; elle porte atteinte à sa carrière en réduisant ses responsabilités et en lui imposant un autre rythme de travail ;

- ses conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices nés de la brutalité de l'annonce de son changement d'affectation et de la discrimination syndicale sont recevables dès lors que le refus implicite opposé à sa demande indemnitaire formée le 13 octobre 2017 ne constitue pas une décision confirmative compte tenu des circonstances de fait nouvelles survenues depuis les précédents refus d'indemnisation, à savoir les avis rendus par la commission administrative paritaire et la commission de réforme ; par ailleurs, c'est à tort que le tribunal administratif a refusé d'appliquer la règle découlant du principe de sécurité juridique et relative à l'existence d'un délai raisonnable d'un an pour introduire un recours dès lors que les conclusions indemnitaires de sa demande avaient pour objet d'obtenir réparation des conséquences préjudiciables de la décision de mutation illégale et visaient à obtenir le reversement des sommes dues et non à engager la responsabilité pour faute de la commune ;

- la brutalité avec laquelle la commune lui a annoncé sa mutation engage sa responsabilité et lui ouvre droit à une réparation, brutalité qui a d'ailleurs été reconnue par le juge pénal ; la décision contestée a été prise sur le fondement d'autres motifs que la protection de la santé ou l'intérêt du service ; il a fait l'objet d'une discrimination syndicale qui doit être indemnisée ; il a fait l'objet d'un harcèlement moral qui doit également être indemnisé ;

- la saisine tardive de la commission administrative paritaire l'a privé de la chance de demeurer dans ses fonctions de gardien de nuit ; la commune a commis une autre faute en s'abstenant de communiquer au président de la commission administrative paritaire les motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre son avis ; cette faute lui a fait perdre une chance d'être maintenu dans son poste de gardien de nuit ; enfin, la commune a commis une dernière faute en l'informant tardivement de ce qu'elle ne souhaitait pas suivre l'avis de la commission administrative paritaire, cette information ne lui étant parvenue que le 12 septembre 2017 ; cette faute l'a empêché de contester devant le tribunal compétent la décision contestée ;

- la saisine tardive de la commission de réforme lui a occasionné un préjudice financier résultant de la perte de rémunération qu'il a subie entre novembre 2016 et octobre 2017 et des troubles dans les conditions d'existence ;

- l'indemnité de 1 000 euros allouée au titre du préjudice moral a été sous-évaluée par le tribunal administratif, celle-ci devant être fixée à la somme de 13 610,44 euros correspondant au préjudice moral qu'il a subi du fait des allégations de radicalisation contenues dans un rapport versé dans son dossier.

Par des mémoires, enregistrés le 22 novembre 2021 et le 6 mars 2023, la commune de Colombes, représentée par Me Carrère, avocate, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête de M. A C ;

2°) de mettre à la charge de M. A C la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'indemnisation des pertes de revenus et des difficultés financières rencontrées du fait de son changement d'affectation et de son placement en congé de maladie ordinaire sont irrecevables en appel car nouvelles et non chiffrées ;

- les autres moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-229 du 17 avril 1989 ;

- l'arrêté du 4 août 2014 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Janicot,

- les conclusions de Mme Sauvageot, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lefébure, substituant Me Carrère, pour M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, adjoint technique territorial de deuxième classe titulaire de la commune de Colombes depuis le 1er septembre 2011, qui occupait les fonctions de gardien de nuit de l'hôtel de ville, a été affecté, par une décision du 4 octobre 2016, confirmée le 24 octobre 2016, au service de gestion de la propreté urbaine en qualité d'équipier de nettoiement, ce dont il a été informé lors d'un entretien avec ses supérieurs hiérarchiques le 12 octobre 2016. L'intéressé a été placé en congé de maladie à compter du 12 octobre 2016. Par des courriers du 12 octobre 2016, du 8 novembre 2016 et du 13 octobre 2017, il a sollicité la réparation des préjudices qu'il estimait avoir subis du fait de différentes fautes commises par la commune à son égard et, notamment, en raison de cette nouvelle affectation. La commune ayant rejeté ces demandes, M. A C a saisi le tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'une demande tendant à l'annulation de la décision de mutation du 4 octobre 2016 et à la condamnation de la commune de Colombes à lui verser une indemnité totale de 67 220,46 euros. Il fait appel du jugement du 3 mars 2020 en tant que le tribunal administratif a condamné la commune de Colombes à lui verser la seule somme de 1 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi et a rejeté le surplus de ses conclusions.

Sur la recevabilité de la demande de première instance :

En ce qui concerne les conclusions d'annulation de la décision du 4 octobre 2016 :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative dans sa rédaction alors applicable : " La juridiction administrative ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier et, en particulier des mentions précises du courrier de M. A C en date du 8 novembre 2016, que la lettre informant le requérant de sa mutation, ainsi que la décision d'affectation de l'intéressé au service de gestion de la propreté urbaine, qui comportait la mention des voies et délais de recours, ont été notifiées à M. A C au plus tard le 26 octobre 2016. Il ressort également des pièces du dossier que le délai de recours de deux mois, qui a commencé à courir à compter du 27 octobre 2016, a été interrompu par le recours gracieux formé par l'intéressé le 8 novembre 2016 et notifié à la commune le 9 novembre 2016. En l'absence de réponse de la commune à ce recours, une décision implicite de rejet est née le 9 janvier 2017. Par suite, la demande enregistrée le 13 février 2018 devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, qui tendait à l'annulation de la seule décision du 4 octobre 2016 et ne tendait pas, en tout état de cause, à l'annulation du rejet implicite du recours gracieux du 13 octobre 2017 ou de la décision du 12 septembre 2017 comme le prétend le requérant, n'a pas été introduit dans le délai de recours de deux mois, lequel expirait le 10 mars 2017. Dès lors, M. A C n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté ses conclusions à fin d'annulation comme irrecevables.

En ce qui concerne la recevabilité de certaines des conclusions indemnitaires :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents. ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction résultant du décret du 2 novembre 2016 : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". L'article R. 421-2 du même code dispose que " Sauf disposition législative ou règlementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Le même décret du 2 novembre 2016 a, par son article 10, supprimé à l'article R. 421-3 du code de justice administrative l'exception qui prévoyait que le délai de recours de deux mois ne courait qu'à compter d'une décision expresse " en matière de plein contentieux ". En outre, l'article 35 du décret du 2 novembre 2016, qui fixe les conditions de son entrée en vigueur, prévoit que : " I. - Le présent décret entre en vigueur le 1er janvier 2017. / II. - Les dispositions des articles 9 et 10 () sont applicables aux requêtes enregistrées à compter de cette date ".

5. La nouvelle règle, issue du décret du 2 novembre 2016, selon laquelle, sauf dispositions législatives ou réglementaires qui leur seraient propres, le délai de recours de deux mois court à compter de la date où les décisions implicites relevant du plein contentieux sont nées, est applicable à ces décisions nées à compter du 1er janvier 2017. S'agissant des refus implicites nés avant le 1er janvier 2017 relevant du plein contentieux, le décret du 2 novembre 2016 n'a pas fait - et n'aurait pu légalement faire - courir le délai de recours contre ces décisions à compter de la date à laquelle elles sont nées. Toutefois, les dispositions du II de l'article 35 du décret du 2 novembre 2016, qui prévoient l'application de la nouvelle règle à " toute requête enregistrée à compter du 1er janvier 2017 ", ont entendu permettre la suppression immédiate, pour toutes les situations qui n'étaient pas constituées à cette date, de l'exception à la règle de l'article R. 412-2 du code de justice administrative dont bénéficiaient les matières de plein contentieux. Un délai de recours de deux mois court, par suite, à compter du 1er janvier 2017 contre toute décision implicite relevant du plein contentieux qui serait née antérieurement à cette même date.

6. D'autre part, une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

7. Par une demande en date du 13 octobre 2016, M. A C a réclamé à la commune de Colombes réparation des préjudices résultant de " la brutalité " et de " l'abus de pouvoir " de la décision de mutation, ainsi que de la discrimination syndicale dont il estimait être victime et, par un courrier du 8 novembre 2016, il a réitéré sa demande de dommages et intérêts à raison du caractère brutal et vexatoire de la décision de mutation. M. A C soutient que le refus implicite opposé à sa troisième demande indemnitaire du 13 octobre 2017, par laquelle il a, à nouveau, demandé réparation des préjudices résultant de la brutalité de l'annonce de sa mutation et d'une discrimination syndicale, ne constitue pas, contrairement à ce qu'a estimé le tribunal administratif, une décision confirmative des précédents refus opposés à ses demandes d'indemnisation du 13 octobre 2016 et du 8 novembre 2016, dès lors que ce refus est intervenu après des circonstances de fait nouvelles résultant de l'avis rendu par la commission administrative paritaire le 31 mars 2017 sur sa mutation et de l'avis rendu par la commission de réforme le 6 octobre 2017 sur l'imputabilité au service de l'accident survenu le 12 octobre 2016. Toutefois, les avis rendus par ces deux commissions ne constituent pas des circonstances de fait nouvelles de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation du bien-fondé de la demande indemnitaire de M. A C tendant à la réparation des préjudices résultant des conditions dans lesquelles il a été informé de sa mutation, ainsi que d'une discrimination syndicale dont il aurait été victime. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à soutenir que le refus opposé à sa demande indemnitaire du 13 octobre 2017 a fait courir, en raison de circonstances de fait nouvelles, un nouveau délai de recours contentieux et que ses conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices qui auraient résulté de la brutalité de l'annonce de sa mutation et d'une discrimination syndicale n'étaient pas tardives.

8. En second lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le délai de recours contentieux est opposable à M. A C. Ce dernier ne peut, par suite, invoquer le bénéfice du délai raisonnable d'un an, applicable lorsque le délai de recours contentieux n'est pas opposable au destinataire d'une décision administrative individuelle.

Sur le bien-fondé du surplus des conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les préjudices qui résulteraient de la tardiveté de la saisine de la commission administrative paritaire et de la transmission de cet avis :

9. Aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa version alors applicable : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ; seules les mutations comportant changement de résidence ou modification de la situation des intéressés sont soumises à l'avis des commissions administratives paritaires. ".

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la commission administrative paritaire n'a été consultée que le 13 février 2017 et n'a rendu son avis que le 21 mars 2017, soit postérieurement à l'édiction de la décision de mutation du 4 octobre 2016. Par suite, la commune de Colombes a commis une faute en s'abstenant de saisir, préalablement à l'édiction de sa décision d'affectation, la commission administrative paritaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que la commission administrative paritaire a émis, le 21 mars 2017, un avis défavorable à la mutation de M. A C au motif que " si la mutation est motivée par des difficultés liées à son état de santé, le nouveau profil de poste ne semble pas préserver davantage la santé de l'agent ". Dans ces conditions, si la commune avait, préalablement à l'édiction de la décision contestée, saisi la commission administrative paritaire, elle n'aurait, au vu de cet avis, pas maintenu M. A C sur son ancien poste de gardien de nuit mais l'aurait affecté sur un autre poste. Il suit de là que la consultation tardive de cette commission n'a pas fait perdre à M. A C une chance d'être réintégré sur son ancien poste. Au surplus, M. A C n'établit pas que le préjudice dont il demande réparation, à savoir la privation de l'intégralité de ses traitements pendant la période comprise entre le 12 octobre 2016 et le 1er mars 2017, serait lié à la décision de mutation. En tout état de cause, il n'établit pas la réalité de ce préjudice financier dès lors qu'il a bénéficié entre le 12 octobre 2016 et le 12 janvier 2017 d'un plein traitement, puis a bénéficié en novembre 2017 d'une régularisation financière pour la période comprise entre janvier et octobre 2017. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à demander réparation d'un préjudice résultant de la saisine tardive de la commission administrative paritaire.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 30 du décret du 17 avril 1989 relatif aux commissions administratives paritaires des collectivités territoriales et de leurs établissements publics : " Lorsque l'autorité territoriale prend une décision contraire à l'avis ou à la proposition émis par la commission, elle informe dans le délai d'un mois la commission des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre cet avis ou cette proposition. ".

12. S'il résulte de l'instruction que le président de la commission administrative paritaire a été informé le 12 avril 2017 par la commune de Colombes de sa décision de ne pas suivre l'avis défavorable émis par la commission le 21 mars 2017, la commune n'a pas précisé les motifs pour lesquels elle a décidé de ne pas suivre cet avis. Toutefois, cette circonstance ne peut utilement être invoquée par M. A C qui ne tire aucun droit des dispositions précitées de l'article 30 du décret du 17 avril 1989. Il suit de là que la méconnaissance de ces dispositions par la commune de Colombes ne constitue pas une faute de nature à ouvrir droit à réparation au profit de M. A C.

13. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient M. A C, les dispositions de l'article 30 du décret du 17 avril 1989 n'imposaient pas à la commune d'informer l'agent des motifs pour lesquels elle n'entendait pas suivre l'avis de la commission sur son affectation. Par suite, en l'informant le 15 septembre 2017 de ce qu'elle n'avait pas suivi l'avis de la commission administrative paritaire, la commune n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité vis-à-vis du requérant. En outre, compte tenu de la nature purement consultative de cet avis, la commune n'a pas privé M. A C de la possibilité de contester devant le tribunal compétent la décision du 4 octobre 2016 dès le 26 octobre 2016, date à laquelle il en a reçu notification. En outre, M. A C n'établit pas que cette information tardive l'aurait privé d'un manque à gagner. Dans ces conditions, les conclusions de M. A C tendant à la réparation d'un préjudice résultant de la tardiveté de cette information ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la réparation des préjudices liés à la saisine tardive de la commission de réforme :

14. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 précitée dans sa version alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. (). Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident () est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. ". Aux termes de l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004 susvisé : " La demande d'inscription à l'ordre du jour de la commission est adressée au secrétariat de celle-ci par l'employeur de l'agent concerné./ L'agent concerné peut également adresser une demande de saisine de la commission à son employeur, qui doit la transmettre au secrétariat de celle-ci dans un délai de trois semaines ; le secrétariat accuse réception de cette transmission à l'agent concerné et à son employeur ; passé le délai de trois semaines, l'agent concerné peut faire parvenir directement au secrétariat de la commission un double de sa demande par lettre recommandée avec accusé de réception ; cette transmission vaut saisine de la commission./ La commission doit examiner le dossier dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'inscription à l'ordre du jour par son secrétariat. Ce délai est porté à deux mois lorsqu'il est fait application de la procédure prévue au deuxième alinéa de l'article 16. () ".

15. Il résulte de l'instruction que M. A C a adressé le 14 octobre 2016 une demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident du 12 octobre précédent. Il résulte également de l'instruction que la commune de Colombes n'a saisi la commission de réforme que le 21 février 2017, puis une seconde fois, le 21 juin 2017, en raison du caractère incomplet du dossier. Il suit de là qu'elle n'a pas respecté les délais de saisine de la commission de réforme prévus par les dispositions précitées de l'article 13 de l'arrêté du 4 août 2004 et a, par suite, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

16. M. A C soutient que la saisine tardive de la commission de réforme lui a causé un préjudice financier résultant de la perte de rémunération qu'il a subie entre novembre 2016 et octobre 2017. Il résulte, toutefois, de l'instruction et, notamment, des mentions du bulletin de salaire du requérant de novembre 2017 que M. A C, dont l'état de santé a été reconnu imputable au service pour la période du 12 octobre 2016 au 31 août 2017, a bénéficié d'une régularisation financière correspondant au versement de demi-traitements et de primes pour la période comprise entre janvier et octobre 2017 au cours de laquelle il avait été placé en congé de maladie ordinaire. Par suite, M. A C n'établit pas la réalité du préjudice financier qu'il aurait subi du fait de la saisine tardive de la commission de réforme et n'est donc pas fondé à demander la condamnation de la commune à lui verser à ce titre une somme augmentée du taux de l'inflation applicable. En revanche, il résulte de l'instruction que, si le délai de saisine de la commission de réforme avait été respecté, M. A C aurait pu bénéficier dès le mois de janvier 2017 d'une rémunération à plein traitement du fait de la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime. Dans ces conditions, M. A C est fondé à demander réparation à la commune de Colombes des troubles dans ses conditions d'existence qu'il a subis pendant une période de neuf mois au cours de laquelle il a été placé en situation de " fragilité financière ", ses revenus ayant été diminués de moitié. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudices en condamnant la commune de Colombes à lui verser la somme de 1 000 euros à ce titre.

En ce qui concerne la réparation des préjudices liés à l'atteinte à sa vie privée :

17. Ainsi que le tribunal administratif l'a jugé, la commune de Colombes a commis une faute en versant au dossier administratif de M. A C un rapport faisant état de la radicalisation du requérant alors que la réalité de ce comportement n'a été établie par aucune pièce probante. Toutefois, le requérant n'établit pas qu'en lui allouant une indemnité de 1 000 euros à ce titre, le tribunal aurait fait une insuffisante évaluation du préjudice moral qu'il a subi de ce chef.

En ce qui concerne la réparation des préjudices financiers, de carrière et de santé :

18. M. A C demande à la cour de condamner la commune de Colombes à réparer les préjudices financiers, de carrière et de santé qu'il a subis du fait de son changement d'affectation et de son placement en congé de maladie ordinaire. Il résulte toutefois de ce qui a été précédemment que la commune de Colombes n'a pas commis de faute en prenant ces deux décisions. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Colombes, les conclusions susvisées de M. A C doivent être rejetées.

19. Il résulte tout de ce qui précède que M. A C est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a limité à 1 000 euros le montant de l'indemnité que la commune de Colombes est condamnée à lui verser et à demander que cette indemnité soit fixée à 2 000 euros.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. A C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Colombes demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Colombes la somme de 2 000 euros au profit de M. A C.

DÉCIDE :

Article 1er : L'indemnité de 1 000 euros que la commune de Colombes a été condamnée à verser à M. A C par l'article 1er du jugement n° 1801491 du tribunal administratif de Cergy-pontoise du 3 mars 2020 est portée à la somme de 2 000 euros.

Article 2 : Le jugement n° 1801491 du 3 mars 2020 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est réformé en ce qu'il a de contraire à l'article 1er du présent arrêt.

Article 3 : La commune de Colombes versera la somme de 2 000 euros à M. A C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A D A C et à la commune de Colombes.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Signerin-Icre, présidente de chambre,

M. Camenen, président assesseur,

Mme Janicot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

M. Janicot La présidente,

C. Signerin-Icre La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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