mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-20VE02392 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | FOUDIL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SARL Id'One Consulting a demandé au tribunal administratif de Versailles, d'une part, de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts de retard, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2014 et, d'autre part, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1800702 du 8 juillet 2020, le tribunal administratif de Versailles, après avoir constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la société à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance d'un montant de 14 660 euros, a rejeté le surplus des conclusions de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2020 et le 30 avril 2021, la SARL Id'One Consulting, représentée par M. B A, son liquidateur, et assistée de Me Foudil, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013 et 2014 ;
3°) de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée de l'année 2014 pour un montant de 12 948 euros au titre de la TVA dont elle est en droit de demander la déduction ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que les premiers juges ont rejeté ses conclusions ayant trait à l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos en 2014 et à la TVA au titre de la période du 1er juillet 2013 au 30 juin 2014, puisque sa réclamation du 10 juin 2016 concernait bien ces impositions ;
- en l'absence d'ordonnance de clôture d'instruction, c'est à tort que les premiers juges ont considéré son mémoire du 22 juin 2020 comme tardif ;
- EURL, dès l'origine, relevant du régime des sociétés de personnes, en l'absence d'option à l'impôt sur les sociétés, les rehaussements ne pouvaient lui être proposés que dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, et non des revenus de capitaux mobiliers ; en outre son activité exclusivement intellectuelle relevait des bénéfices non commerciaux ;
- le tribunal a commis une erreur de droit en ne soulevant pas d'office l'erreur de catégorie des bénéfices commise par l'administration ;
- les frais de déplacement de M. A, pour des montants de 2 513,76 et de 1 667,74 euros, sont déductibles de son résultat imposable ;
- elle est en droit de bénéficier du report de ses déficits antérieurs, s'élevant à 50 951 euros à la clôture de l'exercice clos en 2012 ;
- le service n'a pas tenu compte, en 2011, de l'existence de déficits antérieurs ;
- les pièces afférentes à l'exercice clos en 2014 ont été envoyées au greffe du tribunal administratif de Versailles le 22 juin 2020 et font état d'un déficit de 117 761 euros ;
- la TVA déductible de l'exercice 2014 s'élève à 12 914,28 euros et n'a pas été prise en compte par le service.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il fait valoir que :
- la requête en appel est tardive, le jugement ayant été notifié le 8 juillet 2020 ;
- sa réclamation préalable du 10 juin 2016 ne concernait que l'exercice clos en 2013 ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Id'One Consulting, qui exerce une activité de prestation en conseil informatique, a fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2013 et 2014 et de rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juillet 2012 au 30 juin 2014, consécutifs à sa vérification de comptabilité. Elle fait appel du jugement du 8 juillet 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles, après avoir constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur ses conclusions à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance de 14 660 euros, a rejeté le surplus de sa demande.
Sur la régularité du jugement :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de l'administration des impôts ou de l'administration des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. () ".
3. Il résulte de l'instruction, ainsi que le relève l'administration, dès la décision d'admission partielle du 28 novembre 2017 et dans son mémoire en défense, que la société n'a contesté, par son courrier du 10 juin 2016, que les impositions relatives à l'impôt sur les sociétés de l'exercice clos en 2013 et à la taxe sur la valeur ajoutée sur la même période. Si la société soutient qu'elle a toujours contesté l'ensemble des conséquences du contrôle fiscal, il ressort toutefois des mentions de sa réclamation, dans laquelle elle conclut en demandant de " sursoir à toutes poursuites concernant les exercices 2012/2013 pour ce qui concerne TVA et IS ", qu'elle n'évoque que des éléments portant sur l'exercice clos en 2013, y demande le remboursement d'un " trop-versé " de 28 192 euros apparaissant à la fin de cette période, et précise qu'étant dans l'attente de l'établissement des documents comptables relatifs à l'exercice clos en 2014, elle travaillera sur ce dernier exercice, seulement dans un second temps. Enfin, si la société requérante se prévaut du fait que l'administration aurait accepté d'examiner d'abord le seul exercice clos en 2013, cet examen s'est en tout état de cause terminé par la décision prise le 28 novembre 2017 sur la réclamation préalable et elle ne fait état d'aucune circonstance l'ayant alors empêchée de présenter une réclamation sur la période correspondant à l'exercice clos en 2014.
4. En second lieu, devant les juridictions administratives et dans l'intérêt d'une bonne justice, le juge a toujours la faculté de rouvrir l'instruction, qu'il dirige, lorsqu'il est saisi d'une production postérieure à la clôture de celle-ci. Il lui appartient, dans tous les cas, de prendre connaissance de cette production avant de rendre sa décision et de la viser. S'il décide d'en tenir compte, il rouvre l'instruction et soumet au débat contradictoire les éléments contenus dans cette production qu'il doit, en outre, analyser.
5. Il ressort des pièces du dossier que le jugement attaqué vise le mémoire de la SARL Id'One Consulting enregistré le 22 juin 2020 au greffe du tribunal après la clôture de l'instruction, qui est intervenue trois jours francs avant l'audience en application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, soit le 21 juin 2020 à minuit. La société ne justifie ni même n'allègue que des éléments contenus dans ce mémoire aurait été retenus par les premiers juges, ni qu'il contenait l'exposé d'une circonstance de droit ou de fait qui n'était pas connu avant la clôture de l'instruction. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le jugement aurait visé à tort son mémoire comme présenté après la clôture d'instruction ni qu'il aurait été rendu en méconnaissance du principe du contradictoire.
6. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité du jugement ne peuvent qu'être écartés.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
7. Aux termes de l'article L. 193 du LPF : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
8. Les impositions ayant été établies selon la procédure de taxation d'office, il incombe à la société d'établir le caractère exagéré des impositions qui lui sont réclamées.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
S'agissant du principe de l'imposition à l'impôt sur les sociétés :
9. Aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société. () Il en est de même, sous les mêmes conditions : () 4° De l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique ". Aux termes de l'article 239 du même code : " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. () L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés () ".
10. Il résulte de l'instruction que la société a été créée le 3 juillet 2001, sous la forme d'une société à responsabilité limitée avec un associé unique. En 2006, elle a mis à jour ses statuts, uniquement pour prendre en compte la modification de la date de clôture de son exercice comptable. En conséquence, au regard des dispositions précitées, elle était soumise au régime des sociétés de personnes, sauf option pour l'impôt sur les sociétés. Or, la déclaration de constitution d'une personne morale (formulaire " M0 "), qu'elle a adressée au centre de formalités des entreprises, ne contient pas une telle option et aucun courrier adressé, à cet effet, au centre des impôts compétent n'est produit au dossier. Toutefois, elle a opté, le 9 juin 2004, pour " le maintien de l'ancien régime d'imposition au taux réduit de 19 % au titre des exercices ouverts en 2001 compris dans une série de trois exercices bénéficiaires en cours au 1er janvier 2001 " conformément aux dispositions, réservées aux entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés, du f du I de l'article 219 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable. La société requérante indique ainsi expressément, au titre de cette option réservée aux entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés, qu'elle " entend bénéficier de l'imposition au taux réduit de 19 % au titre des exercices ouverts en 2001 () ". Dès lors, elle doit être regardée comme ayant clairement manifesté, au moins en 2004, son intention d'opter pour le régime fiscal des sociétés de capitaux. Elle a d'ailleurs continué à, d'une part, déposer les déclarations exigées des sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés et, d'autre part, tenir une comptabilité d'engagement, contrairement aux règles de la comptabilité d'encaissement imposées, par défaut, aux exploitants d'une activité éligible aux bénéfices non commerciaux en vertu du 1 de l'article 93 et de l'article 93 A du code général des impôts. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'elle n'aurait pas dû être imposée à l'impôt sur les sociétés et de ce que son associé unique n'aurait pu l'être que dans la catégorie des bénéfices non commerciaux doit être écarté. La société n'est pas davantage fondée à soutenir que les premiers juges n'ont pas, à tort, relevé d'office une erreur dans la catégorie d'imposition des bénéfices faisant l'objet du rehaussement.
S'agissant des frais de déplacements du gérant :
11. Si la société requérante soutient que des frais de déplacement, exposés par son gérant, constituent des charges déductibles de son résultat imposable, pour des montants de 2 513,76 euros et 1 667,74 euros, elle n'apporte aucune précision ni aucune justification de nature à étayer ses allégations et admettre le bien-fondé de ses prétentions.
S'agissant de l'imputation des déficits antérieurs :
12. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions des propositions de rectification des 25 février 2011 et 5 avril 2012, que la société a précédemment fait l'objet de deux procédures de rectification, d'une part, sur l'exercice clos en 2010, faisant état d'un bénéfice taxable nul après imputation de déficits antérieurs et des déficits restant à reporter s'élevant ainsi à 23 366 euros et, d'autre part, sur l'exercice clos en 2011, mentionnant un bénéfice taxable de 5 495 euros après imputation totale des déficits restant à reporter. La société, qui a accusé réception de ces propositions de rectification les 1er mars 2011 et 6 avril 2012, n'a jamais contesté ces montants, de sorte qu'aucun déficit n'était plus reportable à l'ouverture de l'exercice clos en 2012. Par ailleurs, à supposer que la société ait demandé l'imputation du déficit de 6 010 euros issu de l'exercice clos en 2012, celui-ci a été pris en compte par l'administration dans la décision d'admission partielle du 28 novembre 2017. Enfin, la société ne saurait utilement se prévaloir de ce que l'administration n'aurait pas imputé les déficits antérieurs à l'exercice clos en 2010 dans ces précédentes procédures de rectification. Par suite, sa demande visant à imputer 50 951 euros de déficits antérieurs sur le résultat de l'exercice clos en 2012 ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
13. La société requérante soutient qu'elle est en droit d'obtenir la déduction de la TVA comptabilisée avant le 30 juin 2014 au débit des comptes de racine 4456. Pour appuyer ses dires, elle produit la balance de ses comptes au 30 juin 2014. Toutefois, cette seule pièce ne saurait suffire à prouver, d'une part, l'existence d'une TVA déductible et le respect des conditions de déductibilité de la TVA comptabilisée et, d'autre part, à justifier le moment de sa déductibilité. Par suite, la demande de la société ne peut qu'être rejetée.
14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la SARL Id'One Consulting n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SARL Id'One Consulting est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SARL Id'One Consulting et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
La rapporteure,
C. CLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
A. Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°20VE02392
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
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04/05/2026
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04/05/2026