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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE02396

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE02396

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE02396
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL HDLA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Montreuil, d'une part, d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2019 par lequel le recteur de l'académie de Créteil lui a infligé une sanction de déplacement d'office et, d'autre part, d'annuler l'arrêté du 23 août 2019 par lequel cette même autorité l'a affecté en tant qu'attaché d'administration chargé de la gestion matérielle au collège Jean Jaurès de Montfermeil.

Par un jugement nos 1909345, 1909933 du 19 juin 2020, après avoir constaté qu'il n'y avait pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 23 août 2019 prononçant son affectation, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté le surplus de ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 septembre 2020 et 22 avril 2021, M. B, représenté par Me Hasday, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de ses demandes ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2019 du recteur de l'académie de Créteil lui infligeant une sanction de déplacement d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché de plusieurs erreurs de droit et de fait ;

- malgré ses demandes, il n'a pas pu obtenir la communication de son dossier, ce qui a vicié la procédure disciplinaire et a méconnu les droits de la défense, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations ; l'administration était tenue de lui adresser son dossier selon les modalités qu'il souhaitait avant d'édicter une sanction ; le rectorat n'invoque aucune difficulté pratique pour lui faire parvenir son dossier ;

- aucun des griefs formulés à son encontre n'est établi : il n'a pas manqué à son devoir de loyauté et de réserve, il n'a eu aucun comportement inapproprié, il n'a porté atteinte ni à son obligation de discrétion professionnelle ni au secret médical ; sa valeur professionnelle a d'ailleurs été reconnue à plusieurs reprises ; les premiers juges ont commis une erreur de qualification juridique des faits qui lui étaient reprochés.

Par un mémoire, enregistré le 13 avril 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, attaché principal d'administration de l'État, exerce les fonctions de chef du service de l'accompagnement médical au sein du rectorat de l'académie de Créteil depuis le 1er février 2013. Par un arrêté du 18 juillet 2019, le recteur de l'académie de Créteil a pris à son encontre la sanction du déplacement d'office. M. B relève appel du jugement du 19 juin 2020 du tribunal administratif de Montreuil en tant qu'il a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

2. Si M.B invoque plusieurs erreurs de droit et de fait commises par les premiers juges, ces moyens relèvent du bien-fondé du jugement et ne sont pas susceptibles d'en affecter la régularité. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur la légalité de l'arrêté du 18 juillet 2019 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable au présent litige : " Le dossier du fonctionnaire doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité () ". Aux termes de l'article 19 de la même loi, alors applicable : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'État : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 11 mars 2019 réceptionné le 15 mars suivant, M. B a été informé de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre et de la possibilité d'obtenir la communication intégrale de son dossier lors d'une consultation au rectorat, qui lui a été proposée à la date du 28 mars 2019. L'intéressé ayant demandé à ce que cette consultation soit reportée à une autre date, le rectorat a fait droit à sa demande et lui a proposé de venir consulter son dossier le 18 juin 2019, par courrier du 23 mai, étant précisé que la date à laquelle la commission académique paritaire administrative (CAPA) réunie en formation disciplinaire devait se réunir a été reportée de ce fait du 28 mai 2019 au 15 juillet 2019. L'avocat de M. B étant indisponible le 18 juin 2019, il a demandé un report de ce rendez-vous pour consulter le dossier. Le rectorat a, à nouveau, fait droit à cette demande et a informé M. B que le rendez-vous du 18 juin 2019 était maintenu et qu'un nouveau créneau, le 3 juillet 2019, lui était proposé en sus. Par courriel du 19 juin 2019, suivi d'un courrier envoyé avec accusé de réception, le service a ainsi adressé à M. B une convocation pour le 3 juillet suivant. Ni M. B ni son conseil ne sont venus consulter son dossier aux différentes dates qui leur avaient été proposées à cet effet, alors que l'administration a toujours fait droit à leurs demandes de report, ni n'invoquent aucune raison justifiant leur absence au rendez-vous du 3 juillet. En particulier, la circonstance que le 1er juillet 2019, l'avocat ait demandé la suspension de la procédure disciplinaire à l'encontre de M. B, à laquelle un rejet a été opposé le 4 juillet 2019, est sans incidence à cet égard, l'administration n'ayant à aucun moment indiqué que la procédure était effectivement suspendue. En outre, l'avocat de M. B ne conteste pas avoir été destinataire, le 12 juillet 2019, soit trois jours avant la séance de la commission compétente, du rapport disciplinaire adressé à cette commission. Dans ces conditions, M. B, qui a été avisé et invité à trois reprises à consulter son dossier administratif, a été régulièrement mis en mesure d'en consulter l'intégralité, d'en prendre copie et d'en communiquer les éléments à son conseil, quand bien même le rectorat ne lui aurait pas transmis ce dossier de façon dématérialisée lorsqu'il l'a demandé, tardivement, le 11 juillet 2019. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation de son dossier doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () ". Aux termes de l'article 26 de la même loi : " Les fonctionnaires sont tenus au secret professionnel dans le cadre des règles instituées dans le code pénal. / Les fonctionnaires doivent faire preuve de discrétion professionnelle pour tous les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions () ". Aux termes de l'article 29 de la même loi alors applicable au présent litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () Deuxième groupe : () - le déplacement d'office () ".

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Il ressort des motifs de la décision en litige que la sanction de déplacement d'office prononcée à l'encontre de M. B a été motivée par des manquements à la discrétion professionnelle et au secret professionnel, au devoir de loyauté, à l'obligation de réserve et au devoir de courtoisie.

8. Ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges, au point 8. du jugement attaqué, par des motifs qu'il convient d'adopter, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait manqué à son devoir de discrétion professionnelle en sollicitant des actes administratifs et des informations officielles sur l'attribution du complément indemnitaire annuel et la nomination d'une collègue.

9. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, en vue de critiquer l'application des textes régissant l'attribution du complément indemnitaire annuel au rectorat de Créteil dont il faisait partie, a adressé un courriel à la directrice des ressources humaines d'un autre rectorat en lui envoyant, notamment, des courriers de refus d'attribution de ce complément à plusieurs agents du rectorat, nommément désignés, accompagné de propos critiquant explicitement ce choix. Cette information, relative à la rémunération de ces agents, constitue une information personnelle que M. B, dont les attributions ne s'étendent d'ailleurs pas à l'attribution de ces primes, n'avait pas à divulguer à un cadre d'un autre service. Ce manquement constitue donc, contrairement à ce qu'ont considéré les premiers juges, un manquement à son obligation de discrétion professionnelle et de réserve.

10. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment du courriel du 22 novembre 2018 et de la lettre du 16 novembre 2018, que M. B a, à diverses reprises, évoqué son supérieur hiérarchique en des termes irrespectueux, tant auprès du recteur de Créteil lui-même qu'auprès d'une cadre du rectorat de l'académie de Versailles et a explicitement remis en cause son travail en des termes méprisants. Il ressort également de plusieurs pièces du dossier, versées en défense, que M. B a régulièrement eu des propos et des comportements inappropriés auprès de ses supérieurs, d'agents de son service ou d'agents ayant recours à son service. Ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges, les plaintes sur son comportement émanent de personnes variées, telles qu'un élu syndical en mai 2018 qui rapporte que " les collègues du service l'ayant entendu crier sont sortis de leur bureau " et qu'il a dû faire appel à sa hiérarchie pour consulter le dossier nécessaire, ou d'agents, dont le dossier était en cours d'instruction dans le service, qui rapportent, en février 2019, que " ce monsieur [l]'a carrément agressée " et que ses propos " ne sont certainement pas digne d'un chef de service et sont pour le moins inadmissibles " et, en mars de la même année, des " échanges violents " et une " communication à la limite du professionnel ". De même, une supérieure a fait état, en septembre 2016, de son " comportement inapproprié " et un agent stagiaire a dénoncé en janvier 2019 son " comportement agressif " et des humiliations. Les propos irrespectueux envers son supérieur ressortent également des multiples courriels envoyés par M. B à ce dernier. Si M. B fait valoir que ces messages étaient envoyés en réponse à des messages reçus sur le même ton, il ne l'établit pas. En produisant quelques exemples d'agents ayant demandé la prolongation de leur contrat dans son service et le remerciant de son accueil, M. B ne conteste pas sérieusement les faits qui lui sont reprochés. La concordance de ces témoignages sur le comportement de M. B, émanant de diverses personnes, permettent d'établir que celui-ci a dépassé le cadre normal des relations de travail et troublé régulièrement le bon fonctionnement du service.

11. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'un médecin conseiller-technique auprès du recteur s'est plaint, en novembre 2018, de ce qu'à l'occasion d'une entrevue, M. B s'était permis de prendre et de photocopier un courrier, sans autorisation, que ce médecin avait adressé à l'avocat d'un agent au sujet d'un dossier " sensible ". L'intéressé se borne à soutenir que ce courrier n'était pas confidentiel mais reconnaît, toutefois, avoir gardé une copie de ce document, ayant trait au dossier personnel d'un agent, que son service ne traitait pas. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'en février 2017, il a communiqué des informations personnelles à un agent d'un lycée, concernant l'accident de service du supérieur de cet agent, manquement qui lui avait valu un rappel à l'ordre écrit le 3 février 2017. Il est également reproché à M. B de s'être fait passer, en avril 2018, pour un médecin de prévention pour appeler le médecin d'un agent et obtenir des informations médicales, sur sa messagerie professionnelle, étant précisé que l'agent, qui avait quitté le service de M. B après des conflits avec lui, a indiqué avoir été choqué par cette intrusion dans sa vie privée. M. B conteste ces faits et produit, pour la première fois en appel, une attestation rectificative du médecin généraliste concerné, établie trois ans après les faits après une plainte de M. B devant le conseil de l'ordre des médecins. Toutefois, cette attestation, qui confirme que le médecin a été contacté par une personne s'appelant " docteur A B ", fait juste mention de ce qu'il ne pouvait savoir, à la date de cet appel, s'il s'agissait effectivement de lui, ne le connaissant pas.

12. Dès lors, les faits reprochés à M. B, tels que décrits aux points 9 à 11, sont matériellement établis. L'ensemble de ces éléments permet ainsi de regarder M. B comme ayant manqué, tant à son obligation de loyauté, de réserve et à son devoir de courtoisie, qu'à son obligation de discrétion professionnelle et au respect du secret professionnel, manquements qui constituent des fautes de nature, à eux seuls, à justifier une sanction. L'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne les a donc pas inexactement qualifiés. Par suite, eu égard à la répétition de ces manquements, alors que des rappels à l'ordre lui avaient été adressés, à sa fonction de chef de service travaillant en lien avec des agents parfois très vulnérables, et en dépit de ses évaluations professionnelles satisfaisantes, M. B n'est pas fondé à soutenir que le recteur de l'académie de Créteil n'a pas pu légalement prendre une sanction de déplacement d'office à son encontre, dont il ne conteste d'ailleurs plus, en appel, le caractère proportionné.

13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Créteil.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

C. Liogier

La présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

20VE0239600

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