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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE02868

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE02868

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE02868
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLACROIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'une part, d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la levée de l'état d'urgence sanitaire et a fixé le pays de destination et, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Cher de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de le munir d'une autorisation temporaire de séjour et de travail, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2002751 du 7 octobre 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2020, M. C, représenté par Me Lacroix, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2020, par lequel le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Cher de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail en attendant qu'il soit statué à nouveau sur sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen de sa situation ;

- il a été édicté à l'issue d'une procédure qui a méconnu son droit d'être entendu consacré par le principe général du droit de l'Union européenne ;

- le préfet s'est estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

- l'arrêté attaqué méconnaît son droit à mener une vie privée et familiale normale, au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puisque ses attaches se situent désormais en France, qu'il n'a plus de famille dans son pays d'origine et qu'il fait preuve d'une volonté d'insertion ;

- s'agissant du délai de départ volontaire, l'arrêté est entaché de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- s'agissant de la fixation du pays de renvoi, il est entaché de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Cher, qui n'a pas produit d'observations.

Par une décision du 19 juillet 2021, la demande d'aide juridictionnelle de M. C a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant malien né le 31 décembre 1997, a fait l'objet d'un arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le préfet du Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la levée de l'état d'urgence sanitaire et a fixé le pays de destination. Il fait appel du jugement du 7 octobre 2020 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, il résulte des visas de l'arrêté attaqué que le préfet du Cher a indiqué les dispositions législatives qui constituaient le fondement légal de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de destination, ainsi que les éléments de fait sur lesquels il s'appuyait pour fonder sa décision, à savoir le rejet définitif de la demande d'asile de M. C, sa durée de présence sur le territoire, ainsi que son absence d'attaches familiales. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Dans le cas prévu au 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise, notamment, après que la qualité de réfugié a été définitivement refusée à l'étranger. Or, l'étranger est conduit, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a sollicité auprès du préfet du Cher son admission au titre de l'asile le 13 septembre 2019. Par une décision du 29 novembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par une ordonnance du 28 mai 2020, la Cour nationale du droit d'asile a également rejeté sa demande. Ainsi, à l'occasion de l'instruction de cette demande, M. C a nécessairement été avisé du fait qu'il pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, des différents droits et obligations qui en découlent, et a, par conséquent, été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'éventualité de son éloignement à destination de son pays d'origine. Au surplus, en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été empêché de présenter ses observations sur sa situation ni qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux avant l'intervention de la décision d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne à être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet du Cher, qui a d'ailleurs examiné d'office la possibilité pour M. C d'obtenir un titre de séjour de plein droit ou dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour, se serait estimé lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 29 novembre 2019 qui a rejeté la demande d'asile de M. C.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le requérant se prévaut de ce que ses attaches se situent désormais en France et de son insertion scolaire et professionnelle. Toutefois, il soutient être arrivé en France en novembre 2018, soit moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il est célibataire, sans charge de famille et ne fait mention d'aucune attache familiale ou même amicale sur le territoire. Enfin, il ne justifie que d'un stage de mise en situation professionnelle de soixante-dix heures en juillet 2020, soit postérieurement à l'arrêté attaqué, et d'une mise en liste d'attente pour intégrer un CAP cuisine à la rentrée scolaire 2020-2021. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire français et en fixant le pays de destination, le préfet du Cher n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par ces décisions

8. En cinquième lieu, si le requérant soutient, dans des termes très généraux, craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays et invoque la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations alors, au demeurant, ainsi qu'il a été dit au point 4, que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA en novembre 2019 et la Cour nationale du droit d'asile en mai 2020. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté en tant qu'il oblige M. C à quitter le territoire n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, les moyens tirés de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre du délai de départ volontaire et de la fixation du pays de renvoi ne sont pas fondés et doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Cher.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

M. Lerooy, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

C. A La présidente,

L. Besson-Ledey La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

N°20VE02868

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