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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE02887

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE02887

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE02887
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL LAUNOIS FONDANECHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A E a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté en date du 11 juillet 2019 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Par un jugement n° 1905903 du 7 octobre 2019, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2020, Mme E, représentée par Me Launois-Flacelière, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 7 octobre 2019 du tribunal administratif de Versailles et l'arrêté du 11 juillet 2019 du préfet de l'Essonne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'irrégularité dès lors qu'elle a été privée de son droit à être entendue ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire qui la fonde est illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 28 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, ressortissante géorgienne née le 21 mai 1985, est entrée en France avec son époux et leurs deux enfants mineurs, selon ses dires, le 23 août 2018. Le 26 septembre 2018, elle a sollicité la reconnaissance de sa qualité de réfugié. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 2 janvier 2019, notifiée le 8 février 2019. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 5 mai 2019, notifiée le 17 mai 2019. Par un arrêté du 11 juillet 2019, le préfet de l'Essonne a fait obligation à Mme E de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme E relève appel du jugement du 7 octobre 2019 par lequel le tribunal administratif de Versailles rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté du 11 juillet 2019 :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-PREF-DCPPAT-BCA-045 du 4 mars 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 18 de la préfecture de l'Essonne, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme D B, directrice de l'immigration et de l'intégration, " pour signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, tous arrêtés, actes, décisions () relevant du ministère de l'intérieur, ou des départements ministériels ne disposant pas de service en Essonne ", au nombre desquels figurent, contrairement à ce que soutient la requérante, les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Contrairement à ce que soutient également Mme E, cette délégation, limitée dans son objet, ne revêt pas un caractère général. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter par adoption des motifs du point 5 du jugement attaqué le moyen tiré par Mme E de ce que son droit à être entendue préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige aurait été méconnu par le préfet de l'Essonne.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de la décision en litige que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de la requérante préalablement à l'édiction de la décision en litige.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger (), lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () / 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 743-1 et L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Lorsque, dans l'hypothèse mentionnée à l'article L. 311-6, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la mesure peut être prise sur le seul fondement du présent 6° ; / () ". Aux termes de l'article L. 743-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 743-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 743-1, sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, adoptée à Rome le 4 novembre 1950, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé lorsque : / () 7° L'office a pris une décision de rejet dans les cas prévus au I et au 5° du III de l'article L. 723-2 ; / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 723-2 du même code : " I. - L'office statue en procédure accélérée lorsque : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr en application de l'article L. 722-1 ; / () ".

6. Mme E provenant d'un pays d'origine sûr, l'OFPRA a statué sur sa demande d'asile selon la procédure accélérée. Dès lors, il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le droit de la requérante à se maintenir en France a pris fin à compter de la notification de la décision de l'OFPRA rejetant sa demande, d'asile, soit le 8 février 2019. Le préfet de l'Essonne était ainsi, en tout état de cause, en droit de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, sans attendre la décision de la Cour nationale du droit d'asile. Au surplus, il ressort du relevé des informations de la base de données " Telemofpra ", qui fait foi jusqu'à preuve du contraire en application des dispositions de l'article R. 723-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, produit par le préfet de l'Essonne en première instance, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été lue le 6 mai 2019 et notifiée le 17 mai 2019, préalablement à l'édiction de la décision en litige. Mme E n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Si Mme E soutient que la décision litigieuse méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants, nés en 2003 et 2005, qui sont scolarisés en France, il ressort des pièces du dossier que les demandes d'asile de son époux et de leurs enfants ont été rejetées, qu'ils sont entrés récemment en France et qu'aucune circonstance ne fait obstacle à ce que les enfants accompagnent leurs parents et qu'ainsi la cellule familiale se reconstitue dans un pays autre que la France. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Essonne, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'aurait pas porté à l'intérêt supérieur de ses enfants une considération primordiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait entaché sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de Mme E.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté en litige du préfet de l'Essonne que la décision fixant le pays à destination duquel Mme E est susceptible d'être renvoyée comporte une motivation suffisante tant en droit qu'en fait. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme E n'établit pas que la décision par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

12. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter pour les mêmes motifs de faits que ceux énoncés au point 8 le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Il ressort des termes mêmes de la décision en litige que le préfet de l'Essonne a examiné si la requérante encourrait des risques personnels en cas de retour en Géorgie. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision fixant le pays de renvoi doit, par suite, être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brotons, président,

Mme Le Gars, présidente assesseure,

M. Coudert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le rapporteur,

B. CLe président,

S. BROTONS

La greffière,

V. MALAGOLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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