jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-20VE03118 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL DUBAULT-BIRI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme A C B ont demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer le sursis de paiement et la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels ils restent assujettis au titre des années 2011 et 2012 ainsi que des intérêts de retard et de la majoration de 10 % qui les ont assortis.
Par un jugement n° 1804290 du 13 novembre 2020, le tribunal administratif de Versailles, après avoir constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant au sursis de paiement des impositions contestées, a rejeté le surplus de leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 décembre 2020 et 30 avril 2021, M. et Mme C B, représentés par Me Dumont, avocat, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge, en droit et pénalités, des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mis à leur charge au titre des années 2011 et 2012 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'administration fiscale ne leur a pas laissé le temps de demander le règlement d'ensemble de leur situation fiscale ;
- elle n'a pas suffisamment motivé sa décision de rejet ;
- les droits de la défense tels qu'ils résultent de la jurisprudence, du principe général du droit, du principe constitutionnel, de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 47 et 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'ont pas été respectés ;
- la proposition de rectification du 26 septembre 2014 est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et de la doctrine référencée 13 L-1513, n° 80, du 1er juillet 2002 ; en citant la teneur du 1° du 1 de l'article 109° du code général des impôts sous le visa du 2° du 1 de l'article 109 du même code, l'administration ne les a pas mis en mesure de connaître les fondements légaux qu'elle entendait mettre en œuvre et les a induit en erreur, en contradiction avec les principes de loyauté et de bonne administration ; par ailleurs, la proposition de rectification est motivée par référence à la proposition de rectification adressée à la SCI des Capettes, sans qu'aucun extrait ne soit explicitement reproduit ni qu'elle soit annexée ; seul un montant global de charges rejeté est indiqué sans détail quant à leur détermination, de même pour les sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé insuffisamment explicitées et pour lesquelles il est renvoyé à des annexes inexistantes ;
- la proposition de rectification ne fait pas état de la nature, l'origine et la substance des informations recueillies par l'administration et utilisées pour établir la rectification s'agissant des sommes portées au crédit de compte courant d'associé ;
- l'administration n'a pas répondu à leurs observations présentées le 19 novembre 2014, ne répondant, le 24 décembre 2014, qu'à celles des 22 et 27 octobre 2014 ; par suite, la réponse aux observations du contribuable est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et des doctrines référencées 13 L-1514, nos 38 et 39, du 1er juillet 2002 et BOI-CF-IOR-10-50, n° 450, du 6 juillet 2016 ;
- ces irrégularités sont substantielles au sens de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ;
- l'administration ne pouvait les imposer dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers à raison de crédits sur un compte courant d'associé qu'elle a regardé comme distribués par la SCI des Capettes dès lors que cette société relève, eu égard à son activité civile de construction-vente, en application de l'article 239 ter du code général des impôts, de l'impôt sur le revenu et non de l'impôt sur les sociétés ; aucune option ne pouvait dès lors être effectuée ; la fraction des bénéfices revenant aux associés devait ainsi être taxée en bénéfices industriels et commerciaux ;
- s'agissant des revenus réputés distribués sur le fondement du 1°du 1 de l'article 109 du code général des impôts, la taxe sur la valeur ajoutée afférente à une charge réintégrée aux bénéfices d'une société ne saurait être prise en compte pour la détermination des revenus distribués ; seule la somme de 30 000 euros hors taxe aurait dû être retenue et non celle de 35 880 euros TTC ; la déductibilité de cette charge, correspondant au montant d'une facture FSD Services pour des prestations réalisées par M. C B pour la SCI est, en outre, parfaitement justifiée ; s'agissant de la somme de 62 695 euros, cette charge n'a pas eu pour effet de minorer les bénéfices imposables ;
- s'agissant des revenus réputés distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, M. C a réglé personnellement des charges de la société ce qui a fondé l'inscription au crédit du compte courant d'associé ;
- les pénalités et intérêts de retard doivent être déchargés par voie de conséquence de la décharge des droits ;
- les intérêts de retard sont insuffisamment motivés au sein de la proposition de rectification, faute de justification de leur application et faute de mention de la base imposable, des années en cause du calcul effectué et du montant à payer ; le taux appliqué, qui a un caractère dissuasif, est manifestement excessif et disproportionné, doit être limité au taux d'intérêt légal et constitue un enrichissement sans cause du Trésor public attentatoire au droit de propriété ;
- la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts est insuffisamment motivée et ne pouvait leur être appliquée à défaut d'invitation à régulariser.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dumont, avocat de M. et Mme C B.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI des Capettes, dont M. et Mme A C B sont les associés à hauteur de 99,96 % au total, le reste du capital étant détenu par leur fils, qui en est également le gérant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012, à l'issue de laquelle des rehaussements lui ont été notifiés par une proposition de rectification du 20 mai 2014. Tirant les conséquences de ce contrôle, l'administration a notifié à M. et Mme C B, dans le cadre d'un contrôle sur pièces et par une proposition de rectification du 26 septembre 2014, des rehaussements en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2011 et 2012, notamment à raison de crédits d'impôts déclarés à tort et de revenus regardés comme distribués sur le fondement des 1° et 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Intégralement maintenus au stade de la réponse aux observations des contribuables du 24 décembre 2014, les rectifications fondées sur les dispositions du 1°du 1 de l'article 109 ont été abandonnées au stade de l'entretien avec le supérieur hiérarchique, puis la majoration de 10 % dont les suppléments d'impôts avaient été assortis sur le fondement de l'article 1758 A du code général des impôts a été dégrevée au stade de l'acceptation partielle de la réclamation préalable. M. et Mme C B font appel du jugement du tribunal administratif de Versailles, qui, après avoir constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant au sursis de paiement des impositions contestées, a rejeté leur demande.
Sur l'étendue du litige :
2. Les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige en tant qu'elle procèdent du rehaussement fondé sur les dispositions du 1°du 1 de l'article 109 du code général des impôts lequel, ainsi que l'a indiqué l'administration, a été abandonné avant la mise en recouvrement sont irrecevables et doivent être rejetées. S'agissant des conclusions tendant à la décharge de la pénalité de 10 % fondée sur l'article 1758 A du code général des impôts et ayant assorti les impositions à l'impôt sur le revenu en litige, laquelle a été dégrevée par la décision prise sur la réclamation préalable du 25 avril 2018, les requérants ne contestent pas l'irrecevabilité relevée d'office à ce titre par les premiers juges.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, l'année d'imposition et la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de manière à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
4. Il résulte d'une part, des mentions de la proposition de rectification que le service a bien distingué les rectifications notifiées au titre des charges non déductibles fondées sur le terrain du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et celles opérées au titre des sommes inscrites au crédit des comptes courants d'associés, sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du même code. Si le vérificateur a cité sous le visa du 2° du 1 de l'article 109 fondant la seconde rectification, la teneur du 1° du 1 de l'article 109, qui fondait la première rectification, également cité à ce stade, cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence, dès lors comme l'a relevé le tribunal, que le paragraphe portant rectification fondée sur le 2° du 1 de l'article 109 indiquait l'impôt concerné, l'année d'imposition, la base d'imposition, rappelait les faits constatés et énonçait les motifs sur lesquels elle était fondée, ce qui permettait à M. et Mme C B, qui n'ont pas été induits en erreur, de présenter leurs observations de façon utile, ce qu'ils ont d'ailleurs fait, en distinguant au demeurant explicitement les rectifications afférentes aux revenus distribués relevant du 1° du 1 de l'article 109 d'une part, et du 2° du 1 de l'article 109, d'autre part.
5. M. et Mme C B font valoir, d'autre part, que la proposition de rectification est motivée par référence à la proposition de rectification adressée à la SCI des Capettes, sans qu'aucun extrait ne soit explicitement reproduit ni qu'elle soit annexée. Toutefois, d'une part, un tel moyen est inopérant s'agissant du rejet de charges non déductibles constitutif de revenus distribués sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109, dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 2, que ce chef de rehaussement a été expressément abandonné au stade du recours hiérarchique. En tout état de cause, la proposition de rectification du 26 septembre 2014 renvoie expressément aux extraits de la proposition de rectification adressée à la SCI, reproduits en annexe et listant l'ensemble des charges non déductibles. Pour ce qui concerne, d'autre part, les distributions procédant de sommes inscrites au crédit du compte d'associé, la proposition de rectification liste précisément les sommes en cause sans procéder à une motivation par référence, ni à aucun renvoi à des annexes, contrairement à ce qui est soutenu. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, pris en ses deux branches, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée.
7. Si M. et Mme C B soutiennent que la proposition de rectification ne ferait pas état de la nature, l'origine et la substance des informations recueillies par l'administration et utilisées pour établir la rectification s'agissant des sommes portées au crédit de compte courant d'associé, il résulte de l'instruction et notamment des termes mêmes de la proposition de rectification que celle-ci fait état de la vérification de comptabilité de la SCI des Capettes et des sommes portées au crédit du compte courant d'associé 455100, dans les écritures comptables de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 76 B ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. ". Il ressort de ces dispositions, d'une part, que la motivation de la réponse doit être, pour chaque rectification, proportionnée à celle des observations, d'autre part, qu'il suffit qu'elle intervienne avant la mise en recouvrement, dans la mesure où cela ne prive le contribuable d'aucune garantie, comme celle liée à la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
9. Il résulte de l'instruction qu'en réponse à la proposition de rectification du 26 septembre 2014, M. et Mme C B ont présenté des observations le 22 octobre 2014 puis, par une lettre du 27 octobre 2014 ont annoncé que leur conseil, qui avait demandé la prolongation du délai à soixante jours par lettre du 20 octobre 2014, reçue par l'administration le 21 octobre 2014, présenterait des observations complémentaires, ce qu'il a effectivement fait par lettre datée du 19 novembre 2014. Par sa lettre du 24 décembre 2014, le service vérificateur a indiqué répondre aux observations des 22 et 27 octobre 2014, et reconnait qu'aucune réponse n'a effectivement été apportée à certaines observations présentées dans le courrier du 19 novembre 2014, notamment s'agissant des rehaussements de 35 880 euros et 62 695 euros fondés sur les dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, ainsi que de la majoration de 10 %. Toutefois, les rectifications fondées sur ces dispositions ont été abandonnées au stade du recours hiérarchique par la lettre du 15 octobre 2015, et la majoration de 10 % a été dégrevée par la décision d'admission partielle du 25 avril 2018. En outre, il résulte de l'instruction que, pour les chefs de rectification restant en litige, les lettres du 24 décembre 2014 et du 15 octobre 2015 ont répondu suffisamment aux observations des intéressés, présentées par lettres des 22 octobre et 19 novembre 2014 et que les requérants n'ont ainsi été privés d'aucune garantie.
10. En quatrième lieu, M. et Mme C B ne sauraient utilement soutenir que l'administration ne leur pas laissé le temps de demander le règlement d'ensemble de leur situation fiscale, ni en tout état de cause que celle-ci n'a pas suffisamment motivé sa décision de rejet de leur réclamation préalable.
11. En cinquième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la procédure suivie à l'encontre de M. et Mme C B n'est entachée d'aucune irrégularité, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense ne peut qu'être écarté par voie de conséquence. Il en va de même des moyens tirés de la méconnaissance des articles 47 et 48 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, au demeurant inopérants en l'absence de mise en œuvre du droit communautaire, de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des dispositions de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en particulier de son article 14.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France. ". Aucun des moyens soulevés par M. et Mme C B pour contester, sur le terrain de la loi fiscale, la régularité de la procédure de rectification dont ils ont fait l'objet ne pouvant prospérer, le moyen tiré de ce que les irrégularités dont la procédure serait entachée sont substantielles au sens de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, M. et Mme C B ne sont pas fondés à invoquer différents points de la documentation administrative de base, de diverses instructions administratives, circulaires ou réponses ministérielles relatifs à la procédure d'imposition, qui sont exclus du champ d'application de la garantie contre les changements de doctrine figurant à l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des suppléments d'imposition :
14. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / () ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
15. M. et Mme C B soutiennent que l'administration ne pouvait les imposer dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers à raison de crédits figurant sur un compte courant d'associé qu'elle a regardé comme distribués par la SCI des Capettes, dès lors que cette société relevait nécessairement et sans possibilité d'option, eu égard à son activité de construction-vente, de l'impôt sur le revenu et non de l'impôt sur les sociétés et relevait ainsi de l'exception prévue par l'article 239 ter du code général des impôts en vertu duquel les sociétés ayant pour objet la construction d'immeuble en vue de la vente sont soumises au même régime que les sociétés en nom collectif effectuant les mêmes opérations, c'est-à-dire au régime des sociétés de personnes. Ils en déduisent que la fraction des bénéfices revenant aux associés devait ainsi être taxée dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.
16. Il résulte toutefois de l'instruction que la SCI des Capettes, qui a été créée le 2 avril 2009, a déclaré, dans le cadre de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés, avoir pour objet social, selon l'acte du 24 septembre 2010, une activité d'acquisition, gestion, location et administration de tous biens immobiliers, et ne comporte pas la construction d'immeubles en vue de la vente. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que, pour la somme de 61 000 euros restant en litige pour 2012 à raison de crédits déposés sur le compte courant d'associé, la SCI des Capettes ne pouvait relever de l'impôt sur les sociétés, les articles 239 et 239 ter et les 2 et 3 de l'article 206 du code général des impôts n'excluant la possibilité pour une société civile immobilière de relever, même sur option, de l'impôt sur les sociétés que si elle a pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente. Au surplus, il résulte de l'instruction que la SCI des Capettes a opté le 26 janvier 2010 pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés et à la taxe sur la valeur ajoutée, puis a spontanément déposé, au titre des exercices clos en 2011 et 2012, les déclarations de résultat prévues pour les sociétés soumises à l'impôt sur les sociétés. Lors de la vérification de comptabilité de la SCI, il a d'ailleurs été porté à la connaissance du service vérificateur que cette option était justifiée, dès lors que l'activité de la SCI était destinée sur le long terme à la gestion et à la location immobilière, les opérations de vente n'étant que transitoires. Ainsi, la SCI ayant délibérément opté pour l'impôt sur les sociétés et ayant déposé les déclarations correspondantes, elle a donc clairement indiqué vouloir exercer une activité de location pure et c'est à juste titre que l'administration s'est conformée à l'objet de la société et à l'option exercée en ce sens.
17. Si, pour contester l'existence et le montant des distributions, il est soutenu que M. C a réglé personnellement des charges de la société ce qui a fondé l'inscription au crédit du compte courant d'associé, aucune justification n'est apportée au soutien de ces allégations pas plus en appel qu'en première instance.
Sur les majorations :
S'agissant de l'intérêt de retard :
18. Aux termes du I de l'article 1727 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. () ".
19. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. et Mme C B ne sont pas fondés à demander la décharge des intérêts de retard par voie de conséquence de la décharge des redressements, en droits, auxquels ils ont été assujettis.
20. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il résulte explicitement du point " IV-Pénalités " de la proposition de rectification que celle-ci indique le taux de l'intérêt de retard, ainsi que le fondement légal et comprend, dans les conséquences financières, un tableau spécifique détaillant le calcul du taux de cet intérêt ainsi que la mention, dans le tableau des conséquences financières, du montant des droits, qui constituent la base, et du montant des intérêts de retard.
21. Enfin, M. et Mme C B soutiennent que l'application de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 précité du code général des impôts constituerait une sanction dans la mesure où son taux est supérieur à celui de l'intérêt légal. Toutefois, l'intérêt de retard prévu par ces dispositions, qui s'applique indépendamment de toute appréciation portée par l'administration fiscale sur le comportement du contribuable, vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'Etat à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales. Si l'évolution des taux du marché a conduit à une hausse relative de cet intérêt depuis son institution, cette circonstance ne lui confère pas pour autant la nature d'une sanction, dès lors que son niveau n'est pas devenu manifestement excessif au regard du taux moyen pratiqué par les prêteurs privés pour un découvert non négocié. La référence au taux de l'intérêt légal, qui ne reflète qu'imparfaitement le taux du marché monétaire, ne constitue pas une référence plus pertinente pour établir le caractère manifestement excessif du taux de l'intérêt appliqué aux requérants. Par suite, ces derniers ne peuvent utilement se prévaloir du caractère excessif et disproportionné des intérêts de retard mis à leur charge.
22. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande.
Sur les frais liés à l'instance :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme C B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme A C B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La rapporteure,
I. DLa présidente,
L. Besson-LedeyLa greffière,
C. Fourteau
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026