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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-20VE03304

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-20VE03304

mardi 14 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-20VE03304
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2009488 du 10 novembre 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2020, M. A, représenté par Me Traore, avocat, demande à la Cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les premiers juges ont statué " infra petita " en raison de l'enregistrement de sa demande d'asile le 10 mars 2017 par le préfet, alors qu'il était sous l'effet d'une obligation de quitter le territoire français du 1er mars 2017 ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire et s'est cru en situation de compétence liée au regard de la précédente obligation de quitter le territoire français en date du 1er mars 2017 ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 ;

- elle méconnait l'article 1-A-2 de la convention de Genève de 1651 auquel renvoie l'article L. 711-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas pris position sur les quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est injustifiée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les premiers vice-présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B A, ressortissant Sri Lankais, né le 7 août 1994, qui a déclaré être entré en France le 31 janvier 2014, a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité. Par un arrêté du 18 septembre 2020, le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. A fait appel du jugement du 10 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Si M. A soutient que le tribunal administratif aurait statué " infra petita ", dès lors que pour l'obliger à quitter le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire du 1er mars 2017, qui doit être regardée comme abrogée, en raison de l'enregistrement de sa demande d'asile le 10 mars 2017, cette circonstance a été invoquée à l'appui des moyens tirés de l'insuffisance de la motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle, auxquels le premier juge a suffisamment répondu en droit et en fait au point 2 du jugement attaqué sans statuer infra petita.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. A reprend en appel les moyens de première instance tirés de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et du défaut d'examen de sa situation personnelle. L'arrêté attaqué vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 1° du I, de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application. Par ailleurs, l'arrêté en litige indique que l'intéressé, qui serait entré en France le 31 janvier 2014, ne justifie pas avoir voyagé sous couvert des documents visés à l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement notifiée le 1er mars 2017 et qu'il n'existe aucun obstacle à ce qu'il quitte le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une insuffisance de la motivation doit être écarté. Il en va de même, compte tenu de cette motivation et du fondement de l'arrêté attaqué, s'agissant du moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas rappelé l'ensemble des circonstances caractérisant la situation du requérant, en particulier celle tenant à ce que le préfet a procédé à l'enregistrement de sa demande d'asile le 10 mars 2017, soit postérieurement à la date de l'obligation de quitter le territoire du 1er mars 2017.

5. En deuxième lieu, s'il est toujours loisible au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. La seule circonstance que le préfet a opposé la circonstance que M. A s'est soustrait à une obligation de quitter le territoire du 1er mars 2017, alors qu'il avait procédé à l'enregistrement de sa demande d'asile le 10 mars 2017, n'est pas de nature à établir que le préfet du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'illégalité en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire ou qu'il se serait cru en situation de compétence liée par cette circonstance, alors que l'obligation de quitter le territoire litigieuse est fondée sur le 1° du I, de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes du 2° du paragraphe A de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dans sa rédaction résultant du protocole de New-York du 31 janvier 1967, la qualité de réfugié est reconnue à : " toute personne qui (), craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ".

7. M. A, soutient que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 1er de la convention de Genève sur la reconnaissance de la qualité de réfugié. Il n'appartient toutefois pas au préfet d'apprécier la qualité de réfugié d'un ressortissant étranger, dont la reconnaissance relève de la compétence de l'office français de protection des réfugiés et apatrides valablement saisi. Le requérant ne peut en conséquence se prévaloir utilement des stipulations précitées de la convention de Genève. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 août 2015, confirmée par la commission nationale du droit d'asile le 6 décembre 2016

8. En quatrième lieu, M. A reprend en appel le moyen de première instance tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions ne prescrivent pas l'attribution de plein droit d'un titre de séjour et l'intéressé ne démontre ni même n'allègue avoir présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Il n'invoque, au soutien du moyen ainsi repris, aucun argument de droit ou de fait nouveau. Il y a donc lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 3 du jugement attaqué.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 10 du préambule de la Constitution de 1946 : " La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "

10. M. A reprend en appel le moyen de première instance tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et soulève un moyen tiré de la violation de l'article 10 du préambule de la Constitution de 1946 en se prévalant, notamment, de son insertion professionnelle. Comme le relève à juste titre le premier juge, M. A est célibataire, sans charge de famille et n'allègue pas qu'il serait isolé au Sri Lanka où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Par ailleurs, si l'intéressé justifie d'une demande d'autorisation de travail, d'un contrat de travail en date du 20 juin 2019 et de fiches de paye couvrant la période comprise entre juillet 2019 et juillet 2020 ces seuls éléments ne suffisent pas à démontrer une insertion professionnelle suffisamment ancienne et pérenne sur le territoire national. Enfin, il ne justifie pas de la continuité de son séjour en France, alors qu'il soutient, sans pour autant l'établir, résider sur le territoire national depuis 2014. M. A n'invoque au soutien du moyen ainsi repris aucun argument de droit ou de fait nouveau. Il y a donc lieu d'écarter ces moyens pour ces motifs et par adoption de ceux retenus par les premiers juges au point 4 du jugement attaqué. Il en va de même pour le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Enfin, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas, en tant que telle, le pays de destination.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. A, soutient qu'il a fait l'objet de persécutions en raison de ses opinions politiques dans son pays d'origine. Mais l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 août 2015 confirmée par la commission nationale du droit d'asile le 6 décembre 2016, ne produit aucun élément démontrant la réalité et l'actualité des risques de traitements inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Enfin, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 6 de la présente ordonnance que le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 1-A-2 de la convention de Genève doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

15. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. ()/ La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

17. La décision en litige vise les textes qui la fondent, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier son alinéa 8 cité au point 10. Elle indique les éléments de la situation personnelle de l'intéressé qui ont été pris en considération, notamment la durée de présence de M. A en France et la circonstance qu'il ne dispose pas de fortes attaches dans ce pays. Il est mentionné que la décision ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et que l'intéressé s'est soustrait d'une précédente mesure d'éloignement du 1er mars 2017. Cette motivation, qui atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées, n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.

18. Enfin, M. A affirme que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est injustifiée en faisant à nouveau valoir que le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire du 1er mars 2017, qui doit être regardée comme abrogée, en raison de l'enregistrement de sa demande d'asile le 10 mars 2017. Toutefois, eu égard à l'absence d'attaches familiales de l'intéressé en France et en l'absence de preuves tant de la durée de son séjour, que d'une intégration réelle et ancienne sur le territoire national, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées en application de l'avant dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Versailles, 14 juin 2022.

Le premier vice-président de la cour,

président de la 2ème chambre,

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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