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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00044

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00044

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00044
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. et Mme E ont demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler les arrêtés du 21 décembre 2019 et du 7 janvier 2020 par lesquels le préfet du Loiret a rejeté leurs demandes de titre de séjour ainsi que les décisions rejetant leurs recours gracieux.

Par un jugement no 2001832-2001833 du 10 novembre 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2021, M. et Mme E, représentés par Me Biju-Duval, avocat, demandent à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les décisions du préfet du Loiret du 21 décembre 2019 et 7 janvier 2020 rejetant leurs demandes de titre de séjour ;

3°) d'annuler les décisions confirmatives en date du 31 janvier et du 16 mars 2020 ;

4°) d'enjoindre au préfet du Loiret de délivrer à M. et Mme E une carte de résident, ou à tout le moins une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat à payer à M. et Mme E la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-11 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que les décisions attaquées :

- méconnaissent le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2022, le préfet Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la violation du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant au motif que les requérants n'ont pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

- le moyen tiré de la violation de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant au motif que les requérants n'ont pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

- le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté au motif qu'il manque en fait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'avant-dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. et Mme E, ressortissants congolais, nés respectivement le 27 avril 1942 à Brazzaville et le 17 juin 1949 à Boko, sont entrés en France le 4 septembre 2019 munis de passeports revêtus de visas de court séjour. Ils ont sollicité la délivrance de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 et du 2° de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 21 novembre 2019. Par deux arrêtés des 21 décembre 2019 et 7 janvier 2020, le préfet du Loiret a rejeté leurs demandes. Par deux lettres du 14 janviers 2020, reçues le 16 janvier 2020, M. et Mme E ont formé des recours gracieux à l'encontre de ces décisions. Par une lettre du 31 janvier 2020, qui est dépourvue de toute mention des voies et délais de recours, le préfet du Loiret a expressément rejeté le recours gracieux formé par Mme E. Le recours gracieux formé par M. E a été implicitement rejeté le 16 mars 2020. M. et Mme E font appel du jugement du 10 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des décisions des 21 décembre 2019 et 7 janvier 2020, ainsi que des décisions rejetant leurs recours gracieux.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

4. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire en exerçant le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. M. et Mme E n'allèguent pas qu'ils auraient présenté une demande de titre de séjour en invoquant le bénéfice des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ils ne peuvent utilement soutenir que le préfet aurait méconnu ces dispositions en n'y répondant pas.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. et Mme E se prévalent de l'absence d'attaches familiales dans leur pays d'origine, la République du Congo, du fait de l'installation de leurs trois enfants et leur famille en Europe et au Canada, de la perte de leurs moyens de subsistance en République centrafricaine, depuis qu'en mars 2016 leur domicile a été détruit et leurs biens ont été pillés par les milices Seleka et, enfin, de leur prise en charge financière et par la suite, de leur hébergement en France, depuis décembre 2015, par leur fils C, de nationalité française. Toutefois, les requérants ne produisent aucun document susceptible d'établir la perte alléguée de leurs biens. En outre, les formulaires d'envoi d'argent que les requérants communiquent font état de transferts irréguliers et de montants relativement faibles sur la période allant de décembre 2015 à août 2019. Ces éléments ne permettent donc pas d'établir que M. et Mme E n'auraient plus aucune ressource en Afrique et seraient à la charge de leur fils avant leur entrée sur le territoire français. Par ailleurs, les intéressés ne se prévalent que d'une durée de séjour de quatre mois à la date des décisions attaquées, ainsi que de la présence en France d'un seul proche avec lequel ils sont restés éloignés pendant de nombreuses années. Enfin, ils n'établissent pas qu'il existerait un obstacle à ce que leur fils leur rende visite dans leur pays d'origine et qu'il poursuive le versement des aides financières dont il a pu leur faire bénéficier depuis décembre 2015. Par suite, en rejetant leurs demandes de titre de séjour, le préfet du Loiret n'a pas porté au droit de M. et Mme E à leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. et Mme E est manifestement dépourvue de fondement et doit, en application de l'avant-dernier alinéa précité de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B E et Mme D E née A.

Copie en sera adressée au préfet du Loiret et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 20 octobre 2022.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

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