mercredi 25 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00055 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B épouse C a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la même durée.
Par un jugement n° 2000361 du 11 février 2020, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 8 janvier 2021, Mme B épouse C, représentée par Me Berdugo, avocat, demande à la cour :
1° d'annuler ce jugement ;
2° d'annuler, pour excès de pouvoir, cet arrêté ;
3° d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe du contradictoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1, 16 et 9§3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen particulier ;
- elle méconnait le principe du contradictoire ;
- elle méconnaît les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle ne présente pas de risque de fuite ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 1er et 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas pris position sur les quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A B épouse C, ressortissante philippine née le 17 juillet 1987 à San Manuel, a déclaré être entrée en France le 28 novembre 2008, irrégulièrement. Mariée en France, le 9 juin 2011, avec un compatriote, elle a donné naissance à Précious, née le 28 mai 2015 et à Prince-Jayniel, né le 28 aout 2017. Elle a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, le 30 mai 2018, mais s'est maintenue sur le territoire français. Contrôlée en situation irrégulièrement, elle a fait l'objet d'un nouvel arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 7 janvier 2020, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour d'un an et l'informant qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la même durée. Mme B épouse C relève appel du jugement du 11 février 2020 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an contenues dans l'arrêté préfectoral en litige :
3. Mme B épouse C reprend en appel, en des termes identiques, les moyens de légalité externe soulevés en première instance, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, ces moyens, relatifs à l'insuffisance de motivation et au défaut d'examen particulier, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 2. du jugement attaqué.
En ce qui concerne les moyens de légalité externe communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire contenues dans l'arrêté préfectoral en litige :
4. Mme B épouse C reprend en appel, en des termes identiques, le moyen de légalité externe soulevé en première instance, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, ce moyens, relatifs à la méconnaissance du principe du contradictoire, doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 3. du jugement attaqué.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, Mme B épouse C reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, les moyens soulevés en première instance et tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, d'une part, si la requérante déclare être entrée sur le territoire français depuis 2008, elle ne l'établit qu'à partir du 24 février 2010, en produisant des fiches de chèque emploi universel portant sur quelques mois des années 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014 et n'apporte aucun élément traduisant une intégration professionnelle particulière après 2014. Mariée depuis le 9 juin 2011, elle ne produit aucun élément de nature à établir l'intégration professionnelle de son époux, toujours en situation irrégulière sur le territoire français. Ses enfants nés en France en 2015 et 2017, sont encore jeunes et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. D'autre part, si elle précise que plusieurs membres de sa famille et belle-famille résident régulièrement sur le territoire français, elle n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des article 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ne sont, au demeurant, assortis d'aucune précision, doivent être rejetés. Enfin, aucun élément ne permet de conclure qu'en prenant cet arrêté, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme B. Il y a donc bien lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 7 et 9 du jugement attaqué.
6. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel Mme B épouse C ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour le même motif que celui retenu à bon droit par le premier juge au point 8 du jugement entrepris.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, Mme B épouse C reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, les moyens soulevés en première instance et tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 1er et 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne seraient pas compatibles avec les dispositions communautaires, alors qu'il apparait que les dispositions du paragraphe II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui énoncent une liste limitative de situations objectives dans lesquelles l'autorité administrative est fondée à estimer qu'il existe un risque que le ressortissant étranger en cause se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français prise à son égard et à refuser, en conséquence, de lui octroyer un délai de départ volontaire, ne sont pas incompatibles avec celles de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil que la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 a eu pour objet de transposer. En outre, par le dispositif suivi, le législateur a imposé à l'administration un examen de la situation particulière de chaque étranger, à même d'assurer le respect du principe de proportionnalité entre les moyens et les objectifs poursuivis lorsqu'il est recouru à des mesures coercitives. Ainsi, les dispositions du paragraphe II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne méconnaissent pas les objectifs fixés par la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Il y a donc bien lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 12. du jugement attaqué.
8. En deuxième lieu, Mme B épouse C reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, les moyens soulevés en première instance et tirés de la méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle ne présente pas de risque de fuite. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, d'une part, Mme B s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement et a déclaré explicitement son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire. D'autre part, si elle fait valoir qu'elle réside sur le territoire français depuis plus de dix ans, dispose d'un passeport en cours de validité, une adresse stable et des attaches familiales forte, ces circonstances ne suffisent pas à établir que le préfet, eu égard aux motifs retenus dans la décision contestée, aurait méconnu les dispositions précitées. Il y a donc bien lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 13. du jugement attaqué.
9. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel Mme B épouse C ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour le même motif que celui retenu à bon droit par le premier juge au point 14 du jugement entrepris.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
10. En premier lieu, Mme B épouse C reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, les moyens soulevés en première instance et tirés de l'erreur de droit ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, d'une part, si la requérante soutient que l'interdiction de retour prononcée à son encontre est entachée d'une erreur de droit, elle n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, il ne résulte pas des pièces du dossier que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il y a donc bien lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 19 et 20 du jugement attaqué.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5., les moyens soulevés en première instance et tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des stipulations des articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Me B épouse C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Versailles, le 25 mai 2022.
Le président de la 4ème chambre,
S. BROTONS
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026