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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00073

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00073

jeudi 19 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00073
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBOIARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2019 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 1909263 du 30 septembre 2019, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2021, M. C, représenté par Me Boiardi, avocate, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile valant autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur sa situation ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement ne statue pas sur la décision de refus de titre de séjour ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le décret n° 2020 -1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B C, ressortissant malien né le 20 octobre 1992 à Bamako, qui a déclaré être entré en France le 5 mai 2018, a sollicité le bénéfice de l'asile le 22 août 2018. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 décembre 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 mai 2019. Par arrêté du 15 juillet 2019, pris sur le fondement dispositions du 6 ° de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C relève appel du jugement du 30 septembre 2019 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige et la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il a été pris sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu duquel : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, () ". Même s'il mentionne, en son article 1er que " la demande de délivrance de titre de séjour au titre de l'article L. 511-1-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de M. C est rejetée ", l'arrêté attaqué ne peut être regardé ni comme statuant sur la demande d'asile de l'intéressé, le rejet de cette demande procédant de la décision prise par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 20 décembre 2018, ni même comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aucune demande distincte de sa demande d'asile n'ayant, du reste, été déposée par M. C. Les moyens soulevés contre " la décision de refus de titre " sont dès lors inopérants et les conclusions dirigées contre celle-ci ne peuvent qu'être rejetées. Enfin, pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait irrégulier, dès lors que le premier juge n'aurait pas statué sur un refus de séjour.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il résulte de ce qui a été exposé ci-avant que M. C ne peut utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire aurait été prise sur le fondement d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale.

5. L'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent. Il vise notamment les dispositions de l'article L. 511-1 6°du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 décembre 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 mai 2019. Il mentionne en outre que M. C est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne justifie pas être exposé à des peines et à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de l'intéressé.

7. Aux termes de l'article L. 511-4 10 °du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. M. C soutient que son état de santé nécessite une prise en charge médicale indisponible au Mali. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier produites pour la première fois en appel, notamment du compte-rendu opératoire du 3 juin 2019 du docteur A chirurgien à la clinique du Landy à Saint-Ouen, où il a subi une ligamentoplastie du genou droit, ainsi que du compte-rendu d'hospitalisation pour cette période, que le défaut de prise en charge médicale de cette pathologie pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé. En outre, ces éléments ne comportent pas de précisions quant à la possibilité de M. C de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, compte tenu des caractéristiques du système de santé de cet Etat. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 511-4 10 ° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. M. C soutient que l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que le préfet a entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Il fait valoir que depuis son entrée en France le 5 mai 2018 il aurait entrepris de nombreuses démarches en vue d'assurer son intégration dans la société française où il a désormais fixé l'ensemble de ses attaches personnelles et dans lequel il aurait fixé le centre de ses intérêts. Toutefois, il ne produit pas de pièce de nature à corroborer ses allégations relatives à son intégration en France. De plus, âgé de 26 ans à la date de l'arrêté attaqué, il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et n'établit pas qu'il serait sans attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 26 ans. Il suit de là que l'arrêté litigieux n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que M. C n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination à raison de cette prétendue illégalité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, mais à l'exception de celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 19 mai 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

3

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