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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00095

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00095

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00095
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBORDESSOULE DE BELLEFEUILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2010856 du 4 décembre 2020 la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 janvier 2021 et 25 mars 2022, M. D, représenté par Me Bordessoule de Bellefeuille, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté du 29 septembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3° d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours ou un récépissé à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- la première juge a inexactement apprécié les faits de l'espèce ainsi que sa situation personnelle ;

- elle a, à tort, écarté le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'est pas daté ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a, à tort, considéré que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ;

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il n'est pas daté et il n'est pas démontré que l'inscription de la date manuscrite n'aurait pas été apposée ultérieurement ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 424-9, L. 511-1 et suivants, L. 512-1 et suivants et L. 711-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. D, ressortissant pakistanais, qui a déclaré être entré irrégulièrement en France le 15 juin 2019, a sollicité le 27 juillet 2019 son admission au séjour au titre de l'asile. Par des décisions du 27 février 2020 et du 24 juin 2020, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande. Par arrêté du 29 septembre 2020, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D relève appel du jugement du 4 décembre 2020 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens soulevés dans la demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement serait insuffisamment motivé, dès lors qu'il ne répondrait pas suffisamment à ses moyens soulevés en première instance, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. D soutient que la première juge a inexactement apprécié les faits de l'espèce ainsi que sa situation personnelle et que, c'est à tort, qu'elle a écarté le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux n'est pas daté. Toutefois, ces moyens se rattachent au bien-fondé du jugement. Ils sont donc sans incidence sur sa régularité.

5. En troisième lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. D ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, M. D soutient que c'est à tort que la première juge a considéré que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne pouvait être utilement invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement et est donc sans incidence sur sa régularité.

Sur l'étendue du litige :

7.Il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il a été pris sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu duquel : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, () ". L'arrêté litigieux a été pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 511-1-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peut ainsi être regardé ni comme statuant sur la demande d'asile de l'intéressé, le rejet de cette demande procédant des décisions prises les 27 février 2020 et 24 juin 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour Nationale du droit d'asile, ni même comme lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aucune demande distincte de sa demande d'asile n'ayant, du reste, été déposée par M. D. Les moyens soulevés contre "la décision de refus de titre de séjour" sont dès lors inopérants et les conclusions dirigées contre celle-ci ne peuvent qu'être rejetées. Pour le même motif, M. D ne peut utilement invoquer par voie d'exception l'illégalité d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur le bien-fondé du jugement :

8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté contesté a été signé par Mme F C, adjointe au chef du bureau de l'intégration et des naturalisations de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait d'une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement de M. E B, directeur des migrations et de l'intégration, en vertu d'un arrêté n° 19-078 du 17 juin 2019 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 2 septembre 2019. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

9. En deuxième lieu, M. D reprend en appel ses moyens tirés de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté litigieux et du défaut d'examen de sa situation personnelle, sans invoquer d'éléments de droit ou de fait nouveaux à l'appui de ces moyens. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge aux points 2. à 4. du jugement attaqué.

10. En troisième lieu, M. D soutient que l'arrêté litigieux ne contient aucune date et qu'il est possible que la date ajoutée de manière manuscrite ait été apposée postérieurement à son édiction. Toutefois, d'une part, M. D n'apporte aucune précision quant aux conséquences de ces circonstances sur la légalité de l'arrêté litigieux et, d'autre part, il ne produit aucun élément de nature à démontrer que l'arrêté, qu'il a lui-même produit à l'appui de sa requête de première instance, comporterait une date erronée. Ce moyen sera écarté.

11.En quatrième lieu, M. D n'établit pas, par la production d'une attestation peu circonstanciée qui émanerait du président du Conseil des Ulémas chiites de Mandi Bahauddin, qu'il serait exposé à des risques actuels, personnels et réels de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Pakistan. L'intéressé a d'ailleurs été débouté du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ayant rejeté sa demande d'asile par une décision du 27 février 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 juin 2020. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui, comme le relève à bon droit la première juge, ne peut être utilement invoqué qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

12.En cinquième lieu, M. D soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale a été méconnu en faisant valoir qu'il serait exposé à des risques de peine ou traitements inhumains en raison de son appartenance religieuse. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent et compte-tenu du fait que l'intéressé ne fait état d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière dans la société française et d'aucune vie privée et familiale en France, ce moyen sera écarté. En outre, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'en 2019, l'atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale invoquée par M. D n'est pas démontrée. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13.En sixième lieu, M. D ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, dès lors qu'il n'a pas la qualité de réfugié, ainsi qu'il a été dit au point 11. de la présente ordonnance.

14.En septième lieu, M. D se borne à invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 424-9, L. 511-1 et suivants, L. 512-1 et suivants et L. 711-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans indiquer les dispositions précises de ces articles qui auraient été méconnues, ni préciser en quoi l'autorité administrative les aurait méconnues. Par suite, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes permettant au juge de l'excès de pouvoir d'en apprécier le bien-fondé. Au surplus, les dispositions de l'article L. 424-9 n'étaient pas entrées en vigueur à la date d'édiction de l'arrêté contesté.

15.En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12. et 13. de la présente ordonnance, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

16.En neuvième lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité un titre de séjour en application de ces dispositions, lesquelles ne prévoient pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

17.Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. D est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : la requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Versailles, le 9 juin 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°21VE0009500

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