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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00105

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00105

jeudi 19 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00105
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par une ordonnance du 16 septembre 2020, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête de M. A enregistrée le 20 octobre 2020.

Par un jugement n° 2005956 du 14 décembre 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2021, M. A, représenté par Me Sidibé, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- le tribunal a entaché son jugement d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. C A, ressortissant malien né le 30 janvier 1983 à Bouyagui, a été interpellé à Roissy le 4 septembre 2020. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 14 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de l'arrêté :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté contesté a été signé par Mme E D, adjointe au chef de bureau de l'éloignement à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2020-1618 du 31 juillet 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer, notamment, la décision contestée Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé.

6. M. A reprend en appel les moyens tirés de ce que son droit au respect de sa vie privée et familiale a été méconnu en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que le préfet aurait entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. M. A se prévaut de sept ans de présence sur le territoire français et de sa communauté de vie entretenue depuis deux ans avec une ressortissante allemande, résidant en France. Toutefois, ainsi que le relève le premier juge, d'une part, il ne produit aucun élément de nature à justifier sa présence en France pour la période comprise entre 2013 à juin 2015 et les seuls avis d'imposition qu'il a produit ne mentionnant aucun revenu déclaré ne permettent pas de démontrer sa présence continue sur le territoire national, pour les années 2016 à 2018. D'autre part, les éléments qu'il verse au dossier permettent, tout au plus, de démontrer qu'il est hébergé par sa compagne depuis moins d'une année. En particulier, la seule production de trois attestations de voisins, rédigées en termes vagues, d'une attestation d'hébergement de sa compagne, au surplus toutes postérieures à la décision attaquée, ainsi que des échanges de mails informels entre sa compagne et les autorités allemandes relatifs à la délivrance d'un certificat de capacité matrimoniale, ne permet pas d'établir tant la réalité que l'ancienneté de leur communauté de vie. Enfin, le premier juge a retenu que M. A était sans charge de famille en France et qu'il ne démontrait pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine. Si l'intéressé produit en appel des relevés de compte bancaire pour octobre et novembre 2016, juin 2017, mars 2018 à février 2019, des documents relatifs à l'aide médicale d'état en 2016, 2017 et une ordonnance médicale du 14 mars 2018, ces éléments sont insuffisamment probants et nombreux pour remettre en cause l'appréciation motivée portée par le premier juge. Il y a donc lieu d'écarter ces moyens par ces motifs et par adoption des motifs retenus par le tribunal au point 5. du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. / () Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : / () 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / a) Si l'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () d) Si l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () f) Si l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au deuxième alinéa de l'article L. 611-3, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Si M. A se prévaut de son hébergement au domicile de sa compagne, il ne conteste pas être dans l'impossibilité de justifier être entré régulièrement sur le territoire français et du dépôt d'une demande de délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, à bon droit, considérer qu'il existait, pour le motif prévu au a) du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un risque que le requérant se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Pour les mêmes motifs que ceux du jugement attaqué auxquels se réfère le point 5. de la présente ordonnance, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent ainsi être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

10. M. A reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, comme le relève à juste titre le premier juge, M. A qui est entré irrégulièrement sur le territoire français sans solliciter de titre de séjour, n'établit pas la continuité de son séjour et ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité et d'une ancienneté particulières nonobstant la circonstance qu'il entretiendrait une relation avec une ressortissante allemande avec laquelle il aurait le projet de se marier. Ainsi qu'il a été exposé au point 5. de la présente ordonnance, les pièces nouvelles versées en appel ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation motivée du premier juge. Il y a donc lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le premier juge aux points 9. et 10. du jugement attaqué.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Versailles, le 19 mai 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

3

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