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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00121

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00121

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00121
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET WTAP AVOCATS (F.WEYL - E.TAULET - M.AROUI - E.PIRE)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par deux requêtes distinctes, M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler les décisions des 11 et 18 décembre 2017 et celle datée du 20 octobre 2017, par lesquelles le recteur de l'académie de Versailles a rejeté ses demandes tendant au bénéfice de l'échelonnement d'indice applicable aux professeurs d'éducation physique et sportive " bi-admissibles " à l'agrégation.

Par un jugement nos 1801499 - 1802540 du 26 novembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 janvier 2021 et le 18 août 2023, M. B, représenté par Me Weyl, avocat, demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les décisions des 11 et 18 décembre 2017 et celle improprement datée du 20 octobre 2017, par lesquelles le recteur de l'académie de Versailles a rejeté sa demande tendant au bénéfice de l'échelonnement d'indice applicable aux professeurs d'éducation physique et sportive " bi-admissibles " à l'agrégation ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et à la rectrice de l'académie de Versailles de procéder, dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, à son reclassement dans la grille indiciaire des professeurs bi-admissibles à l'agrégation, en tenant compte de son classement et son ancienneté antérieurs, de procéder à la reconstitution de carrière résultant de ce reclassement à effet du 1er septembre 2016, de lui verser les rappels de traitement en résultant, assortis des intérêts légaux à compter de sa demande et de leur capitalisation ;

4°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte définitive de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour la première instance et de 2 000 euros pour l'instance d'appel.

Il soutient que :

- en fondant le rejet de sa demande sur le décret du 29 novembre 2016, alors qu'aucune des deux parties ne s'en prévalaient en première instance, les premiers juges ont soulevé un moyen d'office sans le soumettre à la discussion des parties, en violation du principe du contradictoire ; ils ont insuffisamment motivé leur réponse et n'ont pas répondu aux moyens dont ils étaient expressément saisis ;

- le décret du 29 novembre 2016 n'était, de toute façon, pas applicable dès lors qu'il a été admissible à l'agrégation pour la seconde fois en juin 2016, antérieurement à l'entrée en vigueur de ce décret, et pouvait bénéficier des droits qui lui étaient acquis, à cette date ;

- le rectorat se borne à lui opposer la suppression de ce " grade " à compter du 1er septembre 2017 sans indiquer sur quel fondement sa demande serait forclose ; le seul fait que cette demande, qui ne résulte que d'une note interne au rectorat, soit postérieure au 1er septembre 2017 ne peut le priver du droit à bénéficier de la grille indiciaire spécifique aux professeurs bi-admissibles ; la prescription quadriennale ne pouvait pas non plus lui être opposée ;

- le recteur n'était pas en situation de compétence liée pour rejeter sa demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2023, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 ;

- le décret n° 48-1108 du 10 juillet 1948 ;

- le décret n°72-581 du 4 juillet 1972 ;

- le décret n° 2010-1007 du 26 août 2010 ;

- le décret n° 2016-1620 du 29 novembre 2016 ;

- le décret n° 2017-789 du 5 mai 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Liogier,

- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, professeur d'éducation physique et sportive, a été déclaré admissible aux épreuves du concours interne de l'agrégation, section éducation physique et sportive, pour les sessions 2015 et 2016. Les 10 et 17 décembre 2017, il a sollicité le rectorat de Versailles afin de connaitre la démarche pour bénéficier d'une bonification d'indice liée à cette bi-admissibilité. Par des courriels des 11 et 18 décembre 2017, les services du rectorat lui ont indiqué qu'ils ne pouvaient pas donner suite à cette demande. Par un courrier du 16 février 2018, M. B a demandé au recteur de l'académie de Versailles son reclassement en tant que bi-admissible à compter du 1er septembre 2016 ainsi que les rappels de rémunérations en résultant. Cette demande a été rejetée par un courrier daté du 20 octobre 2017. M. B fait appel du jugement du 26 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation des décisions des 11 et 18 décembre 2017 et du refus de sa demande du 16 février 2018.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le défendeur :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par courriel du 10 décembre 2017, M. B a interrogé les services du rectorat afin de faire valoir l'indice spécifique réservé aux bi-admissibles. Par un courriel du 11 décembre 2017, ces services lui ont indiqué que la prise en compte de cette bi-admissibilité ne pouvait pas être rétroactive et qu'il n'était " malheureusement plus possible de la faire valoir ". A la suite d'un nouveau courriel de M. B contestant cette analyse, le rectorat lui a fait savoir, par un courriel du 18 décembre 2017, que la prise en compte de la bi-admissibilité nécessite une démarche de l'agent concerné, qu'elle est effective au 1er septembre de l'année suivant la demande de l'agent et conclut en lui précisant qu'il n'est plus possible de le " reclasser à cette date dans un grade qui n'existe plus ". Ainsi, contrairement à ce que soutient le rectorat, il ressort des termes mêmes des courriels des 11 et 18 décembre 2017, que les refus qui lui étaient ainsi opposés de le reclasser dans la grille spécifique aux bi-admissibles constituaient des décisions lui faisant grief que M. B peut contester devant le juge de l'excès de pouvoir. Par suite, les fins de non-recevoir tirées de ce que ces décisions n'étaient pas susceptibles d'être attaquées doivent être écartées.

Sur la légalité des décisions attaquées :

3. D'une part, il résulte des dispositions combinées de l'annexe " éducation nationale " du décret du 10 juillet 1948 portant classement hiérarchique des grades et emplois des personnels de l'État relevant du régime général des retraites, du décret du 4 juillet 1972 relatif aux statuts particuliers des professeurs certifiés, du décret du 26 août 2010 fixant l'échelonnement indiciaire des professeurs de chaires supérieures relevant du ministre de l'éducation nationale, modifié par le décret du 29 novembre 2016 fixant l'échelonnement indiciaire de certains personnels enseignants et de l'éducation relevant du ministre chargé de l'éducation nationale à compter du 1er janvier 2017 et de l'article 13 du décret du 5 mai 2017 fixant l'échelonnement indiciaire de certains personnels enseignants, d'éducation et de psychologues de l'éducation nationale relevant du ministre chargé de l'éducation nationale, que les professeurs certifiés déclarés bi-admissibles à l'agrégation antérieurement au 1er septembre 2017 bénéficiaient d'un échelonnement indiciaire spécifique qui, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires spécifiques sur ce point, leur était attribué à la date à laquelle les résultats au concours d'agrégation sont proclamés.

4. D'autre part, l'article 129 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 prévoit que : " Les enseignants qui, à la date du 31 août 2017, sont rémunérés sur la grille indiciaire des professeurs bi-admissibles à l'agrégation et qui appartiennent aux corps des professeurs certifiés, des professeurs d'éducation physique et sportive et des professeurs de lycée professionnel bénéficient à compter du 1er septembre 2017 d'une bonification indiciaire () ".

5. Il est constant que M. B a été déclaré admissible aux épreuves du concours interne de l'agrégation, section éducation physique et sportive, pour les sessions 2015 et 2016 organisées pour le recrutement des professeurs pour les années scolaires 2015-2016 et 2016-2017. En conséquence, d'une part, il remplissait la seule condition édictée par les textes, celle de la double admissibilité à l'agrégation, pour être reclassé, au 1er septembre 2016, dans la grille indiciaire spécifique aux professeurs bi-admissibles, définie, pour la période en litige, par les décrets des 26 août 2010 et 29 novembre 2016, l'administration ne disposant alors d'aucune marge d'appréciation pour octroyer ce reclassement. Celui-ci avait ainsi un caractère purement recognitif, sans que le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ne puisse faire obstacle à la demande de M. B. La circonstance que ce dernier n'a formulé cette demande auprès du rectorat que le 16 février 2018, postérieurement à la suppression de cette grille par le décret du 5 mai 2017, est sans incidence, cette demande n'étant, au demeurant, exigée par aucun texte. D'autre part, dès lors que M. B était en droit d'être rémunéré sur la grille indiciaire des professeurs bi-admissibles à l'agrégation au 31 août 2017, il peut bénéficier de la bonification indiciaire ouverte par la loi du 29 décembre 2016 à ces professeurs.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions des 11 et 18 décembre 2017 et de la décision rejetant sa demande du 16 février 2018 de bénéficier de la grille indiciaire spécifique aux professeurs bi-admissibles à compter du 1er septembre 2016.

7. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent arrêt implique nécessairement que le recteur de l'académie de Versailles reconstitue la carrière de M. B en lui accordant, en premier lieu, le bénéfice de l'échelonnement indiciaire prévu à l'article 9 du décret n°2010-1007 du 26 août 2010, pour la période allant du 1er septembre au 31 décembre 2016, en deuxième lieu, le bénéfice de l'échelonnement indiciaire prévu à l'article 11 du décret n° 2016-1620 du 29 novembre 2016, pour la période allant du 1er janvier au 31 août 2017 et, en dernier lieu, le bénéfice de la bonification indiciaire prévue par l'article 129 de la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016, pour la période courant à compter du 1er septembre 2017. En conséquence, il y a également lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Versailles de verser à M. B une somme correspondant à la différence entre la rémunération qu'il aurait dû percevoir en application de ces différentes dispositions et celle qu'il a effectivement perçue, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 février 2018, avec capitalisation annuelle de ceux-ci à compter du 15 janvier 2021, date de sa première demande de capitalisation. Il y a lieu d'enjoindre au recteur de procéder à l'ensemble de ces diligences dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B, tant en première instance qu'en appel, et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement nos 1801499-1802540 du 26 novembre 2020 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulé.

Article 2 : Les décisions des 11 et 18 décembre 2017 et la décision de la rectrice de l'académie de Versailles rejetant la demande de M. B du 16 février 2018 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, d'accorder à M. B le bénéfice de l'échelonnement indiciaire prévu à l'article 9 du décret n° 2010-1007 du 26 août 2010, pour la période allant du 1er septembre au 31 décembre 2016, le bénéfice de l'échelonnement indiciaire prévu à l'article 11 du décret n° 2016-1620 du 29 novembre 2016, pour la période allant du 1er janvier au 31 août 2017 et le bénéfice de la bonification indiciaire prévue par l'article 129 de la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016, pour la période courant à compter du 1er septembre 2017.

Article 4 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Versailles de verser à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, une somme correspondant à la différence entre la rémunération qu'il aurait dû percevoir, telle que décrite à l'article 3, et celle qu'il a effectivement perçue, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 février 2018, avec capitalisation annuelle de ceux-ci à compter du 15 janvier 2021.

Article 5 : L'État versera à M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à M. B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Versailles.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

C. LiogierLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

N°21VE00121

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