jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00172 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ADDA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme B A ont demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, d'une part, de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010 et 2011 et, d'autre part, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2010 à 2012, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1802612 du 20 novembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2021, M. et Mme A, représentés par Me Adda et Me Dalmasso, avocats, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mis à leur charge au titre des années 2011 et 2012, ainsi que des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la proposition de rectification du 1er août 2014 est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et de la doctrine BOI-CF-IOR-10-40 au paragraphe 190 ; le chef de rectification portant sur les indemnités kilométriques et les charges locatives ne contient pas les motifs de droit et de fait le fondant et les montants sont indiqués de manière globale, sans détail ; l'administration n'a pas non plus indiqué les raisons pour lesquelles elle a rejeté ces charges des résultats de la SARL Sunlog, alors qu'elle n'a pas joint la proposition de rectification adressée à la société, et celles pour lesquelles ils ont été considérés comme les bénéficiaires des sommes ;
- la réponse aux observations du contribuable du 24 novembre 2014 est insuffisamment motivée au sens des mêmes dispositions, dès lors, d'une part, que leurs observations concernant les écritures libellées " remb ndf Samia + Samir " n'ont reçu de réponse qu'en référence à la réponse aux observations du contribuable envoyée à la société qui n'était ni jointe ni reproduite partiellement et, d'autre part, que la réponse à leurs observations concernant les écritures d'un montant de 101 000 et de 59 000 euros ne tenait pas compte de leurs explications sur la production tardive de la convention de prêt et des remboursements effectués ;
- les rectifications portant sur des revenus distribués sur le fondement de l'article 111 a du code général des impôts sont infondées dès lors qu'ils établissent qu'à hauteur de 320 000 euros, il s'agissait d'un prêt consenti par la société à M. A, en sa qualité de salarié, ainsi qu'elle avait usage d'en consentir à ses salariés, et qu'il a remboursé par compensation de loyers, de dividendes et de notes de frais ; le paragraphe 120 de la doctrine BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20, tout comme les réponses ministérielles Wasmer du 29 décembre 1953 et Motte du 3 septembre 1960, prévoient expressément que la présomption de distribution instituée par le a de l'article 111 précité peut dans ce cas être écartée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2021, le ministre chargé des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A ont fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2010 à 2012, consécutives à la vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) Sunlog, dont M. A était salarié et associé à 10 % et Mme A était gérante et associée à 90 % sur la période d'imposition litigieuse. Ils font appel du jugement du 20 novembre 2020, du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en tant qu'il a rejeté leur demande tendant à la décharge des impositions relatives aux années 2011 et 2012.
Sur la procédure :
En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification du 1er août 2014 :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 1er août 2014 adressée aux requérants précise les dispositions légales retenues comme fondement des impositions en litige, l'impôt concerné, les années d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour rehausser les bases d'imposition de M et Mme A. S'agissant des revenus distribués correspondants aux charges locatives et indemnités kilométriques rejetées lors du contrôle de la SARL Sunlog, l'administration précise que les charges ont été rejetées à la suite de ce contrôle et indique, succinctement, les motifs ayant conduit à leur rejet lors de la vérification de comptabilité de la société, à savoir qu'elles étaient " fictives et non justifiées dans l'intérêt de la société ". Par ailleurs, la proposition de rectification rappelle que M. et Mme A était respectivement salarié et gérant de la société, actionnaires à 100 %, et fait mention que ces sommes, que la société " a versé[es] " à M. et Mme A, sont regardées comme des revenus distribués sur le fondement des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts, l'ensemble de ces éléments étant suffisants à les regarder comme bénéficiaires des sommes en cause. Ces mentions permettaient à M. et Mme A de formuler des observations de façon utile, ce qu'ils ont d'ailleurs fait par courrier du 3 octobre 2014, quand bien même la proposition de rectification ne comprendrait pas la liste détaillée des charges rejetées ou la proposition de rectification adressée à la société ne serait ni jointe ni reproduite. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification doit être écarté.
En ce qui concerne la motivation de la réponse aux observations du contribuable du 24 novembre 2014 :
4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". L'exigence de motivation qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié en application de ces dispositions s'apprécie au regard de l'argumentation de celui-ci.
5. Il résulte de l'instruction que l'administration a répondu aux observations de M. et Mme A, présentées en réponse à la proposition de rectification du 1er août 2014, par un courrier du 24 novembre 2014. S'agissant de la rectification portant sur le prêt allégué de la SARL Sunlog à M. A, l'administration a indiqué pour quelles raisons la convention de prêt présentée par les appelants ne permettait pas d'établir l'existence d'un tel prêt, qui n'était constaté par aucune écriture comptable. Pour la rectification portant sur les remboursements allégués de notes de frais au profit du couple, qui n'ont fait l'objet que d'observations et documents similaires à ceux déjà examinés lors du contrôle de la SARL Sunlog, l'administration a indiqué les motifs l'ayant conduit à écarter les justificatifs présentés par le couple, à savoir que certaines pièces avaient été comptabilisées à d'autres postes de charges de la comptabilité de la société, que ces justificatifs ne permettaient pas de justifier l'existence de notes de frais et étaient inexploitables, répondant ainsi aux observations succinctes des requérants sur cette rectification. La circonstance que l'administration n'a ni reproduit ni joint la réponse aux observations du contribuable adressée à la SARL Sunlog dans la réponse aux observations adressée à M. et Mme A à titre personnel est, à cet égard, sans incidence. En outre, l'administration soutient, sans être contredite, que les requérants, avisés par un avis de passage de l'envoi du pli contenant la réponse à leurs observations, n'ont pas réclamé le pli, qui a été retourné au service avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, l'administration a suffisamment motivé sa réponse aux observations présentées par le couple et les requérants ne sauraient se prévaloir de l'irrégularité de la procédure d'imposition menée à leur encontre à ce titre.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées postérieurement au 1er janvier 1960, à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret () ".
7. Il résulte de l'instruction qu'au cours de l'exercice clos en 2011, la SARL Sunlog a versé à M. et Mme A des sommes pour un montant total de 405 964 euros que le service a qualifiées de revenus distribués à leur profit sur le fondement du a de l'article 111 du code général des impôts.
8. Les requérants soutiennent qu'à hauteur de 320 000 euros, correspondant à deux versements de 101 000 euros et deux versements de 59 000 euros, ces sommes constituent un prêt de la SARL Sunlog à M. A en sa qualité de salarié de l'entreprise. Toutefois, il résulte de l'instruction que la convention de prêt du 1er mars 2011, conclue entre la société et M. A, n'a été produite que postérieurement à la réception de la proposition de rectification du 1er août 2014, plus de trois ans après sa signature alléguée. Cette convention établie sous seing privé n'a, par ailleurs, fait l'objet d'aucun enregistrement et aucune écriture comptable contemporaine ne corrobore son existence. Elle n'a donc aucune date certaine. En outre, il résulte de l'instruction que les quatre écritures comptables litigieuses ont été enregistrées au compte 467033 " dividendes " et que les libellés des écritures comptables, ainsi que les mentions manuscrites figurant sur les relevés bancaires de la société où figurent ces versements font clairement référence à des versements de dividendes. Par ailleurs, aucun intérêt n'a été comptabilisé dans le résultat de la SARL Sunlog, en contradiction avec les stipulations de la convention, et le remboursement du prêt allégué, prévu avant le 31 décembre 2015, n'a eu lieu que partiellement à compter du 31 décembre 2014. Enfin, l'ensemble des pièces qui établiraient le remboursement partiel de ce prêt, à savoir les procès-verbaux d'assemblée générale, les extraits du grand-livre de la SARL Sunlog et l'attestation de l'expert-comptable, ont toutes trait à des événements postérieurs à l'envoi de la réponse aux observations du contribuable du 24 novembre 2014. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la seule circonstance que la convention fasse mention du contrat de travail de M. A dans la société, sans indiquer que le prêt lui est accordé en sa qualité de salarié, ou que d'autres salariés auraient bénéficié de prêts de la part de la SARL Sunlog, ne peut suffire à qualifier les versements litigieux de prêts attribués à M. A en sa qualité de salarié. Dans ces conditions, M. et Mme A n'apportent pas d'éléments de nature à renverser la présomption de distribution édictée par le a de l'article 111 précité. La doctrine invoquée par les requérants, aux paragraphes 1 et 10 et 180 des instructions référencées BOI-RPPM-RCM-10-20-20-20, et les réponses ministérielles Wasmer du 29 décembre 1953 et Motte du 3 septembre 1960 ne contiennent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle qui vient d'être énoncée.
9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté leur demande. Par voie de conséquence, les conclusions qu'ils ont présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente,
M. Lerooy, premier conseiller,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023
La rapporteure,
C. CLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
A.Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
N°21VE00172
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026