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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00174

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00174

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00174
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET CHAINTRIER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Costado Properties a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, d'une part, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2007 à 2013 ainsi que des pénalités correspondantes, d'autre part, de prononcer la restitution des impositions acquittées, assortie des intérêts moratoires.

Par un jugement n° 1701644 du 30 novembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 janvier 2021 et 14 septembre 2021, la société Costado Properties, représentée par Me Bélouis, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2007 à 2013, ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) d'ordonner la restitution des impositions supplémentaires versées, ainsi que des intérêts de retard et majorations, assortie des intérêts moratoires ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Costado Properties soutient que :

- elle ne dispose pas d'un établissement stable en France ;

- la convention

franco-panaméenne n'était pas applicable aux années antérieures à 2012 ;

- en l'absence d'activité occulte, c'est à tort que l'administration a recouru à la procédure de taxation d'office et étendu le délai de reprise, en la regardant comme une extension de la société Magic Hour ;

- l'avis de vérification, qui préjuge de l'existence d'un établissement stable en France, alors même qu'aucun élément ne permettait d'en établir l'existence, est entaché d'irrégularité ; en outre, cet avis n'a pas été valablement notifié au lieu d'exercice de son activité en France ; elle est fondée à se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-IS-DECLA-30-40-20-20 n° 150 et 260, BOI-CF-PGR-20-10 n°30 ainsi que de l'instruction 4 Q-2-96 du 19 novembre 1996 ;

- la proposition de rectification du 15 septembre 2015 et l'avis de mise en recouvrement du 29 avril 2016 auraient dû, dans la mesure où l'administration pouvait considérer qu'elle disposait d'un établissement en France en raison du lieu de résidence de ses dirigeants, être notifiés à l'adresse de l'un ou l'autre d'entre eux ;

- l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, la proposition de rectification du 15 septembre 2015 comportant plusieurs incohérences ;

- la notification des dernières conséquences financières n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 48 et L. 76 du livre des procédures fiscales ;

- l'avis de mise en recouvrement n'est pas suffisamment motivé s'agissant de la majoration de 80 % pour activité occulte ; aucun texte légal n'est visé ;

- l'administration n'a pas donné suite à sa demande de recours hiérarchique et d'interlocution ;

- l'administration a méconnu la procédure prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, alors qu'elle a retenu l'existence d'un abus de droit ;

- la majoration, prévue au c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, est injustifiée, en l'absence d'activité occulte.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2021, le ministre chargé des comptes publics conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Costado Properties ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention signée le 30 juin 2011 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Panama en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôts sur le revenu ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lerooy ;

- et les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Costado Properties, qui exerce une activité d'achat et de revente de matériels audiovisuels, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er octobre 2007 au 31 décembre 2014. L'administration a estimé que cette société exploitait de façon occulte en France une entreprise imposable à l'impôt sur les sociétés au travers de son établissement autonome situé dans les locaux de la société Magic Hour. Elle lui a notifié en conséquence, selon la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2007 à 2013, ainsi que la majoration de 80 % prévue par l'article 1728 du code général des impôts en cas de découverte d'une activité occulte. La société Costado Properties relève appel du jugement du 30 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à la décharge de ces impositions.

Sur le principe de l'imposition en France :

2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

S'agissant de la loi fiscale :

3. Aux termes du I de l'article 209 du code général des impôts : " () les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions ". Il résulte de ces dispositions que ne sont passibles de l'impôt sur les sociétés que les seuls bénéfices réalisés dans des entreprises exploitées en France ou dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions.

4. Pour imposer à l'impôt sur les sociétés les bénéfices réalisés en France par la société Costado Properties, l'administration a estimé, à partir des informations recueillies au cours de la vérification de comptabilité de la société Magic Hour, lors de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. A et de M. B, associés et dirigeants de cette société, ainsi que par un droit de communication exercé auprès de l'autorité judiciaire, qu'elle disposait en France d'un établissement stable, au travers d'une installation fixe et de son centre de décision, à la même adresse que la société Magic Hour à Meudon-la-Forêt.

5. Il résulte de l'instruction, notamment des éléments non contestés relevés dans la proposition de rectification du 15 septembre 2015, que la société de droit panaméen Costado Properties, dont le capital social est intégralement détenu par M. A et M. B, a été créée le 25 septembre 2007 et enregistrée au registre public des entreprises du Panama. Le service vérificateur a également relevé, lors des interventions sur place, d'une part, que la société requérante avait régulièrement reçu des factures de la société Compadvise, lesquelles indiquaient qu'elle n'avait qu'une adresse de domiciliation commerciale au Panama, et, d'autre part, que certaines factures de fournisseurs, libellées au nom de M. A, faisaient apparaître les coordonnées françaises de la société au 9, route du colonel C à Meudon-la-Forêt, qui correspondent à ceux de la société Magic Hour. En outre, M. A et M. B ont précisé au vérificateur que la société Costado Properties n'employait pas de personnel et ne disposait pas de moyens matériels au Panama. Par ailleurs, la société requérante a ouvert un compte bancaire auprès de la banque lettonne Rietmu dont l'examen a permis de constater que ces derniers, domiciliés en France, disposaient chacun d'une carte bancaire personnelle alimentée par des prélèvements sur ce compte bancaire, qu'aucune autre personne ne disposait d'une carte bancaire, qu'aucune transaction financière en provenance ou en direction du Panama n'a eu lieu et que les sommes créditées sur ce compte au titre des encaissements clients ne provenaient que de la seule société Magic Hour. De surcroît, lors de l'entretien du 17 avril 2015 avec M. A, dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Magic Hour, ce dernier a précisé que la société Costado Properties avait été créée par les associés de la société Magic Hour en vue de développer l'activité de cette dernière en Amérique du Sud et que les commandes étaient passées directement depuis la France par lui-même ou M. B. Ces informations ont été relatées dans un courrier de l'administration du 23 avril 2015. Si la société requérante soutient ne pas l'avoir reçu, malgré sa demande de communication, elle produit elle-même ce courrier à l'appui de sa requête en appel. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration établit que la société Costado Properties disposait d'un établissement autonome en France au titre des années en litige et devait être regardée comme une entreprise exploitée en France, au sens et pour l'application des dispositions précitées du I de l'article 209 du code général des impôts, seules applicables en l'absence de convention tendant à éviter les doubles impositions conclue entre la France et le Panama jusqu'en 2012.

S'agissant de la convention franco-panaméenne du 1er février 2012 :

6. Aux termes de l'article 5 de la convention fiscale franco-panaméenne du 30 juin 2011, applicable aux exercices clos à compter du 1er janvier 2013 : " () l'expression "établissement stable" désigne une installation fixe d'affaire par l'intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité () ".

7. L'entreprise décrite au point 5 doit être regardée comme ayant disposé, au titre de l'exercice clos en 2013, d'une installation fixe d'affaire en France. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration a estimé qu'il s'agissait d'un établissement stable au sens et pour l'application de l'article 5 de la convention entre la France et le Panama. Par suite, la convention fiscale franco-panaméenne ne faisait pas obstacle à l'application de la loi fiscale au titre de l'année 2013. Si la société requérante fait valoir que le tribunal a mentionné à tort que la convention franco-panaméenne était applicable aux années " antérieures " à 2012, cette erreur de plume est sans incidence, le tribunal ayant au demeurant rappelé au point 6 de sa décision que l'entrée en vigueur de la convention était postérieure à certains des années en litige, seul le droit interne étant alors applicable.

Sur l'existence d'une activité occulte et ses implications :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / () Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite () ". Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un État autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte tant du niveau d'imposition dans cet autre État que des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux États.

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes () ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° () de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 () ".

10. Il résulte des motifs exposés au point 5 que la société Costado Properties a exercé, au cours des années en litige, une activité en France par l'intermédiaire d'un établissement autonome dont elle n'a pas déclaré l'existence à un centre des formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. Elle n'a pas non plus déposé dans le délai légal les déclarations qu'elle était tenue de souscrire. L'administration a donc mis en œuvre son droit spécial de reprise prévu par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. Si la société requérante soutient que l'administration avait connaissance de son activité depuis décembre 2014, il résulte de l'instruction que l'administration disposait seulement d'indices concordants préalablement à l'envoi de l'avis de vérification de comptabilité le 19 mai 2015. La société Costado Properties ne peut par ailleurs utilement soutenir qu'elle ne pouvait exercer d'activité occulte au motif que le service vérificateur l'aurait regardée comme une " extension " de la société Magic Hour, laquelle était connue de l'administration dès lors qu'elle a régulièrement déclaré le chiffre d'affaires qu'elle a réalisé en Amérique latine grâce à la société Costado Properties, s'agissant de deux sociétés différentes qui réalisent des chiffres d'affaires distincts. Enfin, la circonstance que la vérification de comptabilité de la société Magic Hour n'a donné lieu à aucun rehaussement, dans la proposition de rectification qui lui a été adressée le 27 juillet 2015, est également sans incidence sur l'exercice par la société Costado Properties d'une activité occulte en France.

11. La société requérante soutient par ailleurs qu'elle est soumise au droit panaméen et qu'en l'absence d'activité directe au Panama, elle est légalement exonérée d'impôt sur les sociétés. Malgré l'absence d'obligations comptables, elle fait valoir qu'elle a remis à l'administration l'intégralité des documents comptables au sens du droit panaméen, tels que les factures de vente et d'achat, les frais divers ainsi que des relevés bancaires. Ce faisant, elle doit être regardée comme soutenant avoir commis une erreur justifiant qu'elle n'ait respecté aucune de ses obligations déclaratives en France. Toutefois, il n'est pas contesté que le niveau d'imposition était nettement inférieur au Panama et que, sur la période vérifiée jusqu'en 2012, ce pays n'avait pas conclu avec la France une convention d'assistance administrative permettant l'échange de renseignements et était considéré comme un État non coopératif. Par suite, la société Costado Properties n'établit pas avoir commis une erreur de nature à justifier qu'elle ne se soit pas acquittée de ses obligations déclaratives en France.

12. Dans ces conditions, l'administration pouvait légalement taxer d'office la société Costado Properties sur le fondement des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales et étendre le délai de reprise à dix ans.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner, expressément, sous peine de nullité, que le contribuable peut se faire assister par un conseil de son choix () ". Ces dispositions ont notamment pour objet d'assurer au contribuable la possibilité d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur.

14. Il résulte de l'instruction que l'avis de vérification de comptabilité a été adressé le 19 mai 2015 au représentant légal de la société Costado Properties pour son établissement stable " chez la société Magic Hour - 9 route du colonel C à Meudon la Fôret ". La société requérante soutient que cet avis ne lui a pas été régulièrement notifié dès lors qu'il préjuge de l'existence d'un établissement stable en France, alors même qu'aucun élément ne permettait d'en établir l'existence. L'administration avait toutefois recueilli, ainsi qu'il a été dit au point 4, préalablement à l'envoi de l'avis de vérification, des informations sur l'existence d'un établissement autonome en France de la société Costado Properties au cours de la vérification de comptabilité de la société Magic Hour, lors de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. A et de M. B ainsi qu'après l'exercice de son droit de communication. Ainsi, dès lors que l'administration avait connaissance de l'existence de cet établissement, elle pouvait engager une vérification de comptabilité à l'égard de la société Costado Properties et de son éventuel établissement français non déclaré, sans qu'elle soit tenue de faire usage de la possibilité offerte par l'article 223 quinquies A du code général des impôts de l'inviter à désigner un représentant en France. Cette circonstance n'a pas privé les représentants de cette société de la possibilité de démontrer l'inexistence d'un tel établissement dans le cadre du débat oral et contradictoire organisé sur ce point par le service. En outre, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'avis de vérification devait lui être notifié à son adresse au Panama, lieu de son siège social, dès lors que le pli contenant cet avis, adressé au représentant légal de la société Costado Properties chez la société Magic Hour, a été effectivement retiré et que les deux sociétés ont les mêmes dirigeants et co-associés, M. A et M. B. Enfin, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-IS-DECLA-30-40-20-20 n° 150 et 260, BOI-CF-PGR-20-10 n°30 ainsi que de l'instruction 4 Q-2-96 du 19 novembre 1996, qui sont relatives à la procédure d'imposition. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de l'avis de vérification de comptabilité doit être écarté.

15. En deuxième lieu, la société requérante soutient que la proposition de rectification du 15 septembre 2015 et l'avis de mise en recouvrement du 29 avril 2016 auraient dû, dans la mesure où l'administration pouvait considérer qu'elle disposait d'un établissement en France en raison du lieu de résidence de ses dirigeants, être notifiés à l'adresse de l'un ou l'autre d'entre eux. Cependant, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, l'administration a régulièrement notifié ces deux actes de procédure au représentant légal de la société Costado Properties dans les locaux de la société Magic Hour. En tout état de cause, la société requérante a effectivement reçu la proposition de rectification, qu'elle a contesté en temps utile par courrier du 15 octobre 2015, ainsi que l'avis de mise en recouvrement, ayant formé dès le 21 juillet 2016 une réclamation préalable contre les impositions supplémentaires mises à sa charge. Ainsi, la procédure n'est pas entachée d'irrégularité pour ce motif.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou les éléments servant au calcul des impositions d'office sont portés à la connaissance du contribuable, trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions, au moyen d'une notification qui précise les modalités de leur détermination. Cette notification est interruptive de prescription () ".

17. La société Costado Properties ne peut utilement soutenir, d'une part, que la proposition de rectification du 15 septembre 2015 serait insuffisamment motivée au regard des prescriptions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales dont les dispositions, relatives aux propositions de rectification adressées dans le cadre d'une procédure de rectification contradictoire, ne lui étaient pas applicables. Il résulte de l'instruction, d'autre part, que cette proposition de rectification porte à la connaissance de la société requérante les bases et éléments servant au calcul des impositions litigieuses établies d'office ainsi que leurs modalités de détermination. La circonstance, à la supposer établie, que ce document comporterait des incohérences demeure toutefois sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition au regard des prescriptions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales : " A l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu ou d'une vérification de comptabilité, lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications. Lorsqu'à un stade ultérieur de la procédure de rectification contradictoire l'administration modifie les rehaussements, pour tenir compte des observations et avis recueillis au cours de cette procédure, cette modification est portée par écrit à la connaissance du contribuable avant la mise en recouvrement, qui peut alors intervenir sans délai () ".

19. Ces dispositions imposent à l'administration fiscale de renouveler avant toute mise en recouvrement, l'information du contribuable sur les conséquences financières des rectifications apportées aux bases d'imposition dans le cas où elle modifierait le montant des rehaussements notifiés au cours de la procédure de rectification contradictoire. Ainsi, la société Costado Properties ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'indication des conséquences financières à l'encontre des impositions en litige, lesquelles ont été établies d'office.

20. En cinquième lieu, aux termes aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. () ". L'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales prévoit ainsi la motivation des avis de mise en recouvrement par référence aux documents qui ont été précédemment envoyés au contribuable faisant l'objet d'une procédure de rectification et qui détaillent la nature, les motifs, les montants et les modalités de calcul des droits supplémentaires et pénalités mis en recouvrement. Ces dispositions n'imposent pas à l'administration de viser les dispositions applicables sur lesquelles sont fondés ces droits supplémentaires et pénalités.

21. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 29 avril 2016 indique un montant de majorations de 365 542 euros et se réfère à la proposition de rectification du 15 septembre 2015 précédemment envoyée à la société Costado Properties, laquelle détaille la nature, les motifs, le montant et les modalités de calcul de ces majorations. Par suite, cet avis comporte l'ensemble des mentions exigées par les dispositions de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales sans que la société requérante puisse utilement soutenir que cet avis serait irrégulier au seul motif qu'il n'indique pas les textes du code général des impôts dont il est fait application.

22. En sixième lieu, le paragraphe 6 du chapitre Ier de la charte du contribuable vérifié, dont les dispositions sont opposables à l'administration en vertu de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, prévoit que : " En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur. Leur rôle vous est précisé plus loin (). Vous pouvez les contacter pendant la vérification. ".

23. La possibilité de s'adresser au supérieur hiérarchique du vérificateur puis, le cas échéant, à un second interlocuteur en cas de difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle constitue une garantie substantielle offerte à tous les contribuables, quelle que soit la procédure d'imposition qui sera ultérieurement mise en œuvre à leur encontre. Pour les contribuables relevant de la procédure d'imposition contradictoire, cette garantie peut être mise en œuvre jusqu'à l'envoi de la proposition de rectification. Pour les contribuables relevant d'une procédure d'imposition d'office, cette garantie peut être mise en œuvre jusqu'à l'envoi des bases d'imposition d'office, ou, lorsqu'il n'a pas été procédé à cet envoi en application du dernier alinéa de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, jusqu'à la date de mise en recouvrement.

24. Si la société requérante soutient que l'administration n'a pas répondu à ses demandes, tendant au bénéfice d'un recours hiérarchique puis de l'interlocution départementale, présentées lors d'un entretien téléphonique le 23 décembre 2014 puis par lettre du 16 avril 2015, il résulte de l'instruction que ces demandes se rapportent en réalité à la vérification de comptabilité de la société Magic Hour et à l'examen contradictoire de la situation personnelles de M. A et M. B. La société Costado Properties n'a fait l'objet quant à elle d'un avis de vérification de comptabilité que le 19 mai 2015 et cet avis a été suivi d'une première intervention du vérificateur le 15 juin suivant. L'administration ayant maintenu les rectifications au stade de la réponse aux observations du contribuable sur la proposition de rectification du 15 septembre 2015, la société requérante a ensuite exercé un recours hiérarchique le 28 octobre 2015 et bénéficié d'un entretien avec l'interlocuteur départemental le 19 novembre 2015. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces garanties manque en fait et ne peut qu'être écarté.

25. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. / Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. / Les avis rendus font l'objet d'un rapport annuel qui est rendu public. ".

26. En estimant que la société Costado Properties exerçait une activité d'achat et de revente de matériels audiovisuels à partir d'un établissement autonome situé en France, l'administration s'est bornée à apprécier une situation de fait dont elle a tiré les conséquences en matière d'impôt sur les sociétés. Elle ne s'est pas fondée sur la circonstance que cette dernière avait procédé à des manœuvres constituant des stratagèmes pour égarer l'administration dans l'exercice de son droit de contrôle et éviter toute imposition en France, cette argumentation ayant été développée par le service vérificateur seulement pour justifier l'application de la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses. Il en résulte que, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'administration n'avait pas à recourir à la procédure de répression des abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales.

Sur la majoration de 80 % pour activité occulte :

27. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa version alors applicable : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.

28. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la société Costado Properties, qui a exercé au cours des années en litige une activité en France par l'intermédiaire d'un établissement autonome, n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations prévues par la loi et n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce. En outre, elle ne justifie pas avoir commis une erreur, ainsi qu'il a été dit au point 11, expliquant qu'elle ne se soit acquittée d'aucune de ses obligations déclaratives. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a assorti les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés de la majoration de 80 % prévue par le c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.

29. Il résulte de ce qui précède que la société Costado Properties n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin de restitution des impositions supplémentaires versées et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Costado Properties est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Costado Properties et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente assesseure

M. Lerooy, premier conseiller,.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

D. LerooyLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-FoulonLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

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