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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00194

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00194

mardi 5 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00194
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté en date du 26 décembre 2018 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Par un jugement n° 1906787 du 10 janvier 2020, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2021, M. A, représenté par Me Le Gall, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Versailles ;

2°) à titre principal : d'annuler la décision du 26 décembre 2018 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire : d'annuler la décision du 26 décembre 2018 par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire et d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Gall de la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant l'obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles en date du 27 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 1er janvier 1963, entré en France selon ses déclarations le 3 décembre 1990, a sollicité le 2 février 2018 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté en date du 26 décembre 2018, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 10 janvier 2020 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2018 du préfet de l'Essonne :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. / Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article ".

4. M. A soutient que compte tenu de la longue durée de sa résidence en France, de son intégration professionnelle et de l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de le régulariser. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si le préfet de l'Essonne ne conteste pas la durée du séjour en France du requérant, il a toutefois relevé dans sa décision du 26 décembre 2018, sans être contesté, que l'intéressé avait fait l'objet les 16 juillet 2002, 9 octobre 2009 et 26 octobre 2012 de mesures d'éloignement auxquelles il s'est abstenu de déférer alors que leur légalité a été confirmée par le juge administratif. En outre, M. A ne justifie pas d'une particulière intégration professionnelle en France en produisant, outre des bulletins de paie antérieurs à 2011, quelques bulletins de paie pour l'année 2015 et 2018 ainsi qu'un contrat à durée déterminée d'un mois signé en juillet 2019. Si enfin M. A se prévaut des liens personnels et familiaux dont il dispose en France il n'apporte sur ce point aucune précision ni justification, alors qu'il est constant que le requérant n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où résident, selon les termes non contestés de la décision en litige, son épouse et ses deux enfants. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que son admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires ou n'était pas justifiée par des motifs exceptionnels.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, nonobstant la durée du séjour dont il se prévaut, M. A ne justifie pas avoir en France des liens personnels ou familiaux d'une particulière intensité alors qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'en réfusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet de l'Essonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts de cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard notamment des circonstances de fait rappelées au point 4, que le préfet de l'Essonne aurait, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une appréciation manifestement erronée sur les conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale de M. A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A n'établit pas que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposée est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés précédemment, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A, doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brotons, président,

Mme Le Gars, présidente assesseure,

M. Coudert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

B. B

Le président,

S. BROTONS

La greffière,

S. de SOUSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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