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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00292

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00292

mardi 7 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00292
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantPIERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 25 août 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2005481 du 4 janvier 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 1er février 2021, M. B, représenté par Me Pierrot, avocate, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne territorialement compétent de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- la première juge a commis des erreurs de droit ;

- elle a fait une appréciation inexacte de sa situation ;

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est illégal dès lors qu'il se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il méconnaît le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A B, ressortissant algérien né le 28 février 1986 à Khemchela, qui a déclaré être entré en France en 2017, a fait l'objet d'une interpellation à la suite de laquelle, par arrêté du 25 août 2020, le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 4 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. M. B soutient que la première juge aurait commis des erreurs de droit et fait une appréciation inexacte de sa situation. Toutefois, ces moyens se rattachent au bien-fondé du jugement. Ils sont donc sans incidence sur sa régularité et doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

4. L'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent. En particulier, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français atteste de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par la loi. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B, il est suffisamment motivé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant ne fait état d'aucun élément nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par la première juge au point 2 du jugement attaqué.

6. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de M. B d'être entendu, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant ne fait état d'aucun élément nouveau susceptible de remettre en cause l'appréciation portée par la première juge, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le tribunal et exposés au point 4 du jugement attaqué.

7. En troisième lieu, M. B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, où il aurait résidé habituellement depuis trois ans à la date de la décision contestée, de son intégration au sein de la société française dont témoignerait sa maîtrise de la langue nationale, et de son activité professionnelle. Il allègue en effet être employé comme employé polyvalent depuis 2018, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, par une société DVC Domino's, d'abord à temps partiel puis à temps complet, et avoir bénéficié d'une promotion interne en 2019. M. B argue également des relations personnelles nombreuses qu'il aurait nouées. Ce faisant, M. B ne justifie pas, toutefois, d'une intégration socioprofessionnelle d'une particulière qualité, cette intégration étant d'ailleurs encore récente à la date de la décision contestée. Il ne justifie pas des liens personnels dont il fait état ni au demeurant d'une vie familiale qui lui serait propre sur le territoire national, tandis qu'il n'allègue pas être dépourvu d'attaches en Algérie où il aurait vécu, selon ses propres dires, jusqu'à l'âge de trente-et-un ans. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire devrait être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant ne fait état d'aucun élément nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par la première juge au point 11 du jugement attaqué.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux du jugement attaqué adoptés au point 9 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet en refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire doit être écarté.

11. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

12. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. B n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant ne fait état d'aucun élément nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par la première juge au point 2 du jugement attaqué.

14. En troisième lieu, M. B fait état de sa résidence habituelle en France depuis 2017, de la qualité de son intégration socioprofessionnelle dans ce pays et des liens personnels qu'il y aurait noués. Toutefois, ces éléments ne sont pas des circonstances humanitaires qui auraient pu faire obstacle à ce que le préfet assortît la décision d'éloignement sans délai prise à l'encontre de M. B de l'interdiction de retour contestée. Le moyen tiré de la méconnaissance du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit ainsi être écarté et, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet quant aux conséquences de la décision entreprise sur la situation personnelle de l'intéressé.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Versailles, le 7 juin 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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