jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00371 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CHEMIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 2007300 du 25 janvier 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 11 février 2021, M. B, représenté par Me Chemin, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2007300 du tribunal administratif de Versailles du 25 janvier 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " en application des dispositions des articles L. 313-14, L. 313-7 et L. 313-10 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente de cet examen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet a commis une erreur de droit en refusant de renouveler son titre de séjour au motif qu'il n'aurait pas respecté les dispositions de l'article R. 5221-34 du code du travail dès lors qu'il a été contraint de retrouver un emploi salarié auprès d'une autre société ;
- qu'ayant été involontairement privé d'emploi, le préfet a également commis une erreur de droit en ne faisant pas application des dispositions des articles R. 5221-33 et R. 5221-36 du code du travail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations de Me Chemin, avocat, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bangladais né le 28 juin 1985, déclarant être entré en France le 6 juin 2013, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié " valable de mai 2019 à mai 2020, dont il a sollicité le renouvellement le 8 juin 2020 sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, en faisant état d'un changement d'employeur. Par un arrêté du 20 octobre 2020, le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance de ce titre, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jour et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Il fait appel du jugement du 25 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, dans sa rédaction alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du code du travail alors applicable : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () / 8° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", délivrée en application du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou le visa de long séjour valant titre de séjour mentionné au 7° de l'article R. 311-3 du même code, accompagné du contrat de travail visé. / Elle autorise à exercer une activité professionnelle salariée dans le respect des termes de l'autorisation de travail accordée. / () ". L'article R. 5221-11 du même code précise que : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur () ". L'article R. 5221-20 de ce même code dispose : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : () 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule () ; / 3° le respect par l'employeur, l'utilisateur mentionné à l'article L. 1251-1 ou l'entreprise d'accueil de la législation relative au travail et à la protection sociale ; / 4° Le cas échéant, le respect par l'employeur, l'utilisateur, l'entreprise d'accueil ou le salarié des conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée ; / 5° Les conditions d'emploi et de rémunération offertes à l'étranger () / 6° Le salaire proposé à l'étranger () ". Aux termes de l'article R. 5221-32 de ce même code : " Le renouvellement d'une autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est sollicité dans le courant des deux mois précédant son expiration. () ". Aux termes de l'article R. 5221-33 du même code : " Par dérogation à l'article R. 5221-32, la validité de l'autorisation de travail mentionnée au 2° du I de l'article R. 5221-3 est prorogée d'un an lorsque l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi à la date de la première demande de renouvellement ". L'article R. 5221-34 de ce même code précise que : " Le renouvellement d'une des autorisations de travail mentionnées aux articles R. 5221-32 et R. 5221-33 peut être refusé en cas de non-respect des termes de l'autorisation par l'étranger ou en cas de non-respect par l'employeur : () / 2° Des conditions d'emploi, de rémunération ou de logement fixées par cette autorisation ". Enfin l'article R. 5221-36 de ce code prévoit que : " Le premier renouvellement peut également être refusé lorsque le contrat de travail a été rompu dans les douze mois suivant l'embauche sauf en cas de privation involontaire d'emploi. ".
3. Pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté les termes de l'autorisation de travail qui lui avait été précédemment délivrée.
4. Il est constant que M. B a obtenu une autorisation de travail le 21 novembre 2018, au titre d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société Select Food Express en qualité d'employé polyvalent pour une rémunération mensuelle brute de 1 498,50 euros pour une durée de 151,67 heures, et s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", valable de mai 2019 à mai 2020. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B n'a travaillé que 80 heures par mois de septembre à décembre 2019, 0 heure en janvier et mars 2020, 5,20 heures en avril 2020 et 104 heures mensuelles en février 2020 et de mai à juillet 2020. Par ailleurs, M. B a conclu, dès le 11 septembre 2019, un contrat à durée indéterminée avec la société Tripletta, et a accompagné sa demande de renouvellement de son titre de séjour d'un formulaire de demande d'autorisation de travail de cette société. Il est toutefois constant que ce contrat n'avait pas été soumis préalablement pour validation à l'administration compétente, laquelle est chargée de s'assurer notamment que l'employeur satisfait à l'ensemble des conditions réglementaires énumérées par l'article
R. 5221-20 du code du travail. Ainsi, et alors même que M. B aurait été contraint de trouver un emploi salarié auprès d'une autre société faute pour la société Select Food Express de le faire travailler suffisamment, les termes de l'autorisation de travail qui lui avait délivrée initialement et dont il sollicitait le renouvellement n'ont pas été respectés, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 5221-34 du code du travail. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur de droit, lui refuser, pour ce motif, le renouvellement de sa carte de séjour temporaire en qualité de salarié.
5. M. B se prévaut des dispositions précitées des articles R. 5221-33 et
R. 5221-36 du code du travail en faisant valoir qu'il a été involontairement privé d'emploi, dans la mesure où la société Select Food ne l'a pas embauché à temps plein comme prévu mais pour 80 heures mensuelles en moyenne. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé ne se trouvait pas involontairement privé d'emploi à la date de sa première demande de renouvellement, le 8 juin 2020, permettant la prorogation d'un an de la validité de son autorisation de travail, dès lors que le contrat à durée indéterminée conclu avec société Select Food Express n'a pris fin, à l'initiative de l'employeur, que le 31 août 2020, pour " fin de chantier ". En toute hypothèse, la seule circonstance que la société Select Food ne l'aurait pas suffisamment fait travailler ne saurait le faire regarder comme ayant été involontairement privé de son emploi. En outre, la rupture du contrat de travail n'étant pas au nombre des motifs opposés par le préfet pour justifier le non renouvellement du titre de séjour, M. B ne saurait utilement se prévaloir d'une privation involontaire d'emploi, laquelle est sans incidence. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur de droit en ne faisant pas application de ces dispositions.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Sa requête doit, par suite, être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielan, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
I. C La présidente,
L. Besson-LedeyLa greffière,
C. Fourteau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026