jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00698 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEHMANN & ALAIMO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par une ordonnance n° 2100971 du 23 février 2021, la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande, sur le fondement du 4° de l'article R.222-1 du code de justice administrative, au motif que sa requête était tardive.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 12 mars 2021 et régularisée le 28 juin 2021, M. B, représenté par Me Lehmann, avocat, demande à la cour :
1°) à titre principal, d'annuler cette ordonnance et de renvoyer le jugement de l'affaire au fond devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette ordonnance et d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, sur le fondement de l'article L. 313-14 du même code ou, à défaut, sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du même code ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué lui a été notifié le 12 novembre 2020, il a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 3 décembre 2020 dans le délai de recours de trente jours, sa requête du 20 janvier 2021 n'était donc pas tardive ;
- subsidiairement, l'arrêté a été signé par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- il est insuffisamment motivé et le préfet ne justifie pas de son absence de réponse à sa demande de titre pendant un an et demi, en méconnaissance du principe de sécurité juridique ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'avis de la DIRECCTE du 25 août 2020, sur lequel le préfet fonde sa décision, ne lui a jamais été transmis ;
- le préfet ne peut fonder sa décision sur cet avis de la DIRECCTE et un courrier de son employeur, qui sont postérieurs de sa demande de titre de séjour de plusieurs mois ;
- sa demande de renouvellement de titre de séjour doit être appréciée au moment du dépôt de la demande ;
- il a continué à travailler après mars 2020, pour un autre employeur, comme l'y autorisait l'autorisation de travail qu'il détenait alors ; le préfet ne saurait invoquer l'absence de nouvelle demande d'autorisation de travail dûment remplie par son nouvel employeur ; la décision soumise à recours devra être annulée et il devra être mis en possession d'un titre de séjour salarié sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il justifie de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de son insertion professionnelle, de sa durée de présence, de son diplôme obtenu en France et de ses liens familiaux ;
- il est en droit d'obtenir un titre sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 24 février 1988, a fait l'objet d'un arrêté du 10 novembre 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Il fait appel de l'ordonnance du 23 février 2021 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré () ". L'article L. 512-1 du même code, dans sa version alors applicable, prévoit que : " I. - L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 3° () du I de l'article L. 511-1 () et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II de l'article L. 511-1 () peut, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision mentionnant le pays de destination () qui l'accompagnent le cas échéant. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes de l'article L. 776-1 du code de justice administrative, alors applicable : " Les modalités selon lesquelles le tribunal administratif examine les recours en annulation formés contre les obligations de quitter le territoire français, les décisions relatives au séjour qu'elles accompagnent, () obéissent, sous réserve des articles L. 514-1 et L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux règles définies aux articles L. 512-1, L. 512-3 et L. 512-4 du même code ". L'article R. 776-1 de ce code, dans sa version alors applicable, précise que : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues au I de l'article L. 511-1 () du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; / 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues au II de l'article L. 511-1 du même code ; () 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 513-3 du même code () ". Enfin, l'article R. 776-2 du même code, alors applicable, dispose : " I. - Conformément aux dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 3° () du I de l'article L. 511-1 (), fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, alors applicable : " Lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / a) De la notification de la décision d'admission provisoire ; / b) De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / c) De la date à laquelle le demandeur à l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 56 et de l'article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux du 10 novembre 2020, qui contient les voies et délais de recours, a été notifié à M. B le 12 novembre 2020. L'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle le 3 décembre 2020, soit dans le délai de recours de trente jours prévu par les dispositions combinées précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile et du code de justice administrative. Cette demande était toujours en cours d'instruction le 10 février 2021, ainsi qu'il ressort des mentions figurant sur l'attestation de dépôt de sa demande qu'il produit en appel. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a considéré que sa requête, introduite le 20 janvier 2021, était tardive. Par suite, l'ordonnance attaquée doit être annulée.
5. Il y a lieu de statuer, immédiatement, par la voie de l'évocation, sur les conclusions présentées par M. B devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Sur le bien-fondé de la demande :
6. En premier lieu, par un arrêté n° 19-078 du 2 septembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D pour signer, notamment, " toute obligation de quitter le territoire français " et " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour ", en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, il résulte des visas de l'arrêté attaqué que le préfet a indiqué les dispositions légales et conventionnelles qui constituaient le fondement légal de son arrêté, ainsi que les principaux faits motivant sa décision. La seule circonstance que le préfet n'aurait refusé sa demande qu'à l'issue d'une phase d'instruction de dix-sept mois est sans incidence sur la légalité de l'arrêté dès lors que, d'une part, les règles encadrant la délivrance de ce titre n'ont pas varié dans l'intervalle et que, d'autre part, M. B pouvait contester, dès novembre 2019, le rejet implicite de sa demande de titre, né du silence du préfet, en vertu des articles R. 311-12 et
R. 311-12-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de l'atteinte au principe de sécurité juridique et d'un délai de traitement déraisonnable doivent être écartés.
8. En troisième lieu, aucune disposition législative ni réglementaire n'oblige le préfet à communiquer spontanément l'avis de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi du 25 août 2020, dont le contenu est d'ailleurs repris dans la décision attaquée et dont M. B ne justifie ni même n'allègue avoir demandé communication. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une telle communication ne peut qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, M. B fait valoir que la décision du préfet est notamment fondée sur l'avis de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) du 25 août 2020 et de la réponse de son employeur de septembre 2020, tous deux très largement postérieurs à sa demande de renouvellement de titre de juin 2019. Toutefois, l'appréciation du préfet a nécessairement lieu postérieurement au dépôt de la demande de titre de séjour et la seule circonstance que le préfet se soit fondé sur ces éléments est sans incidence sur la légalité de l'arrêté dès lors que M. B ne justifie ni même n'allègue qu'ils seraient erronés et qu'il pouvait contester le rejet implicite de sa demande dès novembre 2019.
10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 313-10 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail, alors applicable : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du même code, dans sa version applicable : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () 8° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", délivrée en application du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou le visa de long séjour valant titre de séjour mentionné au 7° de l'article R. 311-3 du même code, accompagné du contrat de travail visé. / Elle autorise à exercer une activité professionnelle salariée dans le respect des termes de l'autorisation de travail accordée. / A l'issue de la deuxième année de validité, elle autorise à exercer toute activité professionnelle salariée () ". L'article L. 313-5-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, dispose que : " L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle doit être en mesure de justifier qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, () la carte de séjour peut lui être retirée ou son renouvellement refusé par une décision motivée. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 313-36-1 du même code, alors applicable : " I. - Lorsque l'étranger sollicite le renouvellement de la carte de séjour temporaire délivrée au titre des dispositions du 1° de l'article L. 313-10, il doit présenter, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-4-1, les pièces suivantes : 1° En cas de poursuite de son contrat à durée indéterminée, l'autorisation de travail accordée à son employeur correspondant à l'emploi occupé ; 2° Dans les autres cas, un formulaire de demande d'autorisation de travail, pour la conclusion d'un contrat à durée indéterminée avec un employeur établi en France correspondant à l'emploi sollicité. Ce formulaire est conforme au modèle fixé par arrêté du ministre chargé du travail ".
11. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-4 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". L'article R. 311-5 du même code, dans sa version applicable, précise que : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 311-4 ne peut être inférieure à un mois. Le récépissé peut être renouvelé ". Enfin, l'article R. 311-6 du même code, alors applicable, dispose que : " Le récépissé de la demande de première délivrance d'une carte de séjour () autorisent son titulaire à travailler. / Il en est de même du récépissé de la demande de première délivrance d'une carte de séjour délivrée sur le fondement des 1° et 2° de l'article L. 313-10, () dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-2 du code du travail, () Le récépissé de la demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à travailler ".
12. M. B fait valoir que le préfet ne peut lui opposer la fin de son travail dans son ancienne entreprise et l'absence de nouvelle autorisation de travail dès lors qu'il a continué à travailler après mars 2020, mais auprès d'un nouvel employeur, ainsi que l'y autorisaient ses récépissés de demande de titre de séjour. Toutefois, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que, pour fonder son refus de renouveler le titre de séjour de M. B, obtenu sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-10 précité, alors applicable, le préfet a relevé que le contrat à durée déterminée présenté par l'intéressé a reçu un avis défavorable des services de la DIRECCTE, qu'il a quitté l'entreprise le 31 mars 2020 et qu'il n'a depuis présenté aucune autre demande d'autorisation de travail. Or, si le requérant établit avoir continué à travailler auprès d'autres employeurs postérieurement au 31 mars 2020, il ne justifie ni même n'allègue avoir transmis cette information ou la demande d'autorisation de travail du 15 juin 2020, figurant au dossier, au préfet, dans le cadre de l'instruction de sa demande. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article R. 311-6 précitées que le récépissé de demande de titre de séjour, lorsqu'il autorise son titulaire à travailler, ne le permet que dans le respect de l'autorisation de travail détenue pendant la période de validité du titre et cette autorisation prend nécessairement fin à la date de fin de validité du récépissé de demande de titre. Dès lors, quand bien même M. B aurait pu effectivement travailler pour d'autres employeurs pendant l'instruction de sa demande, conformément à l'autorisation de travail qu'il détenait, il ne justifie ni même n'allègue avoir informé le préfet de son changement d'employeur et de ce qu'il continuait de respecter les conditions d'octroi du titre de séjour dont il demandait le renouvellement en application de l'article L. 313-10. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. En sixième lieu, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de cet article à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article
L. 313-14 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B n'a introduit aucune demande de titre de séjour sur ce fondement.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. Le requérant se prévaut de sa durée de présence de sept ans sur le territoire français, de son insertion professionnelle et de ses liens familiaux. Toutefois, si M. B établit, qu'après l'obtention d'un certificat d'aptitudes professionnelles en 2017, il a travaillé pour de multiples employeurs, il ne produit un contrat à durée indéterminée qu'à compter de juin 2020, soit seulement quelques mois avant l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans charge de famille, et ne justifie que de la présence d'une cousine sur le territoire dont l'attestation versée au dossier est très peu circonstanciée sur leurs relations. Il ne fait, en outre, état d'aucune autre attache sociale sur le territoire. Par suite, en édictant l'arrêté attaqué, le préfet du Val-d'Oise n'a ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant, ni porté une atteinte à son droit à une vie privée et familiale disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision, ni méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 précité.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2020 du préfet du Val-d'Oise. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que celles présentées au titre des frais liés à l'instance et, en l'absence de dépens dans la présente instance, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à leur paiement.
DÉCIDE :
Article 1er : L'ordonnance n° 2100971 du 23 février 2021 de la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulée.
Article 2 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de
Cergy-Pontoise et le surplus des conclusions de sa requête sont rejetés.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des
outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
La rapporteure,
C.CLa présidente,
L. Besson-Ledey La greffière,
C.Fourteau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026