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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00710

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00710

jeudi 30 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00710
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOURGI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant de la mise en demeure de payer qui lui a été adressée par le comptable public du centre des finances publiques de Saint-Germain-en-Laye le 15 juin 2018, en vue du recouvrement de sommes afférentes à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 1996, d'un montant global de 2 289 045,30 euros.

Par un jugement n° 1807713 du 14 janvier 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2021, M. B, représenté par Me Bourgi, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 14 janvier 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer procédant de la mise en demeure de payer du 15 juin 2018, en vue du recouvrement de sommes afférentes à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquels il a été assujetti au titre de l'année 1996, d'un montant global de 2 289 045,30 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est particulièrement laconique s'agissant des actes interruptifs de prescription postérieurs à 2006 ;

- à la date de la mise en demeure litigieuse, la prescription quadriennale de l'action en recouvrement prévue par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales lui était acquise ; en effet, le commandement de payer du 10 novembre 2006 ne lui a pas été régulièrement notifié ; la convention d'aide mutuelle judiciaire conclue entre le Maroc et la France le 5 octobre 1957 ne prévoit que deux modes de signification des actes, d'une part, la transmission directe pour laquelle l'acte ne doit pas transiter par le parquet français mais être transmis directement au parquet marocain et d'autre part, la voie consulaire, qui ne prévoit pas l'intervention du parquet marocain ; la remise de l'acte au parquet du tribunal de grande instance de Versailles le 29 novembre 2006 ne peut valoir signification au destinataire et n'a pas interrompu le délai de prescription ; l'administration n'établit pas davantage que les actes de poursuite ultérieurs lui ont été régulièrement notifiés.

- la notification d'une copie du commandement de payer par lettre recommandée n'est pas conforme à la circulaire JUSCO520961C du 1er février 2006, qui est opposable à l'administration en vertu des dispositions de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de la réclamation adressée au comptable sont irrecevables ;

- les conclusions tendant à l'annulation de la mise en demeure litigieuse sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- l'autorité de la chose jugée par l'arrêt n° 19VE00695 du 13 avril 2021 fait obstacle à ce que la cour soit à nouveau saisie du moyen tiré de la notification irrégulière du commandement de payer du 10 novembre 2006 et de celui du 15 mars 2010 dès lors que les trois conditions posées par l'article 1355 du code civil sont remplies ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-marocaine d'aide mutuelle judiciaire, d'exequatur des jugements et d'extradition conclue entre la France et le Maroc le 5 octobre 1957 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de procédure civile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est vu signifier, le 15 juin 2018, une mise en demeure, valant commandement de payer, en vue du recouvrement de sommes afférentes à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 1996, et mises en recouvrement respectivement les 30 novembre et 15 décembre 2000, d'un montant global de 2 289 045,30 euros. L'opposition à poursuites qu'il a formée le 13 août 2018 a été rejetée le 7 septembre 2018. M. B fait appel du jugement du 14 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande, requalifiée à bon droit par les premiers juges, comme tendant à la décharge de l'obligation de payer procédant de cette mise en demeure.

Sur la régularité du jugement :

En ce qui concerne la motivation du jugement attaqué :

2. En vertu des dispositions de l'article L. 9 du code de justice administrative, les jugements doivent être motivés. Ces dispositions impliquent, à peine d'irrégularité, que les jugements comportent le visa des moyens soulevés par le requérant et, dans leurs motifs, une réponse expresse à ceux de ces moyens qui ne sont pas inopérants, fondée sur les considérations de fait et de droit de nature à la justifier. En revanche, ces dispositions n'imposent pas au juge de répondre à l'ensemble des arguments développés au soutien de ces moyens, ni de se livrer à une présentation exhaustive de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation du requérant.

3. Si M. B fait valoir que le jugement attaqué est " particulièrement laconique " concernant les commandements de payer notifiés en 2010 et les mises en demeure de payer du 28 mars 2014, du 25 février 2015 et du 27 janvier 2016, en ce qu'il n'a pas précisé, pour chacun de ces actes, les motifs pour lesquels le tribunal a estimé que leur notification avait été régulière, il ressort des énonciations du jugement attaqué notamment au point 4 que les premiers juges ont répondu aux moyens qui leur étaient présentés par des motifs circonstanciés. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation du jugement doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

4. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables du Trésor qui n'ont fait aucune poursuite contre un contribuable retardataire pendant quatre années consécutives, à partir du jour de la mise en recouvrement du rôle perdent leur recours et sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. Le délai de quatre ans mentionné au premier alinéa, par lequel se prescrit l'action en vue du recouvrement, est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous autres actes interruptifs de la prescription ". Les comptables qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter de la mise en recouvrement du rôle sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable.

5. M. B soutient qu'à la date de la mise en demeure litigieuse, la prescription quadriennale de l'action en recouvrement prévue par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales précité lui était acquise, dès lors que l'administration fiscale n'établit pas le caractère régulier de la notification des actes de poursuite antérieurs, lesquels n'ont pu interrompre la prescription.

En ce qui concerne le commandement de payer du 10 novembre 2006 :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 258 du livre des procédures fiscales alors en vigueur : " Si la lettre de rappel ou la mise en demeure n'a pas été suivie de paiement ou de la mise en jeu des dispositions de l'article L. 277, le comptable public compétent peut, à l'expiration d'un délai de vingt jours suivant l'une ou l'autre de ces formalités, engager des poursuites. / Sous réserve des dispositions des articles L. 259 à L. 261, ces poursuites sont effectuées dans les formes prévues par le nouveau code de procédure civile pour le recouvrement des créances. () ". Aux termes de l'article 683 du code de procédure civile dans sa rédaction applicable : " Sous réserve de l'application des règlements communautaires et des traités internationaux, la transmission des actes judiciaires et extrajudiciaires à l'étranger est faite par voie de notification ou de signification internationales dans les conditions prévues par la présente sous-section. ". L'article 1er de la convention franco-marocaine d'aide mutuelle judiciaire, d'exequatur des jugements et d'extradition conclue entre la France et le Maroc le 5 octobre 1957 stipule que : " Les actes judiciaires et extrajudiciaires, tant en matière civile et commerciale qu'en matière pénale, sous réserve des dispositions régissant le régime de l'extradition, destinés à des personnes résidant sur le territoire de l'un des deux pays transmis directement par l'autorité compétente au parquet dans le ressort duquel se trouve le destinataire de l'acte./ Les dispositions du présent article n'excluent pas la faculté pour les Parties contractantes de faire remettre directement par leurs représentants ou les délégués de ceux-ci les actes judiciaires et extrajudiciaires destinés à leurs propres ressortissants. () ". Il résulte de ces stipulations que les actes extrajudiciaires destinés aux personnes résidant au Maroc leur sont régulièrement notifiés par transmission au parquet marocain territorialement compétent ou par voie consulaire.

7. D'autre part, aux termes de l'article 647-1 du code de procédure civile : " La date de notification d'un acte judiciaire ou extrajudiciaire, () à l'étranger est, à l'égard de celui qui y procède, la date d'expédition de l'acte par l'huissier de justice ou le greffe, ou, à défaut, la date de réception par le parquet compétent. ".

8. Il résulte de l'instruction que le commandement de payer du 10 novembre 2006 a été transmis au parquet du tribunal de grande instance (TGI) de Versailles le 29 novembre 2006, accompagné d'une fiche descriptive destinée aux autorités marocaines, et transmis par le procureur de la République près le TGI de Versailles au procureur du Roi près le tribunal de Marrakech. Cet acte est, en application de l'article 647-1 du code de procédure civile, réputé avoir été notifié, à l'égard de l'administration contre laquelle court la prescription, à sa date d'expédition par l'huissier du Trésor public le 29 novembre 2006. A cette date, le délai de prescription de quatre ans prorogé par le commandement de payer du 27 janvier 2003 notifié le 14 février 2003, n'était pas acquis. Par ailleurs, une copie de l'acte a été adressée à M. B le 13 décembre 2006, par lettre recommandée, dont l'intéressé a accusé réception, conformément aux prescriptions de l'article 686 du même code. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de ce moyen qui ne pouvait être valablement soulevé qu'à l'encontre du premier acte de poursuite permettant de l'invoquer, le commandement de payer du 10 novembre 2006, notifié à l'intéressé dans les formes prescrites, a valablement interrompu le cours de la prescription.

9. M. B ne peut invoquer utilement les termes de la circulaire JUSCO520961C du 1er février 2006 relative aux notifications internationales des actes judiciaires et extrajudiciaires en matière civile et commerciale, dès lors que cette circulaire mentionne expressément en préambule que l'expression " en matière civile et commerciale " doit être entendue comme excluant les transmissions extrajudiciaires relevant de la matière fiscale.

En ce qui concerne les autres actes de poursuite ultérieurs :

10. M. B fait en premier lieu valoir qu'il est matériellement impossible que le commandement de payer du 15 mars 2010 ait pu être retourné aux autorités françaises par les autorités marocaines le 10 février 2010. Cette circonstance est toutefois sans incidence sur l'acquisition de la prescription dès lors que le cours de celle-ci a valablement été interrompu par le commandement de payer notifié au domicile de son épouse à Meudon le 17 juin 2010, dont l'intéressé a été avisé le 21 juin 2010, et par le commandement de payer qui lui a été notifié par lettre recommandée non retirée le 25 novembre 2010, à son domicile de Marly-le-Roi. En effet, les autorités marocaines ayant indiqué que la dernière adresse connue de M. B à Marrakech était erronée, les poursuites ont pu être valablement diligentées aux adresses connues de l'intéressé en France. De même, le délai de prescription a de nouveau été interrompu, alors même que le commandement de payer daté du 29 avril 2014 et transmis au parquet le 3 juillet 2014 n'aurait pas été régulièrement signifié par la voie internationale, par la mise en demeure du 28 mars 2014 notifiée à l'adresse de la famille à Sèvres et par une mise en demeure du 12 novembre 2014 notifiée à l'adresse de Savigny-sur-Orge où l'intéressé s'est domicilié à l'occasion d'une demande de renouvellement de passeport effectuée le 27 septembre 2013. Le délai de prescription a encore été prorogé par deux mises en demeure du 25 février 2015 et du 27 janvier 2016 notifiées à Sèvres, dont l'intéressé a été régulièrement avisé de la mise en instance le 28 février 2015 et le 29 janvier. La circonstance que les plis n'ont pas été retirés est à cet égard sans incidence. Dans ces conditions, la prescription n'était pas acquise lorsque la mise en demeure de payer la somme de 2 289 045,30 euros du 15 juin 2018 a été notifiée au requérant, le 20 juin 2018.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception d'autorité de chose jugée opposée par le ministre, que M. B n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Sa requête doit, par suite, être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

Mme Danielian, présidente assesseure,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure,

I. CLa présidente,

L. Besson-LedeyLa présidente,

I. I. CLa greffière,

C. Fourteau

La greffière,

A. Audrain FoulonLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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