jeudi 16 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00720 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CAMBLA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 2 mars 2020 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n°2007640 du 12 février 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté la demande de M. A.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2021, M. A, représenté par Me Cambla, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2020 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour
- elle est entachée du vice de l'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est incomplet ;
- elle méconnaît les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;
- elle est entachée du vice de l'incompétence de son auteur ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le délai de trente jours est inadapté au regard de la situation sanitaire actuelle qui fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le décret n° 2020 -1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant algérien né le 28 mai 1977 à Mostaganem, qui est entré en France le 29 mars 2016 sous couvert d'un visa court séjour, a formulé une demande de titre de séjour le 25 novembre 2019 au titre des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 2 mars 2020, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 12 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Selon l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
4. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, précité.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
5. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. A ne présente en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges au point 2. du jugement entrepris.
6. En deuxième lieu, M. A reprend en appel le moyen tiré de l'insuffisance de motivation. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte qu'elle est suffisamment motivée. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes de la décision attaquée, que le préfet ne s'est pas uniquement référé à l'avis du collège des médecins de l'OFII du 12 décembre 2019, mais a également pris en compte sa vie privée et familiale. Or, M. A n'invoque, au soutien du moyen repris, aucun argument de droit ou de fait nouveau. Il y a donc lieu d'écarter ce moyen pour ces motifs et par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 3. du jugement attaqué.
7. En troisième lieu, M. A soutient que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel elle s'appuie est incomplet. Il se prévaut, à ce titre, d'une part, de la production en première instance, de la seule première page de l'avis par la préfecture, sans pour autant indiquer les mentions obligatoires qui seraient nécessairement manquantes et, d'autre part, de l'absence de mention explicite de sa faculté à bénéficier ou non d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la première page de cet avis est rédigée conformément aux dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les mentions exigées par ces dispositions. En outre, le collège des médecins de l'Office n'était pas tenu de se prononcer sur la possibilité pour M. A de bénéficier ou non d'un traitement approprié dans son pays d'origine, dès lors qu'il a estimé que le défaut de prise en charge de ce dernier ne devrait pas entrainer de conséquence d'une exceptionnelle gravité. Par conséquent, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'adoption de la décision contestée doit être écarté.
8. En quatrième lieu, M. A reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, déjà soulevé en première instance. Ainsi, il ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause l'appréciation motivée qui a été portée par les premiers juges. Ces derniers ont relevé que, si M. A souffre d'un cancer du rein qui lui a été diagnostiqué le 12 décembre 2018, l'ayant amené à subir une ablation du rein au mois de mai 2019, la seule attestation médicale du 24 novembre 2020 émanant d'un médecin généraliste, qu'il produit et qui se borne à indiquer sommairement que l'intéressé " est porteur d'une maladie chronique depuis le 15 mai 2018, qui nécessite une surveillance biologique et radiologique régulière au moins deux fois par an et ce de façon définitive ", ne suffit pas à démontrer le degré de gravité de la pathologie dont il demeure atteint à la suite de son intervention chirurgicale. Ainsi ce document ne permet pas, à lui seul, de contredire l'avis du collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges aux points 5., 6. et 7. du jugement entrepris.
9. En cinquième lieu, M. A reprend en appel le moyen tiré de ce que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il se prévaut, à ce titre, du caractère ininterrompu de sa résidence sur le territoire français depuis 2016, de son intégration sociale et professionnelle ainsi que de la présence de sa compagne en France. Cependant, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des déclarations de M. A à l'appui de sa demande de titre de séjour, que celui-ci est divorcé et sans charge de famille. Par ailleurs, il ne démontre pas davantage l'existence de liens personnels sur le territoire français, celui-ci se bornant à faire état de " relations importantes " sans toutefois apporter d'élément au soutien de cette allégation. En outre, si M. A fait valoir qu'il bénéficie d'un logement et occupe un emploi et produit, à l'appui de ses allégations, un contrat de travail à durée indéterminée en date du 8 juillet 2019 assorti de quelques fiches de payes, ces éléments, compte tenu de leur caractère très récent à la date d'édiction de la décision contestée, ne sont pas de nature à permettre d'établir une insertion ancienne et pérenne sur le territoire français. Par suite, compte tenu de ce qui précède, ainsi que du fait que M. A n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine dans lequel résident ses cinq frères et sœurs, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Yvelines n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10.En premier lieu, il résulte de ce qui a été précédemment exposé qu'aucun des moyens dirigés contre la décision de refus de séjour n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie de conséquence, de l'illégalité de cette décision au soutien de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point 5. de la présente ordonnance.
12. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste commise par le préfet dans son appréciation des conséquences de sa décision sur la situation du requérant reprennent ce qui a été précédemment évoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour. Il y a donc lieu de les écarter pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8. et 9. de la présente ordonnance.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
13. Le moyen tiré du caractère inadapté du délai de départ volontaire de trente jours eu égard à la situation sanitaire et à la fermeture des frontières, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. A ne produit aucun élément de droit ou de fait nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges au point 13. du jugement entrepris.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, M. A reprend en appel le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le pays de destination. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, cette décision vise les textes dont il est fait application, de même que la nationalité du requérant et les conditions de son exécution. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Or, M. A n'invoque, au soutien du moyen repris, aucun argument de droit ou de fait nouveau. Il y a donc lieu d'écarter ce moyen par adoptions des motifs retenus par les premiers juges au point 15. du jugement attaqué.
15. En second lieu, il résulte des motifs exposés aux points précédents ainsi que des motifs retenus au point 8. de la présente ordonnance, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier serait personnellement exposé à des risques graves en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R.222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 16 juin 2022.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°21VE0072000
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026