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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00845

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00845

jeudi 16 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00845
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantANTONY KANAGARAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2007941 du 23 février 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, M. B, représenté par Me Antony Kanagaraj, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler cet arrêté ;

3° d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'arrêté contesté

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation médicale ;

- il méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet a refusé de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale en France ;

- il méconnaît les stipulations des articles 8, 12 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A B, ressortissant pakistanais, né le 15 mai 1976 à Mandi Bahauddin, qui a déclaré être entré en France le 22 mars 2012, a sollicité, le 10 mars 2020, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 2 novembre 2020, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 23 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté :

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, déjà soulevé en première instance, et à l'appui duquel, M. B, ne présente, en appel, aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 2. du jugement attaqué.

4. En deuxième lieu, pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de l'Essonne, qui a fait application des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 octobre 2020. Le préfet estime, au vu du dossier et à la date de sa décision, que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il n'en demeure pas moins qu'il peut bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine. Au vu de cet avis, il a aussi estimé que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que le préfet, qui pouvait s'approprier les termes de cet avis, a procédé à un examen sérieux et particulier de sa demande de délivrance d'un titre de séjour.

5. En troisième lieu, M. B reprend en appel à l'identique et sans élément nouveau le moyen tiré de la violation des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ainsi que l'ont relevé à juste titre les premiers juges, si M. B fait valoir qu'il est atteint d'une hépatite C et de polyarthrite rhumatoïde, pathologies pour lesquels il est suivi au centre hospitalier Sud Francilien de Corbeil-Essonnes, et que la rupture des soins qu'il a reçus en France lui serait fatale, les certificats médicaux des 14 novembre 2018 et du 19 mars 2019, le compte-rendu d'hospitalisation du 9 mars au 20 mars 2019 et les résultats d'analyses médicales datant de l'année 2019, qu'il produit à l'appui de ses allégations, sont insuffisamment circonstanciés pour remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII du 5 octobre 2020 qui indique que, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il n'en demeure pas moins qu'il peut bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, si l'intéressé se prévaut de ce que son état de santé ne lui permettrait pas de voyager sans risque, car il doit être considéré comme une personne risquant de contracter une forme grave de la covid-19 en cas de retour dans son pays d'origine, cette circonstance, en admettant qu'elle soit démontrée, n'a d'incidence que sur les conditions d'exécution de l'arrêté litigieux. Par suite, ces moyens doivent être écartés pour ces motifs et par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 3. à 5. du jugement attaqué.

6. En quatrième lieu, M. B reprend en appel à l'identique et sans élément nouveau le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et soutient que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale en France. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si M. B démontre qu'il vit en concubinage avec une compatriote, qui est titulaire d'un titre de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 16 avril 2021, le couple est sans enfant et la communauté de vie n'est pas démontrée avant le mois d'avril 2018. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 36 ans et dans lequel vivent notamment ses deux enfants mineurs, ses parents et ses frères et sœurs. Par suite, eu égard, notamment au caractère récent de sa vie privée et familiale en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 12 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 9. du jugement attaqué.

8. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui ne fixe pas en tant que tel le pays de destination. Ce moyen sera écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il ressort de ce qui a été précédemment exposé que M. B n'établit pas que le refus de séjour serait entaché d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux du jugement attaqué auxquels se réfère le point 6. de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 16 juin 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

3

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