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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE00906

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE00906

jeudi 16 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE00906
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n°2011659 du 11 mars 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande de M. B.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des pièces enregistrées le 29 mars et les 9 et 13 avril 2021, M. B représenté par Me Calvo Pardo, avocat, demande à la cour :

1° d'annuler ce jugement ;

2° d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3° d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4° de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement

- les premiers juges ont inexactement apprécié sa situation personnelle et professionnelle et ont, à tort, écarté le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français était entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le jugement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- ils ont, à tort, considéré que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ne méconnaissait pas son droit à être entendu ;

Sur le bien-fondé du jugement

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée eu égard aux attaches qu'il a avec la France ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard du droit à être entendu garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant malien né le 15 janvier 1986 à Bilikoite, qui a déclaré être entré en France le 30 avril 2013, a sollicité son admission au séjour le 27 mai 2020 sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 27 octobre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 11 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. En premier lieu, M. B soutient que les premiers juges ont inexactement apprécié sa situation personnelle et professionnelle et qu'ils ont, à tort, écarté les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français était entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de ce que l'interdiction de retour méconnaissait son droit d'être entendu. Toutefois, ces moyens, qui se rattachent au bien-fondé du jugement, sont sans incidence sur sa régularité.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué violerait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui se rattachent au bien-fondé du jugement et sont donc sans incidence sur sa régularité.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il soutient qu'il vit en France depuis le 30 avril 2013 et qu'il justifie d'une activité professionnelle dans le domaine du nettoyage, de janvier 2015 à septembre 2019 auprès de la même société, bien qu'il ait occupé cet emploi sous une identité d'emprunt. Il fait valoir, en outre, qu'il justifie d'une résidence stable et qu'il participe depuis plus de deux ans à un atelier de socialisation linguistique organisé par l'Association Espace Familles de Colombes. Toutefois, si l'intéressé justifie avoir occupé ce poste sous un autre nom entre le 2 janvier 2015 et le 14 septembre 2019, en ayant donné satisfaction à son employeur, qui a, au demeurant, rempli une demande d'autorisation de travail et qu'il produit en appel une attestation peu circonstanciée du 25 mars 2021 de la professeure de l'atelier de socialisation de linguistique, ces éléments ne permettent pas, à eux-seuls, de démontrer une intégration suffisamment ancienne et pérenne sur le territoire national. De plus, M. B ne conteste pas le motif opposé par le préfet des Hauts-de-Seine qui a relevé, dans le cadre de l'examen de la demande d'admission exceptionnelle au séjour, que le métier d'agent de service n'était pas caractérisé par des difficultés de recrutement. Par ailleurs, M. B est célibataire, sans charge de famille et n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 27 ans et dans lequel résident quatre de ses frères et sœurs. Enfin, l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France nonobstant deux précédentes obligations de quitter le territoire français en date du 27 mai 2015 et du 12 mai 2017. Par suite, nonobstant la durée de son séjour et en supposant même que le préfet ait inexactement apprécié le lieu de sa résidence, les pièces du dossier ne permettent pas de regarder son admission au séjour comme répondant à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Hauts-de-Seine au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé ci-avant, l'intéressé, qui est célibataire et sans enfant, ne justifie pas de l'existence d'attaches personnelles et familiales en France, alors qu'il n'est pas dépourvu de telles attaches en cas de retour dans son pays d'origine où résident quatre de ses frères et sœurs. Ainsi, bien que l'intéressé justifie de la continuité de son séjour en France depuis 2013 et d'un peu moins de cinq ans d'expérience professionnelle, l'arrêté attaqué ne peut être regardé, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

7. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. B ne présente en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ce moyen, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges au point 8. du jugement entrepris.

8. En dernier lieu, M. B soutient que la décision contestée est disproportionnée, qu'elle est entachée d'erreur d'appréciation et qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été retenus aux points 5. et 6. de la présente ordonnance, ces moyens doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 16 juin 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°21VE0090600

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