jeudi 16 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE00945 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FERDAOUSSI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2019 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2007382 du 15 mars 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 31 mars 2021, M. B, représenté par Me Ferdaoussi, avocat, demande à la cour :
1° d'annuler ce jugement ;
2° d'annuler cet arrêté ;
3° d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4° de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement comporte des erreurs matérielles dans sa rédaction ;
- le jugement comporte des incohérences dans la reproduction de ses demandes ;
- les premiers juges ont retenu, à tort, l'irrecevabilité de sa demande en raison de la tardivité du dépôt de sa requête ;
- le jugement omet de répondre à l'ensemble des moyens soulevés dans sa requête ;
Sur le bien-fondé du jugement :
- sa requête n'est pas tardive ;
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il méconnaît les dispositions des articles L. 312-1, L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de procéder à une régularisation exceptionnelle de sa situation au titre de sa vie privée et familiale ou de son activité professionnelle sur le territoire français ;
- il méconnait les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande au regard des stipulations du d) de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3, du d) de l'article 7 ter et de l'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision de refus de séjour qui est elle-même illégale ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le principe du respect des droits de la défense ;
- elle méconnaît le 1° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée du vice d'incompétence de son auteur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A B, ressortissant tunisien né le 30 avril 1973 à La Marsa, qui a déclaré être entré en France en 2002, a sollicité, le 28 novembre 2012, son admission au séjour au titre des stipulations des articles 3, 7 ter et 11 de l'accord franco-tunisien susvisé et des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 4 septembre 2019, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 15 mars 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté pour irrecevabilité sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement :
3. En premier lieu, si le jugement attaqué mentionne, à deux reprises, que le préfet de l'Essonne a prononcé les décisions contestées alors que l'arrêté litigieux a été édicté par le préfet des Yvelines, il s'agit de simples erreurs de plume sans incidence sur la régularité du jugement. Ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, M. B soutient que le jugement comporte des incohérences dans la reproduction de ses demandes. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant à la cour d'en apprécier la portée et le bien-fondé. Il doit donc être, en tout état de cause, écarté.
5. En dernier lieu, au regard du motif retenu par les premiers juges pour rejeter la requête, ces derniers n'étaient pas tenus de répondre aux moyens soulevés par M. B en première instance. Dès lors, le moyen d'irrégularité du jugement tiré des omissions à répondre à des moyens doit être écarté.
Sur la recevabilité de la demande de première instance :
6. L'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " I. ' L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 3°, 5°, 7° ou 8° du I de l'article L. 511-1 ou sur le fondement de l'article L. 511-3-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II de l'article L. 511-1 ou au sixième alinéa de l'article L. 511-3-1 peut, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'interdiction de circulation sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. ()". L'article R. 776-2 du code de justice administrative énonce que : " I. - Conformément aux dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 3°, 5°, 7° ou 8° du I de l'article L. 511-1 ou de l'article L. 511-3-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article R. 776-5 de ce code : " I. - Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif. () ". Enfin, l'article R. 421-5 du même code prévoit que : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
7. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste.
8. M. B soutient que les premiers juges ont accueilli, à tort, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Yvelines tirée de la tardiveté de sa requête. Il allègue qu'il n'a jamais reçu notification de l'arrêté en date du 4 septembre 2019, que lorsqu'il s'est présenté à la préfecture, le 21 septembre 2019, il ne lui a pas été indiqué la date d'édiction de cet arrêté, ni qu'il lui avait été notifié par voie postale et qu'il n'a pas pu obtenir une copie de cette arrêté avant le 8 octobre 2020, date à laquelle, après être intervenu auprès des services de la préfecture, le délégué des Yvelines du défenseur des droits lui a transmis une copie de l'arrêté litigieux. De plus, il reproche aux premiers juges de s'être exclusivement fondés sur les pièces produites par la préfecture dans ses écritures en défense, alors même qu'une de ces pièces, qui relate les détails de l'acheminement du courrier contenant l'arrêté litigieux, démontre une erreur des services postaux. Il soutient, enfin, que le courrier aurait été distribué dans la commune d'Aubergenville alors qu'il résidait dans la commune voisine de Gargenville.
9. Toutefois, ainsi que l'ont relevé à juste titre les premiers juges, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la pièce relatant les détails de l'acheminement de ce courrier contenant l'arrêté attaqué, que le pli a été présenté le 5 septembre 2019 au domicile de M. B, à l'adresse qu'il avait indiquée aux services de la préfecture et qu'à la date du 6 septembre 2019, le courrier était en attente d'être retiré au guichet de Gargenville, qui est la commune de résidence de l'intéressé. Ce dernier n'ayant pas retiré ce courrier, l'avis de réception a été retourné à la préfecture le 21 septembre 2019 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, cet arrêté doit être réputé avoir été notifié dès sa date de présentation au domicile du requérant. De plus, c'est à juste titre que les premiers juges ont considéré que, d'une part, cet arrêté mentionne régulièrement les voies et délais de recours et, d'autre part, que la circonstance qu'une copie de l'arrêté lui ait été communiquée, le 8 octobre 2020, par le délégué au défenseur des droits des Yvelines, n'est pas de nature à rouvrir le délai de recours contentieux contre cet arrêté. Enfin, si M. B soutient que la notification de cet arrêté aurait été irrégulière en raison d'une erreur des services postaux, il se borne à affirmer à l'appui de cette allégation, que le courrier aurait été distribué depuis le centre de distribution et par le facteur d'une commune voisine de celle où il résidait, sans produire d'élément de nature à justifier du bien-fondé de ses allégations. Ce moyen est donc écarté.
10. Dans ces conditions, compte tenu des mentions précises, claires et concordantes, non remises en cause par des éléments produits par M. B, qui établissent que le préposé a déposé un avis de passage mais que le pli n'a pas été réclamé au bureau de poste, la notification est ainsi réputée avoir été régulièrement accomplie à la date du 5 septembre 2019. Dès lors, c'est à bon droit que les premiers juges ont considéré que sa requête, enregistrée au greffe le 7 novembre 2020, soit plus d'une année après l'expiration du délai de recours contentieux prévu par les dispositions citées au point 6. de la présente ordonnance, était tardive et, par suite, irrecevable. Ce moyen doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 16 juin 2022.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026