vendredi 2 septembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01066 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MACHICOTE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A D C a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2100062 du 16 mars 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 15 avril 2021 et le 5 octobre 2021, M. D C, représenté par Me Machicote, avocate, demande à la cour :
1° de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2° d'annuler ce jugement ;
3° d'annuler cet arrêté ;
4° d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
5° de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la légalité de l'arrêté contesté
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne du respect des droits de la défense garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;
- il est insuffisamment motivé et cette insuffisance révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L.743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;
- le décret n° 2020 -1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. D C, ressortissant congolais né le 14 avril 1982 à Mbujimayi, qui a déclaré être entré en France le 1er juin 2018, a présenté une demande d'asile. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), en date du 15 avril 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 31 octobre 2019. M. D C a alors présenté une demande de réexamen qui a été, toutefois, également rejetée par une décision de l'OFPRA, en date du 14 février 2020, confirmée par une décision de la CNDA du 9 octobre 2020, en raison de son irrecevabilité Par arrêté du 21 décembre 2020, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D C relève appel du jugement du 16 mars 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
3. Selon l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
4. M. D C, déjà représenté par un avocat, ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles, et n'a pas joint à son appel une telle demande. Dans ces conditions, le requérant ne peut être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Ses conclusions en ce sens doivent être rejetées.
Sur la légalité de l'arrêté :
En ce qui concerne la légalité externe :
5. Il ressort des pièces du dossier de première instance que l'arrêté contesté a été signé par M. A E, adjoint au chef de bureau de l'asile à la préfecture de l'Essonne, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 2020-PREF-DCPPAT-BCA-288 du 27 novembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Cette délégation n'avait ni à être visée dans l'arrêté contesté ni à accompagner celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
6. L'arrêté contesté comporte les éléments de droit et de fait qui le fondent. Il vise notamment les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 741-1 et L. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les différentes décisions de rejet de sa demande d'asile prises par l'OFPRA et la CNDA citées au point 2. de la présente ordonnance. Il mentionne, en outre, que M. D C ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'établit pas de liens personnels et familiaux en France, qu'il n'est pas contrevenu aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté est suffisamment motivé. Ce moyen doit donc être écarté.
7. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de l'édicter, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé.
8. Le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence de décision définitive de rejet de sa demande d'asile déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. D C ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par les premiers juges aux points 8. et 9. du jugement entrepris.
9. Si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant au soutien des conclusions présentées par M. D C, il ressort de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
10. Or, dans le cas où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, ce dernier ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra, si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui ont été définitivement refusés, faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient ainsi, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié.
11. En l'espèce, si M. D C soutient qu'il n'a pas été en mesure de présenter ses observations avant l'intervention de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, puisque la décision de rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile ne lui a pas été notifiée, cette mesure fait suite au rejet par l'OFPRA de sa demande d'asile initiale, qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier et des écritures du requérant qu'un changement particulier de circonstances aurait affecté sa situation personnelle et familiale depuis l'enregistrement de sa demande d'asile et qu'il aurait sollicité, en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations, s'il l'avait souhaité, avant que ne soit prise la décision litigieuse. Par suite, M. D C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu qu'il tient d'un principe général du droit de l'Union européenne.
En ce qui concerne la légalité interne
12. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. D C ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour le même motif que celui retenu à bon droit par les premiers juges aux points 10. et 11. du jugement entrepris.
12. M. D C reprend en appel les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations-Unies relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle. Toutefois, comme le relèvent à juste titre les premiers juges, M. D C, entré en France le 1er juin 2018, justifiait, à la date d'intervention de l'arrêté attaqué, d'une ancienneté de séjour ne s'élevant qu'à deux ans et demi. Si sa conjointe est présente sur le territoire français, il est constant que sa demande d'asile a également été rejetée par la décision de la CNDA du 9 octobre 2020 et qu'elle fait également l'objet d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. En outre, les quatre enfants du couple, seulement âgés de trois à six ans à la date de l'arrêté en litige, qui ont également vu leurs demandes d'asile rejetées, ne justifient que d'une faible durée de scolarisation en France à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, l'intéressé ne justifie d'aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine du requérant, ou dans un autre où il serait légalement admissible. Enfin, s'il se prévaut du niveau de contamination à la covid 19 dans son pays d'origine, cette circonstance, à la supposée établie, n'a d'incidence que sur les conditions d'exécution de l'arrêté contesté. Il en résulte que M. D C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. M. D C se prévaut des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison des liens qu'il entretiendrait avec le colonel B qui a notamment, amené son frère à être détenu arbitrairement. Si le requérant produit des articles de presse paru au mois de novembre 2020 dans le journal La Transparence, faisant état de craintes de l'intéressé pour sa sécurité, et un document présenté comme un rapport de l'association congolaise pour l'accès à la justice du 17 février 2021, l'extrait d'une fiche Wikipédia ainsi que des témoignages peu circonstanciés, ces pièces sont insuffisantes pour établir la réalité et l'actualité des risques auxquels serait exposé l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, ainsi qu'il a été exposé au point 2. de la présente ordonnance, tant la demande d'asile présentée par l'intéressé que sa demande de réexamen ont été rejetées par des décisions récentes de l'OFPRA et de la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. D C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative et celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D C.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au préfet de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 2 septembre 2022.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026