mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01088 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET STEERING LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société par actions simplifiée (SAS) FBG a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la réduction des cotisations de taxe sur les salaires et la décharge de la majoration de 10 % auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017.
Par un jugement n° 1808938 du 18 février 2021, le tribunal administratif de Versailles a prononcé la décharge de la taxe sur les salaires afférente aux rémunérations de son directeur général, au titre des années 2015, 2016 et 2017 et de la majoration de 10 % correspondante, et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 avril 2021 et le 13 juillet 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour :
1°) d'annuler l'article 1er de ce jugement ;
2°) de remettre à la charge de la SAS FBG les impositions supplémentaires afférentes aux rémunérations de son directeur général, au titre des années 2015, 2016 et 2017, en droits et pénalités, dont la décharge a été prononcée par le tribunal ;
3°) de réformer en ce sens le jugement attaqué.
Il soutient que :
-le directeur général d'une SAS est présumé disposer des pouvoirs les plus étendus et exercer ses attributions dans le secteur financier de l'entreprise, sauf s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que ce dirigeant n'a pas d'attribution dans le secteur financier ; en l'espèce, le procès-verbal de l'assemblée générale du 30 juin 2014 n'est pas suffisant, en l'absence de justificatif probant le corroborant, tel que la production du contrat de travail de M. A B, pour renverser la présomption de transversalité de ses fonctions de directeur général ;
-la proposition de rectification est suffisamment motivée, dès lors que le taux de 14 % appliqué pour calculer la taxe sur les salaires de l'année 2017 a été justifié par la nécessité de lisser le pourcentage du rapport d'assujettissement ;
-en ce qui concerne les autres moyens de première instance, il s'en remet à ses écritures de première instance.
Par un mémoire et des pièces enregistrés le 28 juin 2021 et le 17 mars 2023, la société FBG, représentée par Me Bette, avocat, conclut au rejet de la requête, à la décharge de la taxe sur les salaires au titre de l'année 2017, à ce qu'il soit ordonné au ministre de prononcer le dégrèvement de la taxe sur les salaires mise en recouvrement et à ce que soit mise à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
-les moyens soulevés par le ministre ne sont pas fondés ;
-la proposition de rectification est insuffisamment motivée, dès lors qu'un taux de 14 %, non justifié, est appliqué pour calculer la taxe sur les salaires de l'année 2017 alors que le coefficient d'assujettissement était de 17 % au titre de cette année.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de commerce ;
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Pham,
-les conclusions de Mme Bobko, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) FBG est une holding mixte qui gère ses participations, et facture des prestations de conseil et d'assistance à ses deux filiales AD Prim's et Valmont Primeurs. A l'issue d'un examen de sa comptabilité sur les exercices clos en 2015, 2016 et 2017, des rectifications lui ont été proposées par lettre du 18 avril 2018 en matière de taxe sur les salaires, confirmées le 26 juin 2018. Par le jugement attaqué du 18 février 2021, le tribunal administratif de Versailles a partiellement fait droit à la demande de cette société, tendant à la réduction des cotisations de taxe sur les salaires auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 et la décharge de la majoration de 10 % dont elles ont été assorties sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts, au motif que les salaires de son directeur général n'avaient pas à être inclus dans l'assiette de la taxe sur les salaires. Le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique relève appel dans cette mesure de ce jugement. Par appel incident, la société FBG demande la décharge de la taxe sur les salaires laissée à sa charge au titre de l'année 2017.
Sur l'appel principal du ministre :
En ce qui concerne le moyen retenu par le tribunal administratif de Versailles :
2. Aux termes de la dernière phrase du 1er alinéa du 1 de l'article 231 du code général des impôts, l'assiette de la taxe sur les salaires est constituée par " une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total ".
3. D'une part, lorsque les activités d'une entreprise sont, pour l'exercice de ses droits à déduction de la TVA, réparties en plusieurs secteurs distincts au sens des articles 213 et 209, successivement applicables, de l'annexe II au code général des impôts, la taxe sur les salaires doit être déterminée par secteur, en appliquant aux rémunérations des salariés affectés spécifiquement à chaque secteur le rapport d'assujettissement propre à ce secteur. Toutefois, la taxe sur les salaires des personnels concurremment affectés à plusieurs secteurs doit être établie en appliquant à leurs rémunérations le rapport existant pour l'entreprise dans son ensemble entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la TVA et le chiffre d'affaires total.
4. D'autre part, les fonctions de président d'une société par action simplifiée confèrent à leurs titulaires, en vertu de l'article L. 227-6 du code de commerce, les pouvoirs les plus étendus dans la direction de l'entreprise. En vertu du même article, un directeur général peut être nommé afin d'exercer les pouvoirs du président. Il résulte des articles L. 225-51 et L. 222-51-1 du même code, auxquels renvoie l'article L. 227-8 dudit code, que le président et le directeur général d'une société par actions simplifiées sont investis d'une responsabilité générale.
5. S'agissant d'une société holding, les pouvoirs visés au point précédent s'étendent en principe au secteur financier, même si le suivi des activités est sous-traité à des tiers ou confié à des salariés spécialement affectés à ce secteur et si le nombre des opérations relevant de ce secteur est très faible. Toutefois, s'il résulte des éléments produits par l'entreprise que certains de ses dirigeants n'ont pas d'attribution dans le secteur financier, notamment lorsque, compte tenu de l'organisation adoptée, l'un d'entre eux est dépourvu de tout contrôle et responsabilité en la matière, la rémunération de ce dirigeant doit être regardée comme relevant entièrement des secteurs passibles de la TVA et, par suite, comme placée hors du champ de la taxe sur les salaires.
6. Il est constant que la SAS FBG, société holding animatrice de groupe qui perçoit des produits financiers, notamment les dividendes de ses filiales, et réalise également des prestations de conseils et d'assistance à ses filiales, pour moins de 90 % de son chiffre d'affaires pour les années en litige et pour lesquelles elle est soumise au titre de ce second secteur à la taxe sur la valeur ajoutée, est passible de la taxe sur les salaires. L'administration a estimé, pour les années en litige, que les attributions du président et du directeur général de la société couvraient le secteur financier et a retenu, pour l'assiette de la taxe sur les salaires, leurs rémunérations, au prorata d'assujettissement résultant de la part des revenus des titres de participation dans le total des recettes de l'année précédente. Le ministre fait grief au jugement attaqué d'avoir déchargé la société FBG de la taxe sur les salaires afférente aux rémunérations de son directeur général, au motif que ce dernier n'exerçait pas d'attribution dans le secteur financier.
7. Pour combattre la présomption selon laquelle le directeur général de la société FBG serait investi d'une responsabilité générale, la société requérante produit une résolution d'assemblée générale du 30 juin 2014 indiquant que " Les fonctions administrative et de direction générale de la société FBG seront assurées par le Président du groupe uniquement " et que " La société FBG pourra être amenée à percevoir des dividendes de ses filiales n'exigeant aucune affectation spécifique d'un dirigeant. / Le secteur financier reste sous le contrôle et la responsabilité du président de la société ". Toutefois, cette résolution a été produite pour la première fois devant le tribunal et n'avait jamais été mentionnée ni lors de la vérification de comptabilité, ni lors de la phase administrative. Elle est en contradiction avec les statuts de la société, qui n'ont pas été modifiés, et qui disposent, que : " sauf limitation fixée par la décision de nomination ou par une décision ultérieure, le directeur général dispose des mêmes pouvoirs de direction que le président. A ce titre, il est investi de tous les pouvoirs nécessaires pour agir en toute circonstance au nom de la société () ". Dans ces conditions, la société FBG, qui n'a pas produit le contrat de travail de son directeur général, malgré une mesure d'instruction en ce sens, n'établit pas par cette seule résolution que M. A B, associé à 50 %, codirigeant de la société FBG et dirigeant de l'une des deux filiales, était dépourvu de tout contrôle et responsabilité dans la gestion des participations détenues par la société requérante dans ses deux filiales. Le ministre appelant est par suite fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal a déchargé la société FBG des suppléments de taxe sur les salaires mis à sa charge à raison des rémunérations versées à son directeur général au motif que celui-ci n'avait aucune attribution dans le domaine financier.
8. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par la société FBG devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés par la société FBG devant le tribunal :
9. En premier lieu, la société FBG soutient que le service financier était réduit et limité aux refacturations du secteur assujetti à la TVA ainsi qu'à la perception des dividendes des filiales une fois par an. En outre, elle fait valoir que le montant des dividendes ne devrait pas avoir d'influence sur le rapport applicable. Toutefois, en application du 1er alinéa du 1 de l'article 231 du code général des impôts, l'assiette de la taxe sur les salaires est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total. Il en résulte que, dès lors que la perception des dividendes n'entre pas dans le champ d'application de la TVA, ces dividendes doivent être pris en compte dans la détermination du rapport déterminant l'assiette de la taxe sur les salaires. Le moyen doit donc être écarté.
10. En deuxième lieu, la SAS FBG ne peut se prévaloir utilement de la doctrine BOI-TPS-TS-20-30 du 6 avril 2016 n° 196, le point n° 196 de cette doctrine n'existant pas. Le point n° 195 de cette même doctrine, dont elle cite les termes, ne fait pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application aux points précédents.
11. Enfin, le moyen tiré de la non applicabilité de la majoration de 10 % en l'absence de déclaration dès lors que le montant des rectifications est inférieur à 1 200 euros ne peut qu'être écarté, dès lors que la taxe sur les salaires due par la SAS FBG dépasse, au titre de chacune des trois années en litige, ce plafond de 1 200 euros.
Sur l'appel incident de la société FBG en ce qui concerne les impositions afférentes à l'exercice clos en 2017 :
12. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".
13. La société FBG soutient que la proposition de rectification du 18 avril 2018 est insuffisamment motivée, dès lors qu'un taux de 14 %, non justifié, est appliqué pour calculer la taxe sur les salaires de l'année 2017 alors que le coefficient d'assujettissement était de 17 % au titre de cette année. Toutefois, cette proposition de rectification indique que, quand le coefficient d'assujettissement est compris entre 10 % et 20 %, il y a lieu de le lisser selon un tableau qui est reproduit et qui indique, pour un coefficient de 17 %, l'application d'un taux de 14 %. La proposition de rectification est donc suffisamment motivée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a déchargé la SAS FBG de la taxe sur les salaires à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017, et de la majoration de 10 % correspondante, à raison des rémunérations de son directeur général. Par ailleurs, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, l'appel incident de la société FBG doit être rejeté ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné à la DGFIP de prononcer le dégrèvement de la taxe sur les salaires mise en recouvrement, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les cotisations de taxe sur les salaires et les majorations dont la société FBG a été déchargée par le jugement n° 1808938 du 18 février 2021 du tribunal administratif de Versailles sont remises à sa charge.
Article 2 : L'article 1er du jugement n° 1808938 du 18 février 2021 est annulé.
Article 3 : Les conclusions d'appel incident de la société FBG, ainsi que ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la société FBG.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Dorion, présidente,
M. Tar, premier conseiller,
Mme Pham, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
C. PHAM La présidente,
O. DORIONLa greffière,
S. LOUISERELa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026