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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01107

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01107

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01107
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantDUHAYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 29 juin 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Ukraine comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2004390-2006771 du 2 avril 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2021, M. B A, représenté par Me Duhayon, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2020 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision juridictionnelle à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B A soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et du citoyen ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les premiers vice-présidents des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application des 1° à 7°. ".

2. M. A, ressortissant ukrainien, né le 14 mai 1991 à Lviv, où il a vécu jusqu'à son départ, est entré en France le 24 juillet 2010 sous couvert d'un visa de court séjour délivré pour l'accès en République Tchèque. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en invoquant le bénéfice de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France le 8 juin 2020. Par un arrêté du 29 juin 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A fait appel du jugement rendu le 2 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugement sont motivés ".

4. Si M. A soutient que le tribunal n'a pas pris en compte le fait que l'ensemble de sa famille " nucléaire " se trouve en France, il ressort toutefois des termes mêmes du jugement attaqué, notamment de ses points 11 et 13, que celui-ci a pris en compte l'ensemble de la situation de M. A, et se fonde notamment sur le fait que ses parents et son frère résident en France de manière irrégulière. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation du jugement en fait doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

Concernant la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La décision en litige, qui a été prise au visa du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de nombreux éléments propres à la situation universitaire, professionnelle et familiale de M. A, notamment ses huit années de cours suivis à distance ainsi que la situation irrégulière dans laquelle se trouve ses parents et son frère. Ainsi, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écartée en tant qu'il manque en fait.

7. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

9. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'insuffisance des pièces produites. Pour la seule année 2011, M. A se contente de produire une feuille de soin et une ordonnance médicale datées du 11 octobre 2011, ainsi qu'un certificat de scolarité de l'Ecole France League du 28 novembre 2011. Toutefois, ces documents sont largement insuffisants pour attester de la continuité du séjour de l'intéressé en France sur l'ensemble de l'année en question. De plus, pour les années 2012 à 2019, les pièces produites par le requérant comportent essentiellement des dossiers d'inscription " web ", des certificats d'assiduité concernant la préparation d'une licence effectuée à distance et des attestations de réussite à des examens. De même, ces pièces ne sauraient suffire à attester de l'ancienneté et de la continuité du séjour en France du requérant. Elles sont également insuffisantes pour attester des compétences professionnelles de M. A qui, après huit années d'étude, n'a toujours pas validé sa licence en informatique et se retrouve sans diplôme. En outre, la situation familiale du requérant ne saurait constituer un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'article L. 313-14 précité, dès lors que ses parents et son frère unique résident de façon irrégulière sur le territoire. Par suite, le tribunal n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en France.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République (). ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A se borne à prévaloir de la présence de ses parents et de son frère en France, ces derniers y séjournant de manière irrégulière. Dans ses conditions, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 doit être écarté.

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :

12. En premier lieu, M. A n'établissant pas que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une illégalité, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette première décision.

13. En second lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () " et aux termes de l'article 51 de cette Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / () ". Si le moyen tiré de la violation de l'article 41 précité par un État membre de l'Union européenne est inopérant dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

14. Il ressort des pièces du dossier que lors de l'examen de la demande d'admission au séjour à titre exceptionnel de M. A sa situation a fait l'objet d'un examen complet par le préfet des Hauts-de-Seine, qui l'a mis à même de produire des observations écrites auxquelles il a répondu de manière suffisamment motivé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la possibilité de présenter utilement des observations.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A, qui n'a pas présenté de demande d'asile et qui n'a invoqué aucun moyen spécifique à l'encontre de la fixation de l'Ukraine comme pays de destination, n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, et à supposer que M. A ait entendu se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 alors qu'il ne bénéficie pas de l'aide juridictionnelle, ses conclusions présentées sur ce fondement, ainsi que celles à fin d'injonction et d'astreinte, ne peuvent qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Versailles, le 26 octobre 202Le premier vice-président de la cour,

président de la 2ème chambre

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

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