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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01218

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01218

mardi 25 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01218
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 21 avril 2021, le président de la cour administrative d'appel de Nantes a renvoyé à la cour administrative d'appel de Versailles la requête présentée par la société Belordis.

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021 au greffe de la cour administrative d'appel de Nantes et un mémoire, enregistré le 16 décembre 2022, la société Belordis, représentée par Me Cazin, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Mer a délivré à la société Lidl un permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale pour la création d'un supermarché sur le territoire de la commune, ensemble la décision du 13 mars 2021 portant rejet de son recours gracieux contre cette première décision ;

2°) de mettre à la charge de la société Lidl et de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Belordis soutient que :

- la société Lidl ne justifie pas d'un titre l'autorisant à déposer une demande de permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale sur l'ensemble du terrain d'assiette de son projet ;

- l'avis de la CNAC n'est pas suffisamment motivé ;

- le permis litigieux méconnaît l'article L. 752-6 du code de commerce dès lors que le projet ne fait pas une utilisation économe de l'espace, qu'il se situe aux droits d'une route dangereuse et présente des accès dangereux, que le réseau routier ne pourra absorber les flux de véhicules générés par le projet, que les accès piétons ne sont pas assez sécurisés, que la desserte en transports en commun est insuffisante et celle en vélo inexistante, que le projet aura un impact négatif sur l'animation de la vie urbaine, qu'il n'y a pas de dispositif de récupération des eaux pluviales et que le projet aggrave les nuisances pour les riverains ;

- une autre friche pouvait accueillir le projet ;

- le projet de la société Lidl méconnaît le schéma de cohérence territoriale du syndicat intercommunal du Blaisois ;

- il méconnaît aussi les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme communal relatives à la récupération des eaux pluviales, aux occupations du sol autorisée en zone UB et à l'insertion du bâtiment dans les lieux avoisinants.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2022 et 2 janvier 2023, la commune de Mer, représentée par Me Dalibard, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Belordis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Belordis ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2022, la société Lidl, représentée par la SELARL Leonem, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Belordis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Belordis ne sont pas fondés.

Par ordonnance du président de la 6ème chambre du 24 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 février 2023, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Moulin-Zys, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cazin, pour la société Belordis, de Me Canal, substituant Me Bozzi, pour la société Lidl et de Me Leeson, substituant Me Dalibard, pour la commune de Mer.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 décembre 2019, la société Lidl a déposé une demande de permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale en vue de la création d'un supermarché sur le territoire de la commune de Mer. Le commission départementale d'aménagement commercial a rendu un avis favorable sur cette demande le 10 mars 2020. Saisie par la société Belordis, qui exploite une enseigne Super U dans la zone de chalandise du projet, la Commission nationale d'aménagement commercial (CNAC) a également rendu un avis favorable au projet, le 29 octobre 2020. Par un arrêté du 30 novembre 2020, le maire de la commune de Mer a délivré à la société Lidl le permis sollicité. La société Belordis a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 13 janvier 2021, sur lequel le silence gardé par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. La société Belordis demande à la cour d'annuler les décisions précitées des 30 novembre 2020 et 13 mars 2021.

Sur la légalité des décisions contestées :

2. Aux termes de l'article L. 752-4 du code de commerce : " La demande d'autorisation d'exploitation commerciale est présentée : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains ou immeubles, par toute personne justifiant d'un titre du ou des propriétaires l'habilitant à exécuter les travaux ou par le mandataire d'une de ces personnes ; () ".

3. Le projet de la société Lidl a vocation à s'implanter sur deux séries de parcelles appartenant à la commune de Mer et la communauté de communes Beauce Val de Loire et représentant une surface totale de 12 049 mètres carrés. Par une délibération du 18 juin 2019, le conseil municipal de la commune de Mer a autorisé la cession à la société Lidl des parcelles AR n° 209, 211 et 212 et d'une portion des parcelles AR n° 210 et 522, représentant une surface de 3 480 mètres carrés, en vue de la création d'un supermarché à leur endroit. Par une délibération du 27 juin 2019, le conseil communautaire de la communauté de communes Beauce Val de Loire a autorisé la vente à la société Lidl des parcelles AR n° 539, 654 et 1245 et d'une portion de la parcelle AR n° 1336, pour une surface de 8 154 mètres carrés dans le même but. Le président de la communauté de communes Beauce Val de Loire a aussi autorisé la société Lidl à déposer une demande de permis de construire valant autorisation d'exploitation commerciale, avant le transfert effectif de propriété de ces surfaces. Il résulte de la demande de permis déposée de la société Lidl que son projet s'implantera sur ces parcelles à hauteur de 11 075 mètres carrés. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'un titre de la société Lidl pour déposer la demande de permis en litige doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 752-6 du code de commerce : " La Commission nationale d'aménagement commercial émet un avis sur la conformité du projet aux critères énoncés à l'article L. 752-6 du présent code, qui se substitue à celui de la commission départementale ". Dès lors, la société Belordis n'est pas fondée à soutenir que l'avis de la Commission nationale d'aménagement commercial serait insuffisamment motivé, faute pour cette commission d'avoir répondu à son argumentation tenant à l'absence de titre de la société Lidl sur les parcelles d'assiette de son projet commercial, tirée de la violation de l'article L. 752-4 du même code.

5. La société Belordis ne conteste le permis litigieux qu'en tant qu'il vaut autorisation d'exploitation commerciale et ne justifie d'ailleurs d'aucun intérêt à agir contre ce permis de construire en tant qu'autorisation d'urbanisme. Les autorisations délivrées en application du code de l'urbanisme et en application du code de commerce relèvent de législations distinctes et sont régies par des procédures indépendantes. Dès lors, les moyens tirés de ce que le projet de la société Lidl ne respecterait pas les règles du plan local d'urbanisme ne peuvent qu'être écartés.

6. Aux termes de l'article L. 752-6 du code de commerce, dans sa rédaction applicable au litige : " I.- L'autorisation d'exploitation commerciale mentionnée à l'article L. 752-1 est compatible avec le document d'orientation et d'objectifs des schémas de cohérence territoriale ou, le cas échéant, avec les orientations d'aménagement et de programmation des plans locaux d'urbanisme intercommunaux comportant les dispositions prévues au deuxième alinéa de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme. / La commission départementale d'aménagement commercial prend en considération : 1° En matière d'aménagement du territoire : a) La localisation du projet et son intégration urbaine ; b) La consommation économe de l'espace, notamment en termes de stationnement ; c) L'effet sur l'animation de la vie urbaine, rurale et dans les zones de montagne et du littoral ; d) L'effet du projet sur les flux de transports et son accessibilité par les transports collectifs et les modes de déplacement les plus économes en émission de dioxyde de carbone ; e) La contribution du projet à la préservation ou à la revitalisation du tissu commercial du centre-ville de la commune d'implantation, des communes limitrophes et de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre dont la commune d'implantation est membre ; f) Les coûts indirects supportés par la collectivité en matière notamment d'infrastructures et de transports ; / 2° En matière de développement durable : a) La qualité environnementale du projet, notamment du point de vue de la performance énergétique et des émissions de gaz à effet de serre par anticipation du bilan prévu aux 1° et 2° du I de l'article L. 229-25 du code de l'environnement, du recours le plus large qui soit aux énergies renouvelables et à l'emploi de matériaux ou procédés éco-responsables, de la gestion des eaux pluviales, de l'imperméabilisation des sols et de la préservation de l'environnement ; b) L'insertion paysagère et architecturale du projet, notamment par l'utilisation de matériaux caractéristiques des filières de production locales ; c) Les nuisances de toute nature que le projet est susceptible de générer au détriment de son environnement proche. () IV.- Le demandeur d'une autorisation d'exploitation commerciale doit démontrer, dans l'analyse d'impact mentionnée au III, qu'aucune friche existante en centre-ville ne permet l'accueil du projet envisagé. En l'absence d'une telle friche, il doit démontrer qu'aucune friche existante en périphérie ne permet l'accueil du projet envisagé ". L'autorisation d'aménagement commercial ne peut être refusée que si, eu égard à ses effets, le projet contesté compromet la réalisation des objectifs énoncés par la loi.

En ce qui concerne l'aménagement du territoire :

7. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet de la société Lidl aura pour effet de réduire l'artificialisation des sols par la création d'une majorité de places de stationnement en pavés drainants et par une réduction des surfaces bâties par rapport à l'ancienne enseigne installée sur le site. Il n'est ni établi ni même allégué que le bâtiment et les places de stationnement envisagés par la société Lidl ne témoigneraient pas d'une prise en compte de l'objectif de compacité de ces constructions. Par suite, la société Belordis n'est pas fondée à soutenir que le projet en litige ne ferait pas une utilisation économe de l'espace du seul fait de la diminution du taux d'urbanisation du site, laquelle résulte au demeurant d'une augmentation des espaces verts, dans le respect des autres objectifs poursuivis par la loi.

8. En deuxième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que la route d'Orléans, au droit de laquelle s'implante le projet, présente des risques pour la sécurité en raison de l'absence d'un terre-plein central et de la vitesse élevée constatée sur cet axe, le projet s'accompagne de la création par la commune d'un carrefour à feux, qui sera livré avant le début de l'exploitation commerciale en litige, pour y améliorer la sécurité. En outre, le projet a réduit les accès sur cette voie pour ne pas y entraver la fluidité du trafic.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, malgré l'augmentation de la surface de vente de 1 286 à 1 416 mètres carrés, postérieurement à la réalisation de l'étude de trafic, les réserves de capacité du réseau routier et notamment de la route d'Orléans, axe accueillant déjà les échanges pendulaires journaliers au cours desquels une partie de la clientèle de la société Lidl pourra accéder au magasin, permettront d'absorber les flux routiers générés par le projet.

10. En quatrième lieu, il ressort du dossier de demande d'autorisation d'exploitation commerciale déposé par la société Lidl que les voies avoisinant le projet disposent de trottoirs et que celui-ci est situé à proximité du centre-ville de la commune de Mer et est ainsi accessible à pied pour de nombreux clients. Dès lors, si le projet n'est desservi que par une ligne de bus présentant une fréquence réduite et n'est accolé à aucune piste cyclable, ces circonstances ne suffisent pas justifier un refus de l'autorisation sollicitée. Au demeurant, le projet prévoit 10 places de stationnement pour les vélos qui pourront accéder au magasin par l'avenue de la Paix, moins fréquentée que la route d'Orléans.

11. En cinquième lieu, si l'un des accès au site est commun aux clients véhiculés et aux camions de livraison, celui-ci présente une largeur suffisante pour les accueillir et une aire de stationnement propre à ces camions, isolée du parking. Le permis prescrit en outre au pétitionnaire d'organiser ces livraisons, limitées à deux camions par jour, hors des horaires d'affluence du magasin afin de minimiser la gêne à la circulation sur le parking induite par la circulation des camions.

12. En sixième lieu, si le projet de la société Lidl pourrait avoir pour incidence une baisse de 6 % du chiffre d'affaires du caviste et de 3 % du chiffre d'affaires des boulangeries de la commune de Mer, le taux net de vacance commerciale du centre-ville est de 4,50 % seulement. L'association des commerçants de la commune n'est pas opposée au projet de la société Lidl qu'elle considère comme une occasion de fixer la clientèle dans ce centre-ville. Il ressort également de l'analyse de la société Polygone que les densités commerciales ne sont pas saturées dans ce centre-ville.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Belordis n'est pas fondée à soutenir que le projet de la société Lidl compromettrait l'objectif d'aménagement du territoire défini par le législateur.

En ce qui concerne le développement durable :

14. En premier lieu, le projet de la société Lidl prévoit une diminution de l'artificialisation des sols par rapport à l'existant, permettant une infiltration des eaux pluviales, et un bassin de rétention des eaux récoltées sur les surfaces imperméabilisées. Le permis en litige prescrit au pétitionnaire l'infiltration de ces eaux dans le terrain selon un débit mesuré. La société Lidl a également prévu un séparateur d'hydrocarbures dans le processus de traitement de ces eaux. Le bâtiment présentera une performance énergétique de 28 % supérieure à celle prévue par la règlementation thermique RT 2012 et comporte 514 mètres carrés de panneaux solaires en toiture.

15. En second lieu, si le bâtiment projeté par la société Lidl sera implanté à proximité de pavillons résidentiels, une halle est déjà présente à cet endroit sur le site. Le bâtiment sera séparé de ces pavillons par une haie d'arbres de hautes tiges et le projet prévoit l'utilisation de la pierre calcaire de nature à assurer son insertion dans l'environnement. De même, si le quai de déchargement des camions se situe également à proximité d'habitations, le magasin ne sera livré que par deux camions par jour et le permis prescrit au pétitionnaire d'organiser ces livraisons, pendant les heures d'ouverture du magasin, hors des heures d'affluence.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la société Belordis n'est pas fondée à soutenir que le projet de la société Lidl méconnaîtrait l'objectif de développement durable énoncé par la loi eu égard aux nuisances créées par le projet et à sa qualité environnementale.

En ce qui concerne l'existence d'une autre friche :

17. Le projet de la société Lidl s'implante sur une friche commerciale située hors du centre-ville de la commune de Mer mais à proximité de celui-ci. La société Belordis ne peut dès lors pas utilement soutenir qu'une autre friche située en périphérie du centre-ville, au demeurant d'une surface insuffisante pour accueillir le projet, pouvait recevoir celui-ci.

En ce qui concerne la compatibilité avec le SCOT du Blaisois :

18. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la commune de Mer n'était pas couverte pas le schéma de cohérence territoriale du Blaisois. Dès lors, la société Belordis ne peut utilement soutenir que le projet de la société Lidl serait incompatible avec les dispositions de ce schéma. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas fondée à soutenir que l'avis de la CNAC serait insuffisamment motivé, faute pour cette commission d'avoir examiné la compatibilité du projet de la société Lidl avec ce document d'urbanisme.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la société Belordis n'est pas fondée à demander l'annulation du permis de construire du 30 novembre 2020 en tant qu'il vaut autorisation d'exploitation commerciale.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Lidl ou de l'Etat, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, le versement de la somme que la société Belordis demande à ce titre. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la société Belordis une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Mer et une somme de 1 000 euros à verser à la société Lidl sur le fondement des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Belordis est rejetée.

Article 2 : La société Belordis versera à la commune de Mer une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société Belordis versera à la société Lidl une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Belordis, à la commune de Mer, à la commission nationale d'aménagement commercial et à la SNC Lidl.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Albertini, président de chambre,

M. Mauny, président assesseur,

Mme Villette, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

A. ALe président,

P.-L. ALBERTINILa greffière,

S. DIABOUGA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

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