vendredi 17 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01253 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer une carte de résident, ensemble le courrier du 2 juin 2020 par lequel le préfet lui a communiqué les motifs de ce refus.
Par un jugement n° 2006149 en date du 12 avril 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2021, M. B, représenté par Me Saidi, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer une carte de résident, ensemble le courrier du 2 juin 2020 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer dans un délai de trois mois une carte de résident ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les premiers juges n'ont pas répondu à l'ensemble de ses moyens et n'ont pas suffisamment motivé leur jugement ;
- c'est à tort que le tribunal a écarté son moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet dans l'application des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais l'a fait compte tenu de sa situation exceptionnelle ;
- le préfet de l'Essonne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Le préfet s'en remet à ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Saïdi pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, de nationalité malienne, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, a sollicité en mars 2019 la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par courrier en date du 2 juin 2020, le préfet de l'Essonne lui a communiqué les motifs de la décision implicite refusant de lui délivrer la carte de résident sollicitée. M. B relève appel du jugement du 12 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision implicite du préfet de l'Essonne rejetant sa demande de carte de résident, ensemble le courrier du 2 juin 2020 par lequel le préfet lui a communiqué les motifs du refus opposé.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. D'une part, contrairement à ce que soutient M. B, les premiers juges ont répondu au point 2 du jugement attaqué au moyen tiré de l'absence de prise en compte par le préfet de sa situation. Ils ont également répondu aux moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation commises par le préfet dans l'application des dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, si le requérant soutenait en première instance que le préfet avait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de carte de résident présentée à titre exceptionnel, les premiers juges ont examiné ce moyen au point 3 de leur décision en considérant que le moyen tiré de la compétence discrétionnaire du préfet devait être écarté.
3. D'autre part, si M. B soutient que le tribunal administratif de Versailles a insuffisamment motivé son jugement, il se borne à soutenir à ce titre que c'est à tort que le tribunal a considéré que ses ressources étaient insuffisantes. Ce faisant le requérant critique non la régularité du jugement mais son bien-fondé.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué est entaché d'irrégularité.
Sur le bien-fondé du jugement :
5. En premier lieu, si M. B soutient que sa demande de carte de résident était fondée sur le seul pouvoir discrétionnaire du préfet et non sur les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne justifie pas du bien-fondé de son allégation à défaut de produire, notamment, la demande adressée à cette fin au préfet de l'Essonne, l'existence d'une telle demande ne résultant ni des termes du courrier du 2 juin 2020, ni de la circonstance que le préfet ne lui aurait pas demandé de produire certaines pièces justificatives au soutien de sa demande.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : / 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre de l'une des cartes de séjour temporaires ou pluriannuelles ou de l'une des cartes de résident prévues au présent code () / 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". Aux termes de l'article R. 314-1 du même code : " Pour l'application des dispositions des articles L. 314-8, L. 314-8-1, L. 314-8-2 et L. 314-9, l'étranger présente à l'appui de sa demande de carte de résident ou de carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE", outre les pièces mentionnées à l'article R. 311-2-2, les pièces suivantes : () 4° Les pièces justifiant : / a) Qu'il entre dans l'un des cas prévus à l'article L. 314-9 ; / b) Ou, s'il ne relève pas de ces dispositions qu'il satisfait aux conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 ; / 5° Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 314-2 : / a) Une déclaration sur l'honneur par laquelle il s'engage à respecter les principes qui régissent la République française ; / b) Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe () ". Aux termes de l'article R. 314-1-1 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8, L. 314-8-1 ou L. 314-8-2 en présentant, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 314-1, les pièces suivantes : / () / 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande. / () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de carte de résident présentée par M. B au motif que ce dernier ne justifiait ni de ressources stables, régulières et suffisantes sur les trois dernières années, ni d'un diplôme ou d'une certification permettant d'attester de la maîtrise du français à un niveau au moins égal au niveau A2.
8. M. B n'établit pas, en produisant des bulletins de paie couvrant la période du 1er janvier 2019 au 31 mai 2020, des avis d'impôt relatifs aux revenus du foyer des années 2016 à 2018, ainsi qu'un relevé de situation individuelle relatif à ses droits au regard des régimes de retraite, qu'il a disposé de ressources propres, stables et régulières sur la période des cinq années précédant sa demande de carte de résident de mars 2019. En outre, le requérant ne conteste pas le motif tiré par le préfet de ce qu'il ne disposait pas d'un diplôme ou d'une certification attestant de la maîtrise du français à un niveau au moins égal au niveau A2. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".
9. En troisième lieu, si M. B soutient qu'il réside en France en situation régulière depuis 2004, qu'il y est marié et a sur le territoire français six de ses enfants, dont deux de nationalité française et qu'il est parfaitement intégré en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne, qui a par ailleurs renouvelé la carte de séjour pluriannuelle de l'intéressé au titre de la période de mars 2019 à mars 2021, aurait entaché sa décision de refus de délivrance d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale du requérant.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit, que le préfet de l'Essonne a renouvelé la carte de séjour pluriannuelle de l'intéressé au titre de la période de mars 2019 à mars 2021. Dans ces conditions, alors que le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne saurait être regardé comme imposant à un Etat de délivrer un type particulier de titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, en l'espèce, être écarté comme inopérant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être également rejetées, ainsi que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 10 mai 2022, à laquelle siégeaient :
M. Brotons, président,
Mme Le Gars, présidente assesseure,
M. Coudert, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2022.
Le rapporteur,
B. ALe président,
S. BROTONSLa greffière,
V. MALAGOLILa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026