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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01386

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01386

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01386
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 5 février 2021 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a assorti cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire, d'une durée de trois ans, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, enfin, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2102711 du 13 avril 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2021, M. B, représenté par Me Aucher-Fagbemi, avocate, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. B, dans un délai deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les premiers juges ont inexactement apprécié la motivation de l'arrêté ;

- ils ont inexactement apprécié sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée puisqu'elle ne contient aucun motif précis relatif notamment à sa situation familiale ou professionnelle ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît donc les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant congolais de République Démocratique du Congo, né le 15 juin 1975 à Kinshasa, a déclaré être entré en France le 29 mars 2013 pour y demander l'asile. Par une décision du 28 novembre 2014, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 15 mai 2015. L'intéressé a fait l'objet d'une première décision portant obligation de quitter le territoire français le 1er juillet 2015, à laquelle il s'est soustrait. A la suite d'une interpellation, il s'est vu notifier par le préfet de l'Essonne, le 5 février 2021, un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination et assortie d'une interdiction de retour sur le territoire, d'une durée de trois ans. M. B fait appel du jugement du 13 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Si M. B se prévaut de ce que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a fait une appréciation inexacte de la motivation de l'arrêté, ainsi que de sa situation personnelle, ces moyens sont sans incidence sur la régularité du jugement attaqué et doivent, par suite, être écartés.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle :

4. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes qui le fonde, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ses articles 3 et 8 et les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise par ailleurs les éléments de la situation personnelle de l'intéressé qui ont été pris en considération, notamment le fait que M. B s'est maintenu sur le territoire français sans être en possession des documents et du visa exigés à l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'un titre de séjour, que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA daté du 28 novembre 2014, laquelle a été confirmée par une décision de la CNDA du 15 mai 2015, qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 1er juillet 2015, à laquelle il s'est soustrait, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il n'a pas présenté de passeport valide et, enfin, qu'il n'établit pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses enfants et sa sœur. Ainsi, et alors même que ces motifs ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant et que certaines des mentions sont rédigées à l'aide d'une formule stéréotypée, la décision contestée est suffisamment motivée et répond, contrairement à ce qui est soutenu dans la requête, aux exigences des dispositions précitées. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet l'Essonne a insuffisamment motivé son arrêté et n'a pas examiné de manière particulière sa situation. Dès lors, les moyens doivent être écartés comme manquant en fait.

Sur les autres moyens afférents à la légalité de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. M. B reprend en appel, à l'identique et sans élément nouveau, les moyens soulevés en première instance tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Comme le relèvent à juste titre les premiers juges, le requérant ne produit aucune pièce à l'appui de sa demande et il ne justifie pas des huit années de présence en France dont il se prévaut, ni du fait qu'il y aurait transféré le centre de ses intérêts personnels. Ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 5 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. M. B reprend en appel, à l'identique et sans invoquer d'éléments nouveaux, les moyens soulevés en première instance tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 II 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle. Comme le relèvent à juste titre les premiers juges, le requérant n'a pas exécuté une obligation de quitter le territoire édicté à son encontre le 1er juillet 2015 et il ne conteste pas ne pas être en mesure de produire de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 6 et 7 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " III. L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

9. Il résulte de ces dispositions que l'édiction d'une interdiction de retour est la conséquence normale d'une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit aux points 6 et 7, M. B ne justifie pas des huit années de présence en France dont il se prévaut, ni du fait qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts personnels, et a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, à laquelle il s'est soustrait. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du préfet l'Essonne méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fins d'injonction et celles relatives aux frais de justice :

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est manifestement dépourvue de fondement et doit, en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'injonction et d'astreinte et celles afférentes aux frais de justice fondées sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 12 janvier 2023.

Le premier vice-président de la Cour,

président de la 2ème chambre,

B. EVEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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