jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01399 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOUBRE M'BARKI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
A D E a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision, en date du 12 novembre 2018, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à l'admission au séjour en France, dans le cadre du regroupement familial, de ses deux enfants, prénommés F et C.
Par un jugement n° 1911022 du 29 avril 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'autoriser le regroupement familial sollicité par A E en faveur de ses deux enfants, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 18 mai 2021, le préfet du Val-d'Oise demande à la cour d'annuler ce jugement.
Il soutient que c'est à tort que les premiers juges ont retenu le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'aucune circonstance exceptionnelle ne justifiait qu'il soit dérogé au principe de l'introduction au titre du regroupement familial.
A E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 8 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Versailles.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de A I a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. A E, ressortissante congolaise née le 4 juillet 1983, a présenté, le 19 juillet 2018, une demande de regroupement familial sur place au bénéfice de ses deux enfants, prénommés F et C nés respectivement les 3 octobre 2002 et 17 septembre 2006. Le préfet du Val-d'Oise fait appel du jugement du 29 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision du 12 novembre 2018 par laquelle il a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par A E et lui a enjoint d'autoriser le regroupement familial sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.
Sur le moyen retenu par le jugement :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins un an, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 411-6 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence sur le territoire français de membres de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'intérêt supérieur d'un enfant en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
5. Pour annuler la décision du préfet du Val-d'Oise du 12 novembre 2018 refusant de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par A E, le tribunal a estimé que cette décision avait porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, un refus de regroupement familial " sur place " opposé à un enfant mineur ne saurait méconnaître ces stipulations dès lors que ce refus n'a pas pour effet de contraindre l'enfant à être séparé des personnes titulaires de l'autorité parentale, ni du reste de sa fratrie, le statut de mineur faisant obstacle à toute mesure d'éloignement et permettant de séjourner sur le territoire français et d'y être scolarisé sans que l'enfant ne soit dans l'obligation de justifier de la régularité de sa situation par la détention d'un titre de séjour. Un tel refus ne saurait davantage préjudicier à la vie privée et familiale de A E elle-même, dès lors qu'il n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer de ses enfants. La seule circonstance que cette situation lui serait dommageable dans le calcul de son quotient familial ou dans ses démarches auprès de la caisse d'allocations familiales est sans incidence sur son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet du Val-d'Oise est ainsi fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise s'est fondé sur la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour annuler la décision en litige.
6. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par A E devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.
Sur les autres moyens soulevés par A E :
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. H G, directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°18-060 du 27 septembre 2018, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 28 septembre suivant, d'une délégation de signature à l'effet de signer notamment " les décisions prises au titre du regroupement familial ". Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise par une autorité incompétente doit être écarté.
8. En deuxième lieu, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par A E au bénéfice de ses deux enfants, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne justifie pas de circonstances exceptionnelles permettant de déroger au principe de l'introduction en France des membres de sa famille. Ce faisant, il ne s'est pas borné à constater la seule présence sur place des deux enfants, mais a fait usage de son pouvoir d'appréciation et ne s'est pas estimé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " ;
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, la décision en litige, qui n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre les enfants mineurs J A E à quitter le territoire et à être séparés de leurs parents, ni à être privés de poursuivre leur scolarité en France, ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, Le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Val-d'Oise est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé sa décision du 12 novembre 2018 refusant de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par A E et lui a enjoint d'autoriser le regroupement familial sollicité, dans un délai d'un mois. La demande présentée par A E devant le tribunal à fin d'annulation de cette décision doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n° 1911022 du 29 avril 2021 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par A E devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est rejetée.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à A B E. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
A Besson-Ledey, présidente de chambre,
A Danielian, présidente assesseure,
A Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 février 2023.
La rapporteure,
I. ILa présidente,
L. Besson-LedeyLa greffière,
A. Audrain Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026