vendredi 16 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01510 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MECHRI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2008055 du 3 mai 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, M. D, représenté par Me Mechri, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement attaqué ;
2°) d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut de base légale ;
- le préfet a entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour durant deux ans portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 octobre 2022, l'instruction a été close au 21 octobre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Mechri pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant congolais (RDC) né le 30 septembre 1994 à Kinshasa, qui a déclaré être entré en France le 29 juin 2012, et qui a fait l'objet de deux précédents refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire pris à son encontre le 14 mars 2016 par le préfet du Val-d'Oise et le 30 novembre 2017 par le préfet des Hauts-de-Seine, a sollicité le 20 décembre 2019 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2020, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. D relève appel du jugement du 3 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, le requérant soutient que les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans sont insuffisamment motivées et, ainsi privées de base légale, en ce que l'arrêté contesté vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans préciser les dispositions de ce code dont il est fait application. Toutefois, le préfet de l'Essonne a cité dans les motifs de son arrêté l'article L. 313-14 de ce code sur le fondement duquel il a examiné la demande de titre de séjour dont il était saisi, le d du 3° du II de l'article L. 511-1 du même code qui permet d'éloigner sans délai un étranger qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et le III du même article relatif à l'interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il est ainsi suffisamment motivé et fondé en droit.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. () ".
4. M. D allègue être entré en France le 29 juin 2012, cependant il ne justifie de sa résidence habituelle en France que depuis octobre 2015. S'il fait également valoir qu'il aide sa mère titulaire d'une carte de résident à s'occuper de ses deux jeunes demi-sœurs âgées de 10 et 13 ans à la date de l'arrêté contesté, il n'établit pas que sa présence auprès d'elles serait indispensable. Célibataire sans enfant, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident son père et un frère, et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Par ailleurs, M. D ne justifie pas des compétences professionnelles pour exercer le métier de peintre pour lequel la société MM C lui a fait la promesse d'embauche présentée à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, alors qu'il exerce depuis octobre 2015 des fonctions de " pasteur préposé " au sein de l'association Centre d'accueil universel, moyennant une indemnité mensuelle de 700 euros, inférieure au SMIC. Au vu de ces éléments, et compte tenu des deux précédents refus de titre de séjour assortis de mesures d'éloignement dont l'intéressé a fait l'objet et qu'il n'a pas exécutées, en considérant que la situation de M. D n'était pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, M. D est célibataire sans charge de famille, ne justifie pas d'une insertion professionnelle lui permettant de subvenir à ses besoins et a fait l'objet de deux précédentes décisions d'éloignement. Dans ces conditions, en dépit de la durée de son séjour en France et de la présence de sa mère en séjour régulier et de ses demi-sœurs, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour durant deux ans n'ont pas porté une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle. Enfin, ces moyens sont en tout état de cause inopérants au soutien de la contestation de la décision portant fixation du pays de destination de la reconduite.
7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Beaujard, président de chambre,
Mme Dorion, présidente assesseure,
Mme Pham, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.
La rapporteure,
O. A Le président,
P. BEAUJARD
La greffière,
A. GAUTHIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026