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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01582

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01582

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01582
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 15 juin 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n°2005948 du 17 décembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande de M. B.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2021, M. B, représenté par Me Koszczanski, avocate, demande à la cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de demander au préfet des Hauts-de-Seine de produire la demande de pièce qu'il lui a adressée pour instruire son dossier de demande de titre de séjour ainsi que les preuves de notification régulière de cette demande ;

3°) d'annuler ce jugement ;

4°) d'annuler cet arrêté ;

5°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un réexamen de sa situation qui sera effectué dans le délai de trois mois à compter de cette notification et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît son droit à être entendu ;

- le préfet ne lui a pas délivré de récépissé après le dépôt de sa demande de titre de séjour ;

- le préfet n'a pas transmis sa demande à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) ;

- l'arrêté méconnaît les lignes directrices de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il est entaché d'erreurs de fait dès lors que, d'une part le secteur où il exerce son activité professionnelle est caractérisé par des difficultés de recrutement et que, d'autre part, le préfet ne démontre ni n'avoir sollicité la production de pièces complémentaires ni lui avoir laissé un délai suffisant pour y répondre ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas pris position sur les quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par décision du 30 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le décret n° 2020 -1717 du 28 décembre 2020 ;

- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant bangladais né le 31 décembre 1987 à Sadarghat, qui a déclaré être entré en France le 4 décembre 2014, a sollicité le 10 mars 2020 son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 juin 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B relève appel du jugement du 17 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Selon l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

4. Par une décision du 30 juin 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a accordé l'aide juridictionnelle partielle à M. B. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté :

En ce qui concerne le refus de séjour :

5. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que celui-ci vise les textes dont il est fait application et mentionne les éléments de fait tirés de la situation personnelle de M. B sur lesquels il repose, à la fois en ce qui concerne la vie privée et familiale du requérant qu'en ce qui concerne son activité professionnelle, de sorte qu'il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas mentionné l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, cet arrêté doit être regardé comme étant suffisamment motivé.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté ni des pièces du dossier que le préfet, qui s'est prononcé tant au regard des conditions du séjour en France de M. B que de sa situation professionnelle et familiale, n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet ne l'aurait pas convoqué à un entretien après le dépôt de sa demande de titre de séjour et aurait ainsi méconnu son droit d'être entendu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter des observations à l'occasion du dépôt et de l'instruction de sa demande. Au demeurant, il ne fournit aucune précision sur les éléments pertinents qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet ne lui aurait pas délivré de récépissé de sa demande de titre de séjour est sans incidence sur la légalité du refus de lui délivrer un tel titre qui lui a été opposé.

9. En cinquième lieu, si M. B soutient que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la DIRECCTE par le préfet, ce moyen ne peut qu'être écarté, dès lors qu'eu égard au fondement de la demande dont l'intéressé l'avait saisi, le préfet n'était pas tenu de saisir pour avis cette direction.

10. En sixième lieu, le requérant soutient à nouveau en appel que le préfet aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il reprend à nouveau les moyens tirés de l'erreur de fait qu'il avait déjà soulevés en première instance. Il n'apporte toutefois, à l'appui de son propos, aucun élément qui soit susceptible de remettre en cause l'appréciation portée à juste titre par les premiers juges, selon lesquels la décision litigieuse n'est pas entachée de telles erreurs. Par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges et exposés aux points 5 à 7 du jugement attaqué, ces moyens doivent ainsi être écartés.

11. En dernier lieu, M. B ne se prévaut pas utilement de la circulaire susvisée dès lors que celle-ci ne contient que de simples orientations générales et n'est pas opposable à l'administration en application des dispositions des articles L. 312-2 et L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle de l'intéressé, déjà soulevés en première instance et à l'appui desquels le requérant ne fait état d'aucun élément qui soit susceptible de remettre en cause l'appréciation portée à juste titre par les premiers juges, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal et exposés au point 9 du jugement attaqué.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

13. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige au regard des critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel M. B ne présente en appel aucun élément de droit ou de fait nouveau susceptible de remettre en cause l'appréciation portée par les premiers juges. En particulier, dès lors que le préfet a estimé que la présence du requérant ne constituait pas une menace à l'ordre public, il n'était pas tenu de le préciser expressément dans la décision en litige. Ce moyen doit ainsi être écarté pour ces motifs et ceux retenus à bon droit par les premiers juges aux points 11 et 12 du jugement entrepris.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de sa situation.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. ()/ Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français./() La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. Pour les mêmes motifs que ceux du jugement attaqué auxquels se réfère le point 13 de la présente ordonnance, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit au regard des quatre critères énoncés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant à M. B de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. En particulier, en vertu du quatrième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité au point précédent et applicable au cas d'espèce, il n'avait pas à se prononcer sur l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction litigieuse qu'il n'était pas tenu de prendre, mais qu'il a néanmoins prise sans commettre d'erreur d'appréciation, compte-tenu de la situation irrégulière en France de l'intéressé, de la durée de son séjour dans ce pays, de ses liens personnels sur place et de ceux qu'il conserve dans son pays d'origine, de son niveau d'intégration sociale et professionnelle en France et dès lors que la décision litigieuse ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Ces moyens doivent ainsi être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, mais à l'exception de celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Versailles, le 22 septembre 2022.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°21VE0158200

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