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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01597

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01597

mardi 11 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01597
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

L'association Xivents a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er mars 2015 au 31 août 2017, des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 et des prélèvements à la source auxquels elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016.

Par un jugement n° 1902971 du 2 avril 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2021, l'association Xivents, représentée par Me Oliel, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de prononcer la décharge de ces impositions, en droits et pénalités ;

3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens de l'instance, ainsi que la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association Xivents soutient que :

- sa gestion présente un caractère désintéressé ; le dirigeant de l'association n'a perçu une rémunération qu'à compter de l'année 2017 ; le versement de cette rémunération demeurait donc sans incidence sur le caractère désintéressé de sa gestion pour les années 2014 à 2016 ; le service ne pouvait se fonder sur des constats postérieurs aux années vérifiées ;

- son activité ne saurait être regardée comme une activité lucrative soumise aux impôts commerciaux ; sa gestion présente un caractère désintéressé ; si elle se trouve en situation de concurrence avec des sociétés commerciales exerçant une activité identique dans un même rayon géographique, d'autres associations à but non lucratif exercent la même activité, aux mêmes tarifs ; en outre, ses prix sont inférieurs à ceux pratiqués par les entreprises commerciales et similaires à ceux des organismes à but non lucratif et son utilisation d'un site internet ne saurait être assimilée à une pratique commerciale ;

- elle est fondée à se prévaloir, en application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 25188, publiée au Journal officiel le 17 mai 1999, faite au député Philippe Duron, qui interprète la loi fiscale en ce sens qu'une association n'a pas de caractère lucratif du seul fait que d'autres associations non lucratives exercent la même activité ;

- la pénalité de 40 % qui lui a été appliquée est injustifiée ; l'administration ne pouvait lui adresser une mise en demeure de déposer des déclarations dans la mesure où la vérification de comptabilité n'était pas encore achevée et qu'elle contestait être soumise aux impôts commerciaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'association Xivents ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lerooy ;

- et les conclusions de Mme Deroc, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'association Xivents, qui a pour activité l'organisation d'événements appelés " convention de fans " destinés aux amateurs de séries télévisées américaines, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a estimé qu'elle exerçait une activité de nature lucrative au titre des années 2015 à 2017. Elle a alors remis en cause l'exonération d'impôts commerciaux dont elle bénéficiait et lui a notifié en conséquence des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er mars 2015 au 31 août 2017, des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 et des prélèvements à la source au titre des années 2015 et 2016. L'association Xivents relève appel du jugement du 2 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant la décharge de ces impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes du 1 de l'article 206 du code général des impôts : " () sont passibles de l'impôt sur les sociétés () toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif. ". Aux termes de l'article 207 du même code : " 1. Sont exonérés de l'impôt sur les sociétés : () 5° bis. Les organismes sans but lucratif mentionnés au 1° du 7 de l'article 261, pour les opérations à raison desquelles ils sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée ". Enfin, aux termes de l'article 261 du code précité : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () 7. (Organismes d'utilité générale) : / 1° a. Les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée. ".

3. Pour l'application de ces dispositions, les associations ne sont exonérées des impôts commerciaux que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé, et, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où l'association intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, elle reste exclue du champ de l'impôt sur les sociétés et continue de bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'association, créée le 28 octobre 2010 sous le régime de la loi de 1901, se trouve en situation de concurrence avec plusieurs sociétés commerciales exerçant une activité identique, notamment les SARL All Marketing, Guest Events et People convention, lesquelles organisent des conventions autour de séries télévisées américaines. En outre, l'administration a constaté que l'association vend, en même temps que le droit d'entrée à ces événements, des prestations connexes à différents prix, dont certaines sont vendues aux enchères, et qu'elle s'adresse à un public très large, la qualité d'adhérent de l'association n'étant pas nécessaire pour acquérir des billets d'entrée ou d'autres services. Elle propose ainsi des produits identiques et destinés au même public que ceux proposés par le secteur concurrentiel. Si l'association requérante soutient que d'autres organismes à but non lucratif, telles que les associations Cloudson et Ultime Events, organisent également des conventions pour les amateurs de séries télévisées américaines, cette circonstance est sans incidence dès lors qu'elle est en concurrence avec d'autres sociétés commerciales et que, au demeurant, ces associations sont également susceptibles de relever des impôts commerciaux. Il résulte également de l'instruction que l'association requérante pratique des prix similaires à ceux du secteur privé et ne module pas ses tarifs en fonction de la situation des bénéficiaires. Si elle soutient que les prix des entreprises commerciales sont supérieurs, en se fondant notamment sur des ventes de " pass VIP " à des prix très élevés, le prix de ses billets se situait toutefois dans des gammes de prix similaires, entre 150 euros et 500 euros, et avec la vente d'un pass VIP à 1 850 euros en mai 2015 lors de la convention Xenite III. Enfin, si l'association Xivents fait valoir que l'utilisation d'un site internet, y compris lorsqu'il est accessible depuis d'autres sites, ne saurait être assimilée à une technique publicitaire, il résulte de l'instruction que cette dernière n'a pas limité son activité à l'utilisation de son site Internet mais dispose de comptes sur différentes plateformes de billetteries, qu'elle a rémunéré la société Ebay afin de mieux référencer la vente de ses billets dits " premium " sur cette plateforme en ligne ainsi que le réseau social Facebook afin de bénéficier d'un référencement de ses événements. Elle utilise ainsi des méthodes publicitaires comparables à celles utilisées par les sociétés commerciales au titre des années vérifiées. Dans ces conditions, et quand bien même la gestion de l'association présenterait un caractère désintéressé au titre de l'année 2017, c'est à bon droit que l'administration fiscale l'a regardée comme exerçant en réalité une activité lucrative et l'a assujettie, en conséquence, aux impôts commerciaux.

5. En second lieu, l'association Xivents se prévaut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 25188, publiée au Journal officiel le 17 mai 1999, faite au député Philippe Duron, selon laquelle : " En cas de gestion désintéressée, le caractère lucratif d'une association ne peut être constaté que si celle-ci concurrence des organismes du secteur lucratif. La situation d'une association s'apprécie donc par rapport à des entreprises ou organismes lucratifs, notamment des associations, exerçant la même activité dans le secteur. À l'inverse, une association n'a pas de caractère lucratif du seul fait que d'autres associations non lucratives exercent la même activité. ". Toutefois, cette réponse ministérielle ne révèle aucune interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application par le présent arrêt.

Sur la majoration de l'article 1728 du code général des impôts :

6. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa version alors applicable : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; () ".

7. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a notifié, le 10 novembre 2017, à l'association Xivents deux mises en demeure de produire, dans un délai de trente jours, les déclarations au titre de la taxe sur la valeur ajoutée et de l'impôt sur les sociétés, auxquelles elle n'a pas donné suite. Pour contester cette pénalité, l'association requérante soutient que le service ne pouvait pas lui adresser une mise en demeure de déposer des déclarations dans la mesure où la vérification de comptabilité n'était pas encore achevée et qu'elle contestait être soumise aux impôts commerciaux. Toutefois, l'administration n'était pas tenue de préciser, dans sa mise en demeure, les motifs de droit ou de fait justifiant que l'association soit regardée comme redevable des impôts commerciaux, alors même que cette dernière contestait devoir être soumise à l'obligation déclarative. Ainsi, l'administration fiscale a pu légalement la mettre en demeure de déposer ces déclarations, sans même avoir préalablement achevé la vérification de comptabilité ni établi qu'elle était effectivement soumise à la taxe sur la valeur ajoutée ainsi qu'à l'impôt sur les sociétés et, par suite, lui appliquer la majoration prévue par les dispositions précitées.

8. Il résulte de ce qui précède que l'association Xivents n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que celles tendant au remboursement de dépens non exposés dans la présente instance.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de l'association Xivents est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à l'association Xivents et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

M. Lerooy, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

Le rapporteur,

D. LerooyLa présidente,

L. Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-FoulonLa République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

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