jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01857 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | QUENTIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Par trois requêtes distinctes, la SAS Asgard a demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer le remboursement du crédit d'impôt sur les dépenses de recherche et d'innovation qu'elle estimait détenir pour les années 2016, 2017 et 2018.
Par un jugement nos 1901990, 1903185 et 2000439 du 29 avril 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté ses demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juin 2021 et 17 février 2022, la SAS Asgard, représentée par Me Quentin, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la restitution du crédit d'impôt sur les dépenses de recherche et d'innovation qu'elle estime détenir au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les dépenses de personnel qu'elle a exposées l'ont été dans le cadre de projets de recherche menés par sa filiale la SAS AOIP ; la convention de groupe entre elle et ses filiales prévoit expressément la réalisation de prestations de recherche et laisse, en tout état de cause, la possibilité pour ses salariés d'intervenir en dehors du cadre strict de cette convention ; ses deux salariés ont participé aux travaux de recherche menés conjointement avec sa filiale, même si aucun avenant spécifique à la convention n'a été signé ;
- elle apporte de nouveaux éléments permettant d'établir la participation directe de ces deux salariés aux projets de recherche ; les tâches qu'ils ont effectuées relèvent clairement du développement expérimental tel qu'il est défini dans le manuel de Frascati, définition reprise au paragraphe 70 de la doctrine référencée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 décembre 2021 et 23 février 2022, le ministre chargé des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Asgard, qui exerce une activité de holding, est à la tête d'une intégration fiscale dont la SAS AOIP est membre. En sa qualité de société intégrante, elle a demandé le remboursement du crédit d'impôt sur les dépenses de recherche et d'innovation qu'elle et ses filiales estimaient détenir pour les années 2016, 2017 et 2018. L'administration a accepté la demande pour les dépenses de recherche et d'innovation déclarées au titre des filiales et l'a refusée pour celles que la SAS Asgard avait déclaré avoir supportées en propre. Elle fait appel du jugement du 29 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a refusé de faire droit à sa demande de remboursement de ces crédits d'impôt.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 223 A du code général des impôts, dans sa version applicable : " I. - Une société () peut se constituer seule redevable de l'impôt sur les sociétés dû sur l'ensemble des résultats du groupe formé par elle-même et les sociétés dont elle détient 95 % au moins du capital de manière continue au cours de l'exercice, directement ou indirectement par l'intermédiaire de sociétés ou d'établissements stables membres du groupe () ". Aux termes de l'article 244 quater B, du même code, dans sa version applicable au présent litige : " I.-Les entreprises industrielles et commerciales ou agricoles imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A, 44 duodecies, 44 terdecies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () : II.- Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : () /b) Les dépenses de personnel afférentes aux chercheurs et techniciens de recherche directement et exclusivement affectés à ces opérations. ()". Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par ces dispositions. S'il se prononce au vu des éléments avancés par l'une et l'autre partie, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
3. La société soutient que deux de ses salariés, pour une part importante de leur temps de travail, ont participé aux projets de recherche et d'innovation menés par et avec sa filiale la SAS AOIP.
4. Or, d'une part, il résulte de l'instruction que la SAS Asgard, qui exerce une activité de holding, n'a pas mené directement de travaux de recherche. En effet, contrairement à ce qu'elle soutient, il ne ressort ni de son objet social ni de la convention intragroupe ni de la refacturation envers sa filiale la SAS AOIP qu'elle a effectué, en propre, des opérations de recherche conjointement avec sa filiale. Ainsi, la convention intragroupe du 1er décembre 2003 prévoit l'assistance des filiales, par la SAS Asgard, uniquement en matière de gestion et de direction générale dans tous les domaines d'action du groupe, dont la recherche fait partie, et que la rémunération pour ce service, calculée en fonction des effectifs de chacune des filiales, est d'ailleurs cohérente avec cette fonction de gestion. Cette convention ne vise ainsi pas, contrairement à ce que soutient la société requérante, sa participation directe et celle de ses salariés à la recherche menée par ses filiales. La société admet, d'ailleurs, qu'aucun avenant à cette convention n'a prévu expressément sa participation aux opérations de recherche de ses filiales. En outre, si la société fait valoir que les factures qu'elle a émises pour la SAS AOIP portent l'intitulé " assistance technique ", elle ne fournit aucun détail sur les charges qui ont été refacturées, ne permettant pas de faire le lien avec les dépenses de personnel qu'elle entend inclure dans l'assiette de son crédit d'impôt, les factures mentionnant la convention du 1er décembre 2003 qui ne comprend pas les activités de recherche, ainsi qu'il vient d'être dit, et le montant facturé mensuellement est forfaitaire. Elle n'établit ainsi pas que cette facturation diffèrerait de celle prévue par l'article III de la convention précitée qui vise à couvrir les coûts de direction générale, des achats et de la fonction administrative et comptable supportés au bénéfice de ses filiales. De plus, contrairement à ce que la société requérante soutient, il ne résulte pas de l'instruction que les dépenses de personnel, relatives à ses deux salariés qui auraient travaillé pour sa filiale, auraient été refacturées dès lors que, ainsi qu'il vient d'être dit, la société ne fournit aucun détail quant aux charges refacturées dans les factures d'" assistance technique ". Cette circonstance ferait, en tout état de cause, obstacle, par elle-même, au dépôt d'une demande de crédit d'impôt recherche par la SAS Asgard en son nom propre dès lors que les dépenses de personnel seraient, dans les faits, exposées par la SAS AOIP qui en supporterait alors la charge.
5. D'autre part, s'il est constant que les deux salariés sont compétents en matière scientifique pour participer à des projets de recherche et d'innovation, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils auraient personnellement et directement participé aux opérations de recherche menées par la SAS AOIP. En effet, s'agissant des réunions de suivi des projets, les documents produits, consistant en des invitations à des réunions, à des comptes-rendus et des minutes de réunions ne peuvent suffire à établir la nature et l'ampleur de leur participation aux projets menés, alors que leurs fonctions respectives de président-directeur général et directeur technique de la filiale, d'une part, et de directeur commercial, d'autre part, devaient les amener, nécessairement, à être informés du suivi de ces projets. De même, les échanges de courriel avec le CETIM en 2016 ne suffisent pas à prouver l'implication directe et personnelle de l'un des salariés dans les projets de recherche eux-mêmes, dès lors que les messages sont adressés systématiquement à plusieurs destinataires et que le message lui-même n'est pas très précis sur le contenu du projet. En outre, les tâches qu'auraient réalisées ces deux salariés en 2016, telles qu'elles ressortent de l'état produit par la société requérante, soit ne sont corroborées par aucune pièce, soit, en dehors de toute précision, ne relèvent pas d'opérations de recherche. Enfin, en ce qui concerne les notes et autres documents internes techniques, les deux salariés apparaissent comme destinataires ou co-auteurs de la très grande majorité de ces documents, ne permettant pas de distinguer leur participation personnelle effective à leur élaboration. S'agissant des rares documents portant leur seule signature, notamment la note du 13 février 2018 portant sur l'ohhmètre pyrotechnique et celle du 26 janvier 2017 sur le thermocouple, en l'absence d'autre précision, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux isolés consisteraient en des travaux de recherche éligibles au crédit d'impôt recherche prévu par les dispositions de l'article 244 quater B précitées, ou des étapes préalables indispensables et indissociables de tels travaux de recherche. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a refusé le remboursement des crédits d'impôt en litige.
6. En second lieu, la demande de remboursement d'un crédit d'impôt recherche a le caractère d'une réclamation préalable au sens des dispositions de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales. La décision refusant de rembourser un crédit d'impôt ne constitue, ainsi, ni un rehaussement d'imposition ni un redressement. Par suite, en l'absence de rehaussement, la SAS Asgard ne peut utilement se prévaloir de la doctrine numérotée BOI-BIC-RICI-10-10-10-20.
7. Il résulte de ce qui précède que la SAS Asgard n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SAS Asgard est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Asgard et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
C.LiogierLa présidente,
L.Besson-Ledey
La greffière,
A. Audrain-Foulon La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026