jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01870 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | JOUSSELIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles de condamner la commune de Massy à lui verser une somme de 70 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis et de mettre à sa charge une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n°1907064 du 26 avril 2021, le tribunal administratif de Versailles a condamné la commune de Massy à verser à M. B une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral et a rejeté le surplus de ses conclusions indemnitaires.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2021, M. B, représenté par Me Jousselin, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de ses conclusions indemnitaires ;
2°) de condamner la commune de Massy à lui verser la somme totale de 70 000 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Massy une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- c'est à tort que les premiers juges ont écarté la faute commise par la commune de Massy au titre de ses obligations en matière de protection de sa santé et de sa sécurité ;
- ces manquements lui ont causé des préjudices un préjudice financier et moral de 70 000 euros ;
- c'est à bon droit qu'ils ont retenu que la commune avait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
- les premiers juges ont sous-évalué son préjudice moral, il est fondé à demander à être indemnisé à hauteur de 5 000 euros à ce titre.
Par un mémoire, enregistré le 22 mai 2024, la commune de Massy, conclut à l'annulation du jugement en tant qu'il l'a condamnée à verser la somme de 1 500 euros à M. B, de rejeter sa requête et de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et que la somme de 1 500 euros ne pouvait être allouée à M. B dès lors que le contentieux n'était pas lié sur ce point.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pilven,
- les conclusions de Mme Villette, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Jousselin pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté par la commune de Massy en qualité d'attaché territorial à compter du 15 décembre 2015, par un contrat à durée déterminée, puis pour des fonctions de directeur du centre social du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018. M. B a été placé en arrêt maladie à partir du 11 juillet 2017. Par un courrier du 25 avril 2018, il a sollicité l'octroi de la protection fonctionnelle. Par un courrier du 29 octobre 2018, le maire de la commune de Massy a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle. Par courrier du 16 mai 2019, M. B a présenté une demande préalable à la commune aux fins d'obtenir l'indemnisation des préjudices qu'il allègue avoir subis du fait des fautes commises par la commune. A la suite du refus qui lui a été opposé le 12 juillet 2019, M. B a saisi le tribunal administratif de Versailles d'une requête tendant à la condamnation de la commune de Massy à l'indemniser des préjudices financiers et moraux subis à hauteur de la somme de 70 000 euros. M. B relève appel du jugement du 26 avril 2021 par lequel le tribunal a limité son indemnisation à la somme de 1 500 euros.
Sur le bien-fondé du jugement :
S'agissant des conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la méconnaissance de l'obligation de santé et de sécurité au travail :
2. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article 108-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Dans les services des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2, les règles applicables en matière d'hygiène et de sécurité sont celles définies par les livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application ". Enfin, l'article L. 4121-1 du code du travail dispose que : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels () ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ".
3. Les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.
4. M. B soutient qu'à la suite de l'alerte donnée en avril 2016 à sa hiérarchie et aux services de police sur l'organisation d'un trafic de stupéfiants au sein du centre social, il aurait été victime de menaces verbales et physiques ainsi que de dégradations et du vol de son véhicule et que malgré ses alertes répétées, la commune de Massy s'est abstenue de prendre des mesures pour assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et mentale. Il se prévaut au soutien de ses allégations de nombreux dépôts de plaintes, tout d'abord pour dégradation de sa voiture le 4 avril 2017, puis pour un vol à l'arraché le 11 avril 2018 suivi d'une lettre de menace le 16 avril suivant et enfin, pour le vol de son véhicule le 29 août 2018. Toutefois l'intéressé ne justifie pas davantage qu'en première instance que de tels faits seraient en lien avec les dénonciations faites en avril 2016. Au demeurant, ces faits qui sont survenus en dehors de son travail restent sans lien avec les obligations de sécurité ou de protection de sa santé physique au sein du centre social. En revanche, il est constant que M. B a, été destinataire d'un courrier de menace daté du 29 août 2018 en lien avec l'exercice de ses fonctions. Toutefois, il résulte de l'instruction que cet évènement est intervenu alors que l'intéressé était en congé de maladie et qu'en tout état de cause, un tel évènement reste sans lien avec l'obligation de son employeur de prévoir des actions de prévention, d'information ou de formation. Par ailleurs, s'il fait valoir l'existence d'une désorganisation du service à son arrivée et d'un manque de personnel qui l'aurait conduit à assumer plusieurs fonctions, impliquant une surcharge de travail, ou le comportement agressif de certains de ses collègues, il n'apporte aucun élément suffisamment étayé de nature à établir ces faits. M. B ne précise enfin pas quels moyens adaptés la commune aurait dû mettre en place pour assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et morale, alors d'ailleurs qu'il n'est pas revenu dans les services de la commune à l'issue de son congé de maladie.
5. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à soutenir que la commune de Massy aurait commis une faute, en méconnaissance de son obligation d'assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et morale.
En ce qui concerne le préjudice moral :
6. En premier instance, le tribunal a retenu qu'en refusant d'octroyer à M. B le bénéfice de la protection fonctionnelle, conformément à l'article 11 du statut général de la fonction publique, le maire de la commune de Massy avait commis une faute de nature à engager sa responsabilité et a indemnisé l'intéressé au titre du préjudice moral pour un montant de 1 500 euros.
7. Si la commune de Massy fait valoir, dans son appel incident, que l'obligation de protection des agents publics, au sens de l'article 22 de la loi du 13 juillet 1983, n'avait pas été invoqué en première instance, il ressort des écritures du requérant que ce fondement a été invoqué en plus de l'obligation de sécurité au travail. Par ailleurs, si la réclamation préalable ne mentionne pas l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, cette réclamation a lié le contentieux pour l'ensemble des dommages causés par le même fait générateur, tenant à l'absence fautive de protection face à des menaces. Enfin, la commune ne saurait utilement faire valoir que M. B ne pouvait demander par la voie d'une réclamation indemnitaire ce qui lui avait été refusé, à l'occasion d'un recours en excès de pouvoir rejeté définitivement par le tribunal administratif de Versailles le 28 janvier 2019, dès lors que la demande de protection fonctionnelle n'a pas un objet purement pécuniaire, contrairement à ce qu'elle allègue. Dès lors, les fins de non-recevoir opposées par la commune de Massy ne peuvent qu'être écartées.
8. Les premiers juges ont retenu, à bon droit, que M. B avait été victime de menaces de mort en raison de l'exercice de ses fonctions de directeur du centre social du quartier Opéra et à la suite de la dénonciation par M. B d'un trafic de stupéfiants en son sein et que la commune de Massy avait commis une faute en refusant de le faire bénéficier de la protection fonctionnelle.
9. Il résulte de l'instruction que, dans les circonstances de l'espèce, le préjudice moral subi par M. B, en raison de la faute commise par la commune, doit être évalué à la somme de 5 000 euros.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a limité l'indemnisation de son préjudice moral à la somme de 1 500 euros et qu'il convient de fixer cette indemnisation à la somme de 5 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge M. B, qui n'est pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, la somme demandée par la commune de Massy au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Massy la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La commune de Massy est condamnée à verser la somme de 5 000 euros à M. B en réparation de son préjudice moral.
Article 2 : La commune de Massy versera la somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de l'appel incident de la commune de Massy sont rejetés.
Article 4 : Le jugement du tribunal administratif de Versailles du 26 avril 2021 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et à la commune de Massy.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Albertini, président de chambre,
M. Pilven, président-assesseur,
Mme Florent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
J-E PILVENLe président,
P.-L. ALBERTINI
La greffière,
F. PETIT-GALLAND
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
La greffière,00
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026