jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE01893 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELURL GUILLON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision implicite du président de l'établissement public territorial Vallée Sud Grand Paris du 26 janvier 2019 rejetant sa demande tendant à la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie et à la reconnaissance de l'imputabilité au service des soins et arrêts de travail qui lui ont été prescrits depuis le 19 octobre 2015, d'enjoindre à l'établissement de la placer en congé de maladie imputable au service à plein traitement du 22 au 29 août 2017 et du 5 au 21 septembre 2017 et de lui rembourser les frais médicaux générés par cette maladie professionnelle et restés à sa charge, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de mettre à la charge de l'établissement la somme de 2 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement no 1901542 du 10 mai 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision, a enjoint à l'établissement public Vallée Sud - Grand Paris de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A dans un délai de deux mois à compter de sa notification et a mis à la charge de l'établissement le versement de la somme de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, l'établissement public territorial (EPT) Vallée Sud - Grand Paris représenté par Me Josselin, avocat, demande à la cour :
1°)à titre principal, d'annuler ce jugement et de rejeter la demande présentée par Mme A devant le tribunal administratif ;
2°)à titre subsidiaire, de prononcer une mesure d'expertise avant dire droit ;
3°)en tout état de cause, de mettre à la charge de Mme A le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce qu'il a seulement pris en compte le rapport médical du 9 avril 2018 et non les autres éléments médicaux et n'évoque pas les contradictions de ce rapport ;
- l'analyse complète des éléments médicaux fait apparaître qu'il n'existe pas de lien direct et certain entre la pathologie déclarée par l'agent et le travail ; le caractère préétabli de la sensibilité de Mme A exclut l'existence d'un lien direct et certain entre la pathologie déclarée et l'environnement de travail ; si la présence d'aspergillus a été découverte dans les locaux en 2015, le nécessaire a été fait pour faire cesser ce trouble ; aucun autre agent n'a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service d'une pathologie respiratoire ;
- la demande de Mme A doit être rejetée ;
- à titre subsidiaire, une expertise médicale doit être ordonnée avant dire droit.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement le 30 juillet 2021 et 10 janvier 2022, Mme A, représentée par Me Guillon, avocat, demande à la cour :
1°)de rejeter la requête et la demande d'expertise de l'ETP Vallée Sud - Grand Paris ;
2°)de mettre à la charge de l'ETP Vallée Sud - Grand Paris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête de l'ETP Vallée Sud - Grand Paris ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
-la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Camenen,
-et les conclusions de Mme Janicot, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'ETP Vallée Sud - Grand Paris relève appel du jugement du 10 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite de son président du 26 janvier 2019 rejetant la demande de Mme A, conservatrice de bibliothèque en chef titulaire, alors affectée au poste de directrice du réseau de médiathèques de la commune de Clamart, tendant à la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie et à la reconnaissance de l'imputabilité au service des soins et arrêts de travail qui lui ont été prescrits depuis le 19 octobre 2015 et lui a enjoint de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Il résulte de l'examen du jugement attaqué que le tribunal administratif a précisé suffisamment, au point 5 de sa décision, les motifs pour lesquels il a estimé que l'imputabilité au service de la maladie de Mme A devait être tenue pour établie. S'il s'appuie notamment sur le rapport du médecin pneumologue agréé du 9 avril 2018, il n'était pas tenu de répondre à chacun des arguments invoqués en défense et, notamment, de mentionner expressément les autres éléments du dossier pouvant au contraire conduire à exclure l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre la pathologie de Mme A et le service, en particulier l'avis de la commission de réforme interdépartementale de la Petite Couronne du 3 juillet 2017, qui n'est d'ailleurs ni favorable ni défavorable en raison d'un partage des voix. L'avis défavorable de la commission de réforme du 2 juillet 2018 est, en tout état de cause, évoqué à la fin du point 5 du jugement attaqué, sans mention de sa date. Le tribunal administratif n'était pas davantage tenu de faire état des prétendues contradictions de ce rapport du 9 avril 2018 ou de la sensibilité de l'agent aux acariens. Ainsi, le jugement attaqué est suffisamment motivé. Le moyen doit être écarté.
Au fond :
3. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ".
4. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
5. Si la commission de réforme a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme A lors de sa séance du 2 juillet 2018 ainsi qu'il a été dit, un premier rapport d'expertise du 6 décembre 2016 établi par un médecin pneumologue agréé à la demande de l'EPT Vallée Sud - Grand Paris a au contraire conclu que sa pathologie présentait les critères d'imputabilité au service permettant de la rattacher à son activité professionnelle et un second rapport d'expertise du 15 janvier 2018 établi par un autre médecin pneumologue agréé confirme cette analyse. Alors même que ce dernier rapport évoque une sensibilité de l'intéressée aux aspergillus et aux acariens, il conclut sans ambiguïté en faveur de la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A. Est sans incidence à cet égard la circonstance qu'il préconise la prise en charge des arrêts et soins au titre de la maladie professionnelle à compter du 14 avril 2016 alors que Mme A sollicite la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie à compter du 19 octobre 2015 ou encore qu'il conclut à la consolidation de l'état de santé de l'intéressée au 15 janvier 2018 avec une incapacité permanente partielle de 5 %.
6. En outre, si un compte rendu de visite de la médiathèque François-Mitterrand, au sein de laquelle se trouvait le bureau de Mme A, d'octobre 2018, indique " qu'il n'a pas été constaté d'aspergillus sp dans les bureaux sauf au sous-sol en faible quantité ", la bonne, voire la très bonne qualité de l'air à cette époque étant confirmée par deux rapports d'audit des 8 mars 2018 et 6 avril 2018, il ressort des pièces du dossier, en particulier d'un rapport d'intervention du laboratoire de la bibliothèque nationale de France du 18 novembre 2015, qu'une contamination fongique active et élevée avait été précédemment mise en évidence dans un magasin de la médiathèque. Une telle contamination avait déjà été relevée sur les ouvrages de la bibliothèque en 2008, ainsi qu'il résulte d'un rapport d'analyse du 5 mars 2008. Cette contamination ne peut être regardée comme étant restée cantonnée au sous-sol de l'établissement et n'ayant pas affecté les locaux professionnels fréquentés par Mme A. Si des travaux ont été effectués ultérieurement pour remédier aux problèmes de salubrité de la médiathèque, en particulier au cours de l'année 2017, il est constant que la désinfection du sous-sol a été achevée le 16 février 2018, soit à une date postérieure à l'apparition de la maladie de Mme A.
7. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce et sans qu'il y ait de prescrire avant dire droit une mesure d'expertise, les documents médicaux concernant Mme A et les rapports relatifs à la salubrité de son environnement de travail étant suffisamment nombreux et précis et l'expertise présentant dès lors un caractère frustratoire, l'existence d'un lien de causalité direct entre la pathologie pneumologique développée par l'intéressée et le service est suffisamment établie. Aucun fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière ne conduit à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. En particulier, Mme A ne fumait pas et ne présentait pas d'antécédent particulier ainsi qu'il ressort notamment d'un courrier de son pneumologue du 14 décembre 2015.
8. Il résulte de ce qui précède que l'EPT Vallée Sud - Grand Paris n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite de son président du 26 janvier 2019 et lui a enjoint de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A, qui n'est pas la partie perdante, verse une somme à l'EPT Vallée Sud - Grand Paris au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'EPT Vallée Sud - Grand Paris le versement à Mme A de la somme de 2 000 euros sur ce fondement.
DECIDE :
Article 1er : La requête de l'EPT Vallée Sud - Grand Paris est rejetée.
Article 2 : L'EPT Vallée Sud - Grand Paris versera la somme de 2 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à l'EPT Vallée Sud - Grand Paris et à Mme B A.
Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Signerin-Icre, présidente,
M. Camenen, président assesseur,
Mme Houllier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
Le rapporteur,
G. CamenenLa présidente,
C. Signerin-Icre
La greffière,
T. René-Louis-Arthur
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
No 21VE01893
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026