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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE01978

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE01978

mardi 11 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE01978
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHERVOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C D épouse B a demandé au tribunal administratif d'Orléans d'annuler l'arrêté du préfet du Loiret du 23 janvier 2020 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un jugement n° 2000933 du 1er décembre 2020, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 juillet 2021, 18 mai 2022 et 14 avril 2023, Mme D épouse B, représentée par Me Duplantier, avocat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2020 par lequel le préfet du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être reconduite ;

3°) d'enjoindre au préfet du Loiret de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est prononcé sans l'avoir examinée ni lui avoir demandé de pièces complémentaires sur son état ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis ;

- le préfet ne conteste pas la gravité de son état de santé, ni les conséquences d'un défaut de traitement ; le traitement qu'elle prend n'est pas disponible en Algérie ; sa pathologie est rare, complexe et extrêmement grave ; le préfet ne démontre pas qu'elle pourrait bénéficier des soins appropriés dans son pays d'origine ; l'arrêté attaqué méconnaît donc les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et viole son droit à mener une vie privée et familiale normale, au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est prise en charge par l'un de ses fils, qui réside régulièrement en France et qui l'assiste dans l'accomplissement des gestes de la vie quotidienne ; deux autres de ses fils résident en France ;

- l'arrêté attaqué en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français est entaché, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, la préfète du Loiret, représentée par Me Hervois, avocat, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme D épouse B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Liogier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D épouse B, ressortissante algérienne née le 17 mai 1963, entrée en France le 31 juillet 2017, sous couvert d'un visa de court séjour, a fait l'objet d'un arrêté du 23 janvier 2020 par lequel le préfet du Loiret a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle était susceptible d'être reconduite d'office. Elle fait appel du jugement du 1er décembre 2020 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016, visé ci-dessus, dans sa version alors applicable : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". L'article 4 de cet arrêté, dans sa version alors applicable, précise : " Pour l'établissement de son rapport médical, le médecin de l'office peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant renseigné le certificat médical et faire procéder à des examens complémentaires. () Il peut convoquer, le cas échéant, le demandeur auprès du service médical de la délégation territoriale compétente. () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté, dans sa version applicable au présent litige : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, () ". L'article 7 du même arrêté, dans sa version applicable, prévoit que : " Pour l'établissement de l'avis, le collège de médecins peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant rempli le certificat médical. Le collège peut convoquer le demandeur. Dans ce cas, le demandeur peut être assisté d'un interprète et d'un médecin de son choix. () Le collège peut faire procéder à des examens complémentaires. () ".

3. Si la requérante reproche aux médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de ne pas l'avoir convoquée et de ne pas avoir procédé à des compléments d'information, il résulte toutefois de ces dispositions qu'il s'agit d'une possibilité et que ces médecins n'y sont pas tenus pour établir le rapport médical ou émettre un avis. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Pour refuser à Mme D épouse B le titre de séjour sollicité, le préfet du Loiret s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 7 janvier 2020 par le collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui indique que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois bénéficier effectivement du traitement approprié dans son pays d'origine.

7. Il est constant que la requérante a souffert d'une pleuro-péricardite séquellaire d'une tuberculose, et est atteinte d'une polyarthrite rhumatoïde et d'un myélome de stade A, que son état nécessite un traitement médical dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La requérante soutient que ce traitement n'est pas disponible en Algérie. Pour justifier ses affirmations, elle produit des articles de presse et des précédents jurisprudentiels qui n'ont pas trait à son traitement et ne peuvent donc pas justifier de l'absence d'accès effectif à ce traitement particulier. En outre, elle se prévaut de copies d'écran de recherches infructueuses effectuées sur le site internet de l'observatoire de veille des médicaments disponibles en officine en Algérie. Toutefois, rien ne permet de dater la liste consultée et, en tout état de cause, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les médicaments qu'elle prend ne seraient pas substituables.. Enfin, elle apporte différents certificats médicaux, tous postérieurs à la décision attaquée, qui décrivent ses pathologies et les traitements en cours. Si le certificat du 4 avril 2023 mentionne l'indisponibilité du traitement en Algérie et celui du 11 avril 2023 fait état de ce que le traitement disponible en Algérie est moins adapté à sa situation, ces deux certificats sont très largement postérieurs à l'arrêté attaqué et mentionnent une aggravation récente de son état de santé. Les éléments du dossier ne permettent ainsi pas de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII précité. Par suite, en refusant la délivrance du titre de séjour à la requérante, le préfet du Loiret n'a pas méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précitées.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), dans sa version alors applicable : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3 () ". Aux termes de l'article R. 312-2 du même code, dans sa version applicable : " Le préfet ou, à Paris, le préfet de police saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres mentionnés aux articles L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance () ". Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour, au nombre desquelles figure la consultation de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent effectivement les conditions prévues à l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, équivalentes à celles du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée.

9. Si la requérante soutient que le préfet du Loiret était tenu de saisir la commission du titre de séjour compte tenu de son état de santé, elle n'est pas fondée à demander un titre de séjour sur ce fondement, ainsi qu'il a été dit au point 7. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission précitée aurait dû être consultée doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme D épouse B se prévaut de son état de santé, de la présence de trois de ses fils en France, dont l'un lui est indispensable dans les actes de la vie quotidienne. Toutefois, Mme D épouse B est arrivée en France à l'été 2017, soit deux ans et demi avant la décision attaquée, à l'âge de 54 ans. En outre, s'il est constant que l'un de ses fils majeurs, A, réside régulièrement en France et que son fils mineur est scolarisé, elle ne justifie pas de la présence d'un troisième fils sur le territoire par la seule production d'un visa Schengen établi en 2019 et elle ne conteste pas que son mari et trois autres de ses enfants majeurs continuent de résider en Algérie. Enfin, si la requérante produit des attestations qui permettent d'établir que son fils A la prend en charge et l'assiste dans les tâches du quotidien, aucune pièce du dossier ne permet de justifier qu'il serait le seul à même de le faire, les attestations de son mari sur ses ressources et son propre état de santé étant peu circonstanciées et non corroborées par des pièces et n'évoquant, par exemple, pas la présence de ses deux filles en Algérie. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Loiret n'a pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale de façon disproportionnée au regard des buts poursuivis par ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse un titre de séjour à Mme D épouse B n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé et doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme D épouse B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C D épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,

M. Lerooy, premier conseiller,

Mme Liogier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

C.LiogierLa présidente,

L.Besson-Ledey

La greffière,

A. Audrain-Foulon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier,

N°21VE01978

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