jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02018 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MENETTE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A et Mme D A née C ont demandé au tribunal administratif de Versailles de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013.
Par un jugement n° 1900235 du 20 avril 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021, M. A et Mme C, représentés par Me Menette, avocat, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013 ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- le jugement attaqué a été notifié à M. A en Roumanie et à Mme C en France alors qu'une seule adresse avait été mentionnée dans leur requête ; le courrier de notification adressé à M. A mentionne, à tort, un délai d'appel de deux mois alors qu'il réside à l'étranger ; le jugement est ainsi entaché d'irrégularités ;
- les premiers juges ont omis de statuer sur un certain nombre de leurs moyens ; le jugement attaqué est donc insuffisamment motivé ;
- s'agissant de la présence de M. A en France, il résidait en Roumanie depuis 2012, le seul fait de détenir des comptes bancaires en France ne peut démontrer sa résidence sur le territoire ; sur leurs déclarations communes de 2012 et 2013, il n'a d'ailleurs déclaré aucun revenu ; le jugement de divorce du 19 novembre 2013, établi en Roumanie, fait mention de ce qu'il résidait en Roumanie depuis 2012 et il fait foi, jusqu'à preuve du contraire, il est d'ailleurs cohérent avec les règles de compétence territoriale édictées à l'article 1070 du code de procédure civile ;
- s'agissant de ses intérêts familiaux, M. A a co-signé les baux de location avec son ex-épouse mais ne résidait pas dans les appartements ; les contrats de fluide ont été souscrits en 2011 lorsqu'ils n'étaient pas encore séparés ce qui explique que leurs deux noms apparaissent ; il a acheté des véhicules en France car l'offre d'occasion y est plus intéressante mais les a revendus en Roumanie où il réside ;
- s'agissant de ses intérêts économiques, l'administration ne leur a jamais communiqué la demande d'assistance administrative ni la réponse des autorités roumaines sur laquelle elle se fonde ; sauf preuve contraire, il perçoit des salaires d'une société roumaine qui n'exerce pas d'activité en France ; en conséquence, il ne peut être qualifié de résident fiscal français ; les premiers juges ne se sont pas prononcés sur l'ensemble des éléments qu'ils avançaient ;
- son seul foyer d'habitation permanent étant en Roumanie, il est résident fiscal roumain au sens de l'article 4 de la convention franco-roumaine et ne peut donc être imposé en France ;
- l'avis d'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle leur a été adressé à leurs deux noms alors qu'ils ont divorcé le 19 novembre 2013 ; des avis séparés auraient dû leur être adressés pour la période postérieure au divorce ;
- les rectifications procèdent d'une vérification de comptabilité de la SC Techno Bâtiment ; or, si la proposition de rectification qui leur a été adressée mentionne celle adressée à la société, aucune copie de celle-ci n'était annexée à celle qu'ils ont reçue à titre personnel ; ce manquement les a privés de la possibilité de présenter des observations utiles ;
- les documents remis lors du contrôle devaient leur être restitués avant l'envoi de la proposition de rectification, quand bien même ils ne concerneraient pas les rectifications ;
- l'avis de vérification les a informés du délai pour produire spontanément les relevés bancaires qui courait selon la doctrine BOI-CF-PGR-20-30 n° 340 jusqu'au 24 août 2015 ; l'administration les a induits en erreur dans son courrier du 29 juin 2015 en fixant ce délai au 23 août 2015 ;
- la méthode pour reconstituer les salaires de M. A n'est pas conforme à la réalité dès lors qu'il n'y a aucune obligation pour un locataire de percevoir plus de trois fois le loyer mensuel ; il a fourni le montant réel des salaires perçus en rons, et non en euros ; une attestation fiscale des autorités roumaines confirme d'ailleurs ce montant ; il a également perçu des sommes au titre de la " diurna " qui couvre ses dépenses de repas et de déplacements ; ces sommes ne sont pas imposables ; étant résident fiscal roumain, ces salaires sont, en tout état de cause, imposables en Roumanie en vertu de l'article 15 de la convention franco-roumaine ;
- la vérification de comptabilité de la SC Techno Bâtiment SRL est illégale puisque la société est établie en Roumanie et ne dispose d'aucun établissement stable en France ; les revenus réputés distribués n'étant pas au nombre des revenus couverts par la convention franco-roumaine, ils relèvent de l'article 22 de cette convention et sont donc imposables uniquement en Roumanie ;
- la majoration de 25 % du 7° de l'article 158 du code général des impôts, d'application systématique, viole le principe d'individualisation des peines protégé par l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la majoration pour manquement délibéré n'est pas fondée, l'intention d'éluder l'impôt n'étant pas établie, la seule insuffisance de déclaration ne pouvant suffire à la qualifier.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention entre la France et la Roumanie tendant à éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune conclue le 27 septembre 1974 ;
- le règlement (CE) n° 2201/2003 du Conseil du 27 novembre 2003 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme C ont fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2012 et 2013, consécutives à l'examen de leur situation fiscale personnelle et à la vérification de comptabilité de la société de droit roumain SC Techno Bâtiment SRL, dont M. A était gérant et associé majoritaire. Ils font appel du jugement du 20 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande tendant à la décharge des impositions ainsi mises à leur charge.
Sur la régularité du jugement :
2. En premier lieu, les requérants font valoir que le jugement attaqué aurait été notifié, à tort, à M. A à une adresse en Roumanie et que cette notification faisait mention d'un délai d'appel erroné de deux mois. Toutefois, ces circonstances, qui ont trait aux modalités de notification du jugement, sont sans incidence sur sa régularité.
3. En second lieu, si les requérants reprochent aux premiers juges de ne pas avoir statué sur " un certain nombre " de leurs moyens, il n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de leur critique.
4. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité du jugement ne peuvent qu'être écartés.
Sur le principe de l'imposition en France :
5. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
En ce qui concerne la loi fiscale française :
6. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française ". Aux termes de l'article 4 B du même code dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques ". Pour l'application de ces dispositions, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Par ailleurs, dès lors que le centre des intérêts économiques d'un contribuable se trouve en France, ou qu'il y exerce à titre principal une activité professionnelle, son domicile fiscal, au sens de l'article 4 A du code général des impôts, se trouve en France.
7. Il est constant qu'au titre des années en cause, M. A a souscrit une déclaration de revenus commune avec son épouse, Mme A née C, en mentionnant seulement les revenus de cette dernière. Si les requérants font valoir que M. A ne vivait plus en France au cours des années litigieuses, car il s'est séparé de son épouse en 2012 et qu'ils ont divorcé le 19 novembre 2013, et qu'il vivait désormais chez son père, qui l'hébergeait, à Maramures en Roumanie, ils se bornent à produire au soutien de cette allégation le jugement de divorce prononcé par le tribunal de première instance de Baia Mare (Roumanie), qui mentionne une adresse en Roumanie pour chacun des membres du couple, alors qu'il n'est pas contesté que Mme A travaillait et vivait en France avec leur fils mineur. Par ailleurs, contrairement à ce que les requérants soutiennent, la compétence territoriale de la Roumanie pour leur divorce, régie par l'article 3 du règlement (CE) n° 2201/2003 du Conseil du 27 novembre 2003, ne suppose pas nécessairement la présence de l'un des deux époux sur le territoire roumain. Cette seule pièce ne suffit donc pas à démontrer que M. A résidait en Roumanie de façon habituelle et à contredire l'adresse française qu'il a lui-même indiquée dans la déclaration de revenus souscrite avec son épouse au titre des années litigieuses. Si les requérants soulignent que cette déclaration ne mentionnait aucun revenu pour M. A, ce qui corroborerait son départ pour la Roumanie, l'administration relève, sans être contredite, que les déclarations de 2007 à 2011 du couple ne mentionnaient également aucun revenu pour lui alors qu'il ne conteste pas qu'il résidait en France à cette période. A l'inverse, l'administration s'est fondée sur des indices tendant à démontrer que M. A habitait en France au cours des années 2012 et 2013, notamment l'existence d'un bail de location conclu à son nom et à celui de son épouse le 1er septembre 2011, auquel les requérants ont mis fin par une lettre du 22 janvier 2015, informant le propriétaire du prochain déménagement de M. A en Roumanie à la suite d'une mutation professionnelle. Elle a également relevé, grâce à un droit de communication, que M. et Mme A avaient conclu des contrats d'électricité et de gaz à leurs deux noms au cours de l'année 2013, et que M. A était propriétaire de quatre véhicules achetés et immatriculés en France au cours des années en litige. Si M. A soutient que ces véhicules auraient été revendus en Roumanie, il n'en justifie, en tout état de cause, pas. L'administration a également mis en évidence, ainsi qu'il ressort de la proposition de rectification du 15 décembre 2015 adressée à la société SC Techno Bâtiment SRL, que M. A était gérant, salarié et associé majoritaire d'une société disposant d'un établissement stable en France, qui a réalisé plus de 97 % de son chiffre d'affaires sur la période en litige et qu'il était également associé à 40 % d'une société de droit français créée en 2012. Il en résulte que M. A habitait normalement en France et y avait le centre de ses intérêts familiaux pendant les années d'imposition en litige et qu'il puisait l'essentiel de ses ressources dans une activité professionnelle exercée en France au travers de l'établissement stable de la société de droit roumain qu'il possédait et dirigeait. Au vu de l'ensemble de ces éléments, il disposait, en France, de son foyer, de son activité professionnelle et du centre de ses intérêts économiques au sens des dispositions précitées de l'article 4 B du code général des impôts.
En ce qui concerne l'application de la convention fiscale franco-roumaine :
8. Aux termes de l'article 4 de la convention entre la France et la Roumanie : " 1. Au sens de la présente Convention, l'expression " résident d'un Etat contractant " désigne toute personne qui, en vertu de la législation dudit Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège statutaire, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue. / 2. Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne physique est considérée comme résident de chacun des Etats contractants, sa situation est réglée de la manière suivante : a) Cette personne est considérée comme résident de l'Etat contractant où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent. Lorsqu'elle dispose d'un foyer d'habitation permanent dans chacun des Etats contractants, elle est considérée comme résident de l'Etat contractant avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits (centre des intérêts vitaux) () ". Toute résidence dont une personne dispose de manière durable est pour elle, au sens de la convention, un foyer permanent d'habitation.
9. Il est constant que M. A a payé en Roumanie, au cours des années en litige, de l'impôt sur ses revenus personnels, ainsi qu'il ressort des attestations de l'administration fiscale roumaine du 15 mars 2017. Toutefois à supposer qu'un foyer d'habitation permanent puisse être identifié en Roumanie, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il vient d'être dit au point 7, que sa femme et son fils mineur résidaient en France, où M. A résidait habituellement, et il travaillait principalement au sein d'un établissement stable de sa société de droit roumain qui effectuait en France plus de 97 % de son chiffre d'affaires. Les liens personnels et économiques de M. A étaient ainsi plus étroits en France qu'en Roumanie. Par suite, les stipulations précitées de la convention fiscale franco-roumaine ne font pas obstacle à l'application des dispositions des articles 4 A et 4 B du code général des impôts au regard desquelles il est considéré comme résident fiscal français.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
En ce qui concerne l'envoi de l'avis d'examen contradictoire de situation fiscale personnelle :
10. Aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité () ".
11. Il résulte de l'instruction que les requérants ont déposé une déclaration d'impôt sur le revenu commune au titre des années d'imposition en litige en mentionnant qu'ils étaient mariés. En outre, l'administration fait valoir, sans être contredite, que Mme C ne l'a informée de leur divorce que lors du dépôt de sa déclaration de revenus au titre de l'année 2014, en mentionnant un divorce en date du 19 novembre 2014 et que ce n'est donc que lors de l'examen de leur situation fiscale personnelle que les requérants ont justifié de leur divorce prononcé le 19 novembre 2013 en Roumanie. Dans ces circonstances, les requérants ne peuvent utilement invoquer, a posteriori, leur divorce, dont ils n'avaient jamais informé l'administration, pour soutenir que leur foyer fiscal ne pouvait pas faire valablement l'objet d'un examen de situation fiscale personnelle.
En ce qui concerne la restitution des documents aux requérants :
12. Les requérants soutiennent que la procédure d'imposition est irrégulière car l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle aurait restitué les documents qu'ils lui ont remis le 1er octobre 2015, à savoir le jugement de divorce du 19 novembre 2013 ainsi que sa traduction, les bulletins de salaires de Mme A et l'acte de naissance de leur fils. Toutefois, ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges, aucune rectification n'a été effectuée au vu de ces documents dont la restitution à ce stade n'apparaissait ainsi pas utile aux contribuables. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le délai de remise des relevés bancaires :
13. Aux termes de l'article L. 12 du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu () Sous peine de nullité de l'imposition, un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle ne peut s'étendre sur une période supérieure à un an à compter de la réception de l'avis de vérification. () Elle est également prorogée des trente jours prévus à l'article L. 16 A et des délais nécessaires à l'administration pour obtenir les relevés de compte lorsque le contribuable n'a pas usé de sa faculté de les produire dans un délai de soixante jours à compter de la demande de l'administration () ".
14. Les requérants soutiennent que l'administration les a privés de la possibilité de produire leurs relevés bancaires en indiquant, dans un courrier du 29 juin 2015, qu'ils devaient le faire avant le 23 août 2015 alors qu'ils disposaient d'un délai courant jusqu'au 24 août 2015. Il résulte en effet de l'instruction que l'avis de l'examen de situation fiscale personnelle ayant été notifié aux requérants le 24 juin 2015, le délai de soixante jours pour produire leurs relevés bancaires courait jusqu'au 24 août 2015. Toutefois, l'administration a notifié la proposition de rectification à Mme C le 5 janvier 2016, très en-deçà du délai maximal d'un an prévu par les dispositions de l'article L.12 du livre des procédures fiscales, et n'a pas fait usage de la faculté de proroger ce délai en faisant valoir que les requérants n'auraient pas produit leurs relevés bancaires dans les délais. En outre, les requérants ne contestent pas qu'ils n'ont jamais remis l'intégralité de leurs relevés bancaires à l'administration. Par suite, les requérants ne peuvent soutenir que la procédure est irrégulière pour ce motif. Enfin, ils ne peuvent utilement se prévaloir de la doctrine référencée BOI-CF-PGR-20-30 du 4 février 2015 qui est relative à la procédure d'imposition.
En ce qui concerne l'assistance administrative internationale :
15. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription () ". Aux termes de l'article L. 76 B du même livre : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il incombe à l'administration d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable en fait la demande à l'administration, celle-ci est tenue, lorsqu'elle en dispose, de lui communiquer avant la mise en recouvrement les documents ou copies de documents contenant les renseignements qu'elle a obtenus auprès de tiers et qui lui sont opposés. Il en va ainsi, sauf dans le cas d'informations librement accessibles au public, alors même que le contribuable a pu avoir connaissance de ces renseignements ou de certains d'entre eux, afin notamment de lui permettre d'en vérifier, et le cas échéant d'en discuter, l'authenticité et la teneur.
16. Il résulte de l'instruction, ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges par des motifs qu'il convient d'adopter, que les requérants ont été informés, dans la proposition de rectification du 22 décembre 2015 qui leur a été adressée, de l'existence d'une assistance administrative internationale adressée aux autorités roumaines et du contenu de leur réponse. Ils ne justifient ni même n'allèguent en avoir demandé la communication à l'administration. Ils ne sont donc pas fondés à reprocher à l'administration fiscale de ne pas avoir porté ces documents à leur connaissance.
En ce qui concerne la motivation de la proposition de rectification :
17. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire à cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
18. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 22 décembre 2015 adressée aux requérants précise les dispositions légales retenues comme fondement des impositions en litige, les impôts concernés, les années d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour rehausser les bases d'imposition. Toutefois, s'agissant des revenus de capitaux mobiliers, cette proposition de rectification relève que sont imposés, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les bénéfices reconstitués de la SC Techno Bâtiment SRL à raison des opérations de l'établissement stable qu'elle exploitait en France et dont M. A avait la maîtrise de l'affaire mais ne précise toutefois pas les modalités de calcul des bases rectifiées. Si la proposition de rectification se réfère, pour le calcul de ces bases d'imposition, aux constatations effectuées par le service dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société SC Techno Bâtiment SRL, elle n'identifie pas précisément la proposition de rectification adressée à la société, et n'annexe ni ne reproduit celle-ci. Dès lors, quand bien même la proposition de rectifications adressée à la société a été envoyée quelques jours avant à M. A, en sa qualité de représentant légal de cette société, la proposition de rectification qui lui a été adressée personnellement ne peut pas être regardée comme suffisamment motivée s'agissant uniquement des rehaussements effectués dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Les requérants sont, dès lors, fondés à soutenir que la procédure d'imposition menée à leur encontre est irrégulière sur ce point et à demander la décharge, en droits et pénalités, des impositions résultant des rehaussements relevant de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers figurant dans cette proposition de rectification.
Sur le bien-fondé des impositions restant en litige :
19. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. " Il est constant que les requérants n'ont présenté aucune observation, dans les trente jours impartis par la proposition de rectification du 22 décembre 2015. Par suite, ils supportent la charge de la preuve, en vertu des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne les traitements et salaires reconstitués :
20. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification adressée aux requérants, que pour déterminer le montant des salaires perçus par M. A, l'administration, après avoir écarté le tableau transmis par l'intéressé au cours de la procédure de contrôle, qu'elle a regardé comme insuffisamment probant, a évalué le montant de ses salaires en se fondant sur le montant du loyer payé en France au titre d'un bail de location conclu avec le propriétaire de leur logement situé à Chatou. Elle a estimé que les salaires du couple étaient trois fois supérieurs au montant de leur loyer et s'élevaient, en ce qui concerne M. A, à 34 800 euros en 2012 et à 31 900 euros en 2013.
21. Pour contester ces montants, les requérants font tout d'abord valoir qu'aucune société roumaine n'aurait payé de salaires au niveau des standards français. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A a admis percevoir en espèces des salaires en provenance de la société qu'il gérait, que le loyer de leur appartement en France était payé en espèces au propriétaire et que le salaire de Mme C équivalait au montant du loyer. L'administration s'est ainsi appuyée sur une norme communément admise pour évaluer le surcroît de salaires dont disposait le couple, au regard du loyer qu'il payait mensuellement. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir les sommes réellement perçues, les attestations fiscales des autorités roumaines et les extraits des comptes de la société produits en première instance étant le reflet de leurs propres déclarations.
22. Les requérants font ensuite valoir qu'une partie du salaire était constituée de la " diurna " qui vise, en droit roumain, à couvrir les frais de repas et de déplacements et serait donc exonérée d'impôt sur le revenu en France. Toutefois, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve au soutien de ces allégations.
23. Les requérants soutiennent enfin que ces salaires ne seraient pas imposables en France. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que M. A était résident fiscal français au titre des années d'imposition en litige. Par suite, les stipulations du 1 de l'article 15 de la convention franco-roumaine susvisée ne font pas obstacle à ce que ces salaires soient imposés en France.
Sur les pénalités :
24. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
25. Pour justifier l'application de la majoration pour manquement délibéré, l'administration fait valoir que M. A n'a déclaré aucun revenu en France, alors qu'il y résidait habituellement avec sa femme et son fils et déposait même une déclaration conjointe avec son épouse pour l'impôt sur le revenu. Elle relève également que ses revenus salariaux, estimés à plus de 30 000 euros pour chacune des années d'imposition litigieuses, sont issus d'une société roumaine, qu'il possédait et gérait, qui exerçait une activité occulte au travers d'un établissement stable en France pour plus de 97 % de son chiffre d'affaires. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a assorti les rectifications de la majoration de 40 % pour manquement délibéré.
26. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens relatifs au bien-fondé des rehaussements relevant de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, que M. A et Mme C sont seulement fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Versailles a rejeté leur demande tendant à la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2012 et 2013 relatives aux rehaussements relevant de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers figurant dans la proposition de rectification du 22 décembre 2015 qui leur a été adressée.
27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A et Mme C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, en l'absence de dépens dans la présente instance, leurs conclusions tendant à la condamnation de l'État à leur paiement ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A et Mme C sont déchargés des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2012 et 2013 relatifs aux rehaussements relevant de la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.
Article 2 : Le jugement n° 1900235 du 20 avril 2021 du tribunal administratif de Versailles est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, Mme D C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
A . Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°21VE020182
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026