jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02084 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LE SERGENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2012, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 1807959 du 8 juin 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juillet 2021 et le 27 septembre 2023, M. B, représenté par Me Le Sergent, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2012 ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en ce qui concerne les prélèvements sociaux au sens de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- alors qu'il a déclaré une somme de 46 723 euros, la déduction du montant total appréhendé de la société Tech-Elec de la seule somme de 26 461 entraîne une double imposition d'un montant de 20 262 euros ;
- la somme de 20 033,13 euros correspond au remboursement des treize salaires qu'il a personnellement pris en charge pour le compte de la société Tech-Elec en raison de l'indisponibilité de sa gérante qui lui a donné un mandat tacite ; l'administration n'apporte pas la preuve de l'existence de revenus non déclarés ;
- étant salarié de la société Tech-Elec les sommes perçues de cette société ne pouvaient en tout état de cause correspondre qu'à des suppléments de rémunération entrant dans la catégorie des traitements et salaires ;
- l'administration a insuffisamment motivé la majoration de 40 % pour manquement délibéré par la seule référence à l'importance des montants perçus ; cette majoration est infondée dès lors que le caractère délibéré des manquements constatés n'est pas justifié.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Besson-Ledey,
- et les conclusions de M. Illouz, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Tech-Elec, qui exerce une activité d'ingénierie électrique à Paris, l'administration fiscale a relevé le versement en 2012, au profit de M. B, salarié de la société, de diverses sommes, distinctes de ses salaires, à hauteur de 56 698 euros. A la suite du contrôle sur pièces du dossier fiscal de l'intéressé, diligenté selon la procédure de rectification contradictoire, le service a donc estimé qu'au titre de l'année 2012, les sommes correspondantes devaient être imposées à l'impôt sur le revenu entre les mains de M. B, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en tant que distributions occultes, sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts. M. B relève appel du jugement du 8 juin 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a subséquemment été assujetti au titre de l'année 2012, ainsi que des pénalités correspondantes.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même code : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. (). ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.
3. La proposition de rectification du 24 avril 2014 adressée à M. B indique que les revenus de capitaux mobiliers pour leur montant majoré à 70 873 euros, retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2012, sont assujettis aux prélèvements sociaux dont elle précise la liste, les fondements légaux et les taux applicables. En outre, dans la partie sur les conséquences financières du contrôle, la proposition de rectification indique la base des prélèvements sociaux et leur montant. Dans ces conditions, alors que l'administration n'est pas tenue de réitérer pour les prélèvements sociaux les explications contenues dans la proposition de rectification concernant le redressement de l'assiette de l'impôt sur le revenu, et dont il n'est pas contesté qu'elle est sur ce point suffisamment motivée, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales pour insuffisance de motivation en ce qui concerne les prélèvements sociaux doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. les rémunérations et avantages occultes ". En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe en principe à l'administration d'apporter la preuve de l'existence et du montant des sommes en cause, ainsi que celle de leur appréhension effective par l'intéressé.
5. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SARL Tech-Elec, le service a constaté que M. B avait encaissé au cours de l'année 2012 sur son compte bancaire personnel trente chèques émis par cette société pour un montant total de 83 159 euros et relevé que la SARL Tech-Elec avait produit, au cours de la même période, comme seuls justificatifs des versements en litige, douze bulletins de salaire au bénéfice de l'intéressé pour un montant de 26 461 euros. Le service a estimé que la différence entre ces deux montants soit 56 698 euros constituait une rémunération ou un avantage occulte. Alors que M. A ne conteste pas ces éléments, le service apporte la preuve qui lui incombe de l'existence et du montant des rémunérations ou avantages en cause et de leur appréhension par M. B. Si M. B fait valoir qu'il a déclaré la somme de 46 723 euros dans la catégorie des traitements et salaires au titre de l'année 2012 et que l'administration, en s'abstenant de la déduire intégralement du montant des versements litigieux, a procédé à une double imposition à hauteur 20 262 euros, il n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'à concurrence de 20 262euros, la somme de 56 698 euros correspondrait à des traitements et salaires, ni que la somme qu'il a déclarée à titre de traitements et salaires, proviendrait de la société Tec-Elec en ce qu'elle excède le montant de 26 461 euros des salaires que cette société a justifié lui avoir versés. S'il fait ensuite valoir que les versements opérés sur son compte par la société Tech-Elec correspondent, à hauteur de 20 033,13 euros, à des remboursements de sommes qu'il a avancées pour payer des salariés de la société en raison de l'indisponibilité de la gérante qui lui aurait donné mandat tacite, et se prévaut à ce titre de treize bulletins de paye dont le montant correspond au montant de treize chèques encaissés sur son compte bancaire personnel, M. B ne produit toutefois aucun élément justifiant qu'il a effectivement avancé les sommes en cause sur ses fonds propres ni même d'attestation de la gérante, pas plus qu'une reconnaissance de dette ou un contrat de prêt. Par suite, la somme de 56 698 euros perçue par M. B ne constituant ni une contrepartie de ses fonctions de salarié, ni le remboursement de frais exposés au nom de la société, c'est à bon droit que le service l'a imposée entre les mains de M. B dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en tant qu'avantage occulte.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". En vertu de l'article L. 195 A du code général des impôts, en cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, la preuve des manquements délibérés " incombe à l'administration ". Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Elle doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt.
7. Pour assortir les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à la charge du requérant de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, l'administration, qui a rappelé la teneur des dispositions de l'article 1729 du code général des impôt précité, a relevé l'importance des montants perçus et la réitération des encaissements en provenance de la SARL Tech-Elec. Elle s'est également fondée sur la dissimulation par l'intéressé des sommes encaissées à hauteur de 56 698 euros et du caractère répétitif de ces dissimulations, traduisant l'intention délibérée d'éluder l'impôt. Dans ces conditions, l'administration a suffisamment motivé la majoration en cause et apporté la preuve, qui lui incombe, que l'omission de déclaration résulte d'une démarche délibérée du contribuable visant à éluder l'impôt.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
Mme Isabelle Danielian, présidente assesseure,
Mme Claire Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 novembre 2023.
La présidente rapporteure,
L. Besson-Ledey
La présidente assesseure,
I. Danielian La greffière,
A. Audrain-Foulon
La présidente rapporteure,
L. Besson-Ledey
La présidente assesseure,
I. Danielian La greffière,
A. Audrain-Foulon
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026