jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02128 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 18 juin 2020, par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Par un jugement n° 2006819 du 25 juin 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté attaqué, a enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder, dans le délai de deux mois, au réexamen de la situation administrative de M. A et de lui délivrer, dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler et, enfin, a rejeté le surplus de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise demande à la cour d'annuler ce jugement en tant qu'il a annulé l'arrêté du 18 juin 2020 et lui a enjoint de réexaminer la situation de M. A.
Il soutient que :
- M. A n'a pas transmis à ses services le nouveau contrat de travail qu'il a signé le 2 mars 2020 ;
- ce nouvel emploi de directeur financier ne peut pas non plus justifier la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " dès lors qu'il s'agit d'un contrat non pérenne, dont le salaire est inférieur à celui qui lui était proposé auparavant comme employé polyvalent, qui n'est ainsi pas en adéquation avec ses études et son expérience, ainsi que l'avait relevé l'avis de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2021, M. A, représenté par Me Hug, avocat, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2020 et, dans tous les cas, à ce qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le préfet était informé de son nouveau contrat de travail, dans le cadre d'une instance introduite contre le refus de l'autorisation de travail, dès le 9 avril 2020, soit plus de deux mois avant l'arrêté litigieux ;
- l'intitulé du poste et le salaire qu'il perçoit depuis mars 2020 sont tout à fait en adéquation avec son diplôme et son expérience ; l'emploi qu'il occupait auparavant était également adéquat, compte tenu de son expérience de deux ans dans le domaine de la restauration et ses démarches, par ailleurs infructueuses, pour trouver un autre emploi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant pakistanais né le 22 janvier 1984, a fait l'objet d'un arrêté le 18 juin 2020 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Le préfet du
Val-d'Oise fait appel du jugement du 25 juin 2021 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en tant qu'il a annulé cet arrêté, lui a enjoint de procéder dans le délai de deux mois au réexamen de la situation administrative de M. A et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours.
2. Pour annuler l'arrêté du 18 juin 2020 du préfet du Val-d'Oise, les premiers juges ont estimé qu'en se fondant exclusivement sur la circonstance que la demande d'autorisation de travail en vue de l'exercice de la profession d'employé polyvalent dans le restaurant exploité par la société Capri, avait fait l'objet, le 12 février 2020, d'un " avis défavorable de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi " au motif que l'emploi proposé était en " inadéquation avec les études entreprises " sans examiner le nouveau contrat de travail qu'avait transmis M. A dans le cadre d'un recours devant le tribunal à l'encontre de ce refus d'autorisation de travail, le préfet avait entaché sa décision d'un défaut d'examen.
3. Toutefois, le requérant ne justifie, ni même n'allègue avoir transmis ce nouveau contrat de travail ou la demande d'autorisation de travail correspondante directement aux services du préfet chargés de l'instruction de sa demande de titre de séjour, alors que cette demande était toujours en cours d'instruction. Par suite, le préfet du Val-d'Oise est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise s'est fondé sur le moyen tiré du défaut d'examen pour annuler l'arrêté en litige, en estimant qu'il aurait dû examiner ce nouveau contrat de travail, produit à l'occasion d'une autre instance devant le tribunal administratif, avant de refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A.
4. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. A devant le tribunal administratif de
Cergy-Pontoise.
5. En premier lieu, par un arrêté n° 19-028 du 17 juin 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme C pour signer, notamment, " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour " et " toute obligation de quitter le territoire français, avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte ne peut qu'être écarté.
6. En deuxième lieu, il résulte des visas et des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a indiqué les dispositions législatives et conventionnelles qui constituaient le fondement légal de son arrêté, ainsi que les principaux faits fondant sa décision, à savoir, notamment, la durée de présence en France de M. A, son emploi et sa situation familiale. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 3. du présent arrêt, compte tenu du fait que M. A n'a pas informé le préfet de la conclusions d'un nouveau contrat de travail au regard duquel il souhaitait voir examiner sa demande de titre de séjour, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur de fait, en ne faisant pas mention de cet emploi dans l'arrêté attaqué et ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : () 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une autorisation de travail pour son seul emploi d'employé polyvalent dans un restaurant qu'il a occupé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée jusqu'en février 2020, alors qu'il est titulaire d'un bachelor en art, d'un master en gestion, d'un diplôme d'une école de commerce britannique et, enfin, d'un master en sciences du management. Il a, par ailleurs, cinq ans d'expérience dans le domaine de la finance. Dans ces conditions, l'emploi pour lequel il présentait une demande de titre de séjour était en inadéquation avec ses diplômes et son expérience, quand bien même il aurait travaillé quelques mois, lors de son arrivée sur le territoire français, dans des restaurants. Dans ces conditions, ce motif pouvait légalement fonder le refus d'autorisation de travail et le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. Le requérant se prévaut de sa situation professionnelle et de la présence sur le territoire français de sa femme, en situation régulière, et de ses deux enfants, dont l'un est né en France. Toutefois, le requérant est arrivé en France au cours de l'année 2014, soit six ans à la date de la décision attaquée et a résidé jusqu'en 2019 sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant ". Si le préfet ne conteste pas qu'il travaille désormais comme directeur financier, cet emploi s'exerce dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'un an et n'a débuté que trois mois avant la date de la décision attaquée. En outre, son épouse, de nationalité pakistanaise, résidait en France avec, en dernier lieu, un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 22 mars 2020 et ne justifie avoir travaillé que dans le cadre de contrats à durée déterminée à temps partiel auprès de plusieurs employeurs depuis mai 2019, soit seulement un an à la date de la décision attaquée. Dans ces circonstances, eu égard notamment à la nationalité commune de l'ensemble des membres de famille et du jeune âge des enfants de M. A, en édictant l'arrêté attaqué, le préfet n'a ni commis une erreur manifeste d'appréciation, ni porté à sa vie privée et familiale normale, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cet arrêté, ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse un titre de séjour à M. A n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé et doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Val-d'Oise est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé son arrêté du 18 juin 2020, lui a enjoint de procéder, dans le délai de deux mois, au réexamen de la situation de M. A et de lui délivrer, dans l'attente, dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2006819 du 25 juin 2021 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est annulé en tant qu'il a annulé l'arrêté du 18 juin 2020 du préfet du Val-d'Oise et lui a enjoint de procéder, dans le délai de deux mois, au réexamen de la situation de M. A et de lui délivrer, dans l'attente, dans le délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 2 : La demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise et les conclusions qu'il a présentées en appel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente de chambre,
M. Lerooy, premier conseiller,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
C. BLa présidente,
L. Besson-Ledey La greffière,
C. Fourteau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026