jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02236 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL HMS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler la décision du 22 février 2018 par laquelle La Poste a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de ses maladies.
Par un jugement n° 1804095 du 18 mai 2021, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision du 22 février 2018 et mis à la charge de la Poste une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2021 et 18 novembre 2022, la SA La Poste, représentée par Me Bellanger, avocat, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'évoquer l'affaire au fond et de rejeter la demande de première instance de Mme A ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué n'a pas été signé ;
- en vertu de l'article 18 du décret du 14 mars 1986, le médecin de prévention doit remettre un rapport à la commission de réforme ; il est également tenu informé de la date de la réunion de la commission ; le docteur C, qui travaille pour l'association Horizon Santé Travail à qui elle a fait appel pour les missions de médecine préventive, a bien examiné Mme A et a remis son rapport à la commission de réforme ; il est également constant qu'il a été informé de la tenue de la réunion de la commission ; les premiers juges ont commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en estimant que la procédure avait été viciée pour ce motif ;
- les autres moyens présentés par Mme A devant le tribunal administratif sont infondés ; les pathologies de Mme A n'ont pas de lien avec son activité professionnelle ; les restrictions médicales, en termes de port de charges, qui avaient été prescrites ont été respectées ;
- la demande d'expertise demandée par Mme A en appel n'est pas utile au débat.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, Mme D A, représentée par Me Legrand, avocat, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que soit ordonnée une expertise médicale avant-dire droit ;
3°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de La Poste sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne fait état d'aucune critique à l'encontre du jugement ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, sur le fond, une expertise médicale pourrait être utile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2011-619 du 31 mai 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Liogier,
- les conclusions de M. Illouz, rapporteur public,
- et les observations de Me Tastard pour la SA La Poste.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A a intégré La Poste en 1982 en qualité d'agent d'exploitation. Depuis septembre 2015, elle était affectée, comme cadre professionnel, au sein de la plateforme de distribution du courrier du Levallois-Perret en qualité d'encadrant courrier-distribution. Le 12 janvier 2017, elle a adressé à La Poste une demande de reconnaissance d'imputabilité au service de ses pathologies aux lombaires et au genou. Par une décision du 22 février 2018, après avis de la commission de réforme compétente, La Poste a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de ses maladies. La Poste fait appel du jugement du 18 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé ce refus.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la minute du jugement attaqué a été signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience, conformément aux prescriptions de l'article R. 741-7 précité du code de justice administrative. La circonstance que l'ampliation du jugement qui a été notifiée aux parties ne comporte aucune signature est sans incidence sur la régularité de ce jugement. Par suite, le moyen tiré de ce que la minute du jugement attaqué n'est pas signée ne peut qu'être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement :
4. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa rédaction alors en vigueur et applicable aux personnels de La Poste en vertu de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
5. Aux termes de l'article 18 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " Le médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion ; il remet obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 26, 32, 34 et 43 ci-dessous. () ". Aux termes de l'article 26 du même décret, dans sa version alors applicable : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, les commissions de réforme prévues aux articles 10 et 12 ci-dessus sont obligatoirement consultées dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 34 (2°), 2° alinéa, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui leur est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire concerné. () ". Enfin, l'article 16 du décret du 31 mai 2011 relatif à la santé et à la sécurité au travail à La Poste précise : " Le décret du 14 mars 1986 susvisé demeure applicable aux personnels fonctionnaires de La Poste. / En ce qui concerne ces personnels : () 2° Les attributions conférées au médecin chargé de la prévention par les articles 18, 26, 32, 34 et 43 du décret du 14 mars 1986 susmentionné sont exercées par le médecin du travail assurant le service de santé au travail () ".
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. Pour annuler la décision en litige, les premiers juges ont estimé que, d'une part, le document établi le 22 août 2017 par le docteur B, qui agissait comme médecin agréé, ne correspondait pas au rapport du médecin de prévention exigé par les dispositions précitées et que, d'autre part, il n'était pas établi que La Poste aurait informé le médecin de prévention de la date de la séance au cours de laquelle devait être examinée la situation de Mme A.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande de reconnaissance d'imputabilité de ses pathologies au service le 12 janvier 2017, ainsi qu'il a été dit au point 1. Dans le cadre de cette procédure, un document a été établi par le docteur B, médecin agréé du service médical francilien de Paris, le 28 août 2017, et un autre document a été rédigé le 22 août 2017 par le docteur C, médecin du travail à l'association Horizon Santé Travail, à qui La Poste a fait appel pour assurer les missions de médecine de prévention. La commission de réforme s'est réunie une première fois le 6 décembre 2017 mais n'a pas émis d'avis à la suite de cette séance, demandant des éléments complémentaires pour l'étude du dossier. La commission de réforme s'est réunie une seconde fois le 31 janvier 2018 et a rendu des avis défavorables à la reconnaissance d'imputabilité au service des deux pathologies de Mme A. La Poste a refusé de faire droit à la demande de Mme A par la décision litigieuse du 22 février 2018.
9. Il résulte des dispositions précitées que le docteur C, en sa qualité de médecin du travail qui assurait les missions de médecin de prévention, devait remettre un rapport écrit en vue de l'examen, par la commission de réforme, du dossier de Mme A. S'il est constant qu'il a rédigé son rapport le 22 août 2017, il ne ressort toutefois, contrairement à ce que soutient La Poste, d'aucune pièce du dossier que ce document aurait été transmis aux membres de la commission de réforme, le rapport de La Poste du 30 octobre 2017 à cette commission, qui ne fait état d'aucune pièce jointe, se limitant à indiquer que le docteur C " donne ses conclusions " sur cette reconnaissance le 22 août 2017, sans en reprendre le contenu. En outre, contrairement à ce que prétend La Poste, aucune pièce du dossier ne permet non plus d'établir que le docteur C aurait été informé de la tenue de la séance de la commission de réforme du 31 janvier 2018, alors que cette seconde séance faisait suite à l'envoi, par Mme A, de documents complémentaires à la demande de la commission. La procédure d'édiction de l'avis de la commission de réforme était donc irrégulière. Or, eu égard au rôle et aux missions du médecin de prévention, qui vise à prévenir toute altération de la santé des agents du fait de leur travail, la transmission d'un rapport écrit de ce médecin à la commission de réforme et son information quant à la tenue de la réunion de cette commission, pour lui permettre d'y assister et, le cas échéant, de présenter des observations susceptibles d'éclairer la commission de réforme chargée d'examiner la demande de Mme A a privé cette dernière de garanties. Par suite, la décision litigieuse est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière qui a privé Mme A de garanties.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la SA La Poste n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé sa décision du 22 février 2018 rejetant la reconnaissance de l'imputabilité des pathologies de Mme A au service.
11. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par La Poste sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de La Poste une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la SA La Poste est rejetée.
Article 2 : La SA La Poste versera à Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la SA La Poste et à Mme D A.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Besson-Ledey, présidente,
Mme Danielian, présidente assesseure,
Mme Liogier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
La rapporteure,
C. LiogierLa présidente,
L. Besson-Ledey
La greffière,
T. Tollim
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
N°21VE02236
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026