jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Versailles |
| Section | Cour administrative d'appel de Versailles |
| N° Dossier | CAA78-21VE02273 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C D a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 1er mars 2021 E lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de ce qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
E un jugement n° 2101802 du 21 juin 2021, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
E une requête enregistrée le 28 juillet 2021, M. D, représenté E Me Boy, avocate, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
- l'arrêté contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas été informé de la possibilité de quitter les lieux à tout moment au cours de son audition E les services de police judiciaire ;
- le signataire de l'arrêté ne disposait pas de la compétence pour ce faire ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et porte une atteinte grave et disproportionnée à sa vie personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur la décision portant obligation de quitter le territoire et sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, eux-mêmes illégaux ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors que l'article L. 511-1 III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est contraire à la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission :
- le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen est illégal dès lors que son droit au séjour dans les autres Etats de l'espace Schengen n'a pas été étudié ;
- il doit être effacé en raison de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () E ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. C D, ressortissant tunisien né le 28 mars 1989 à Tataouine, qui a déclaré être entré en France le 1er mars 2011, a été interpellé E les services de police le 1er mars 2021. E arrêté du même jour, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. D relève appel du jugement du 21 juin 2021 E lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé E Mme A B, directrice des migrations de la préfecture des Yvelines, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du 20 novembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 23 novembre 2020. Cette délégation n'avait pas à être visée dans l'arrêté contesté. E suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'irrégularité des conditions de l'audition de M. D E les services de police, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant ne présente en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté pour le même motif que celui retenu à bon droit E les premiers juges aux point 3. du jugement entrepris.
5. En troisième lieu, M. D fait valoir sa présence en France depuis mars 2011, ses démarches en vue de régulariser sa situation, son activité professionnelle ainsi que la nationalité française de l'un de ses frères. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant, ne produit aucun document pour prouver sa présence en France antérieurement à l'année 2015 et les pièces du dossier ne permettent d'établir sa présence habituelle sur le territoire français qu'à compter du mois de juin 2018. E ailleurs, les deux demandes de titre de séjour qu'il a présentées ont fait l'objet de décisions de rejet le 5 décembre 2017 et le 15 octobre 2019, toutes deux assorties d'une obligation de quitter le territoire français. Enfin, il ressort du procès-verbal d'audition du 1er mars 2021 que les parents, deux sœurs et l'un des deux frères de M. D résident encore en Tunisie où il a lui-même vécu jusqu'à au moins l'âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, bien que le requérant travaille comme serveur-préparateur dans un restaurant dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 13 juin 2018, le préfet des Yvelines n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. D, ni porté une atteinte grave et disproportionnée à sa vie personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
6. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Elle est suffisamment motivée.
7. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle de l'atteinte grave et disproportionnée qu'elle porterait à sa vie personnelle doit être écarté pour les motifs exposés au point 5. de la présente ordonnance.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
8. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que M. D n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français sans délai serait entachée d'illégalité. E suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée E voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, E une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () / La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés E l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "
10. Aux termes de l'article 11 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " 1. Les décisions de retour sont assorties d'une interdiction d'entrée : / a) si aucun délai n'a été accordé pour le départ volontaire, ou / b) si l'obligation de retour n'a pas été respectée. / Dans les autres cas, les décisions de retour peuvent être assorties d'une interdiction d'entrée. / 2. La durée de l'interdiction d'entrée est fixée en tenant dûment compte de toutes les circonstances propres à chaque cas et ne dépasse pas cinq ans en principe. () ".
11. A supposer que M. D entende se prévaloir des dispositions précitées de l'article 11 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français aurait été prise sur le fondement de dispositions législatives incompatibles avec les objectifs de cette directive, déjà soulevé en première instance et à l'appui duquel le requérant n'apporte aucun élément de fait ou de droit nouveau, doit être écarté E adoption des motifs retenus à bon droit E les premiers juges au point 7. du jugement entrepris.
12. En troisième et dernier lieu, d'une part, M. D ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. E suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant une interdiction de retour à l'encontre du requérant. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5. de la présente ordonnance, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre du requérant.
En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
13. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " III. - () L'étranger à l'encontre duquel a été prise une interdiction de retour est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen de deuxième génération (SIS II). Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées E voie réglementaire. () "
14. Il ressort de ce qui vient d'être dit que M. D n'établit pas que l'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'illégalité. E suite, il n'est pas fondé à solliciter la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de l'interdiction.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. D est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, E voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 1er décembre 2022.
Le Conseiller d'État,
Président de la cour administrative d'appel de Versailles
T. OLSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
3
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026