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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-21VE02313

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-21VE02313

jeudi 9 mars 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-21VE02313
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
Avocat requérantCREAC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E C et Mme A C ont demandé au tribunal administratif d'Orléans de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016.

Par un jugement n° 2000785 du 31 mai 2021, le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 2 août 2021, M. et Mme C, représentés par Me Creac'h, avocat, demandent à la cour :

1°) d'annuler le jugement attaqué ;

2°) de prononcer la décharge des impositions contestées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée à défaut de préciser les éléments essentiels du mode de détermination du coefficient de marge utilisé pour la reconstitution des recettes de la société Millénium ; elle est insuffisamment motivée en ce qu'elle repose sur des hypothèses contradictoires ;

- l'administration doit apporter la preuve que les avances, prêts ou acomptes ont été réellement mis à la disposition des associés et établir leur montant exact ; l'administration fiscale ne pouvait rectifier à la fois les sommes portées au crédit du compte courant d'associé de M. C et le solde débiteur de ce compte ; seul le solde est imposable ; le solde étant débiteur, il n'a pas eu la disposition des fonds ; l'administration fiscale ne peut se fonder sur les écritures comptables de la société Millenium, qu'elle a écartées comme comportant de graves irrégularités ; il ressort de leurs comptes bancaires que ces sommes n'ont pas été mises à leur disposition ;

- le service vérificateur ne pouvait remettre en cause les charges justifiées par des factures régulières ; les factures n'ont pas, pour être régulières, à décrire les matériaux utilisés pour la réalisation de la prestation ; le fait que ces matériaux ne figurent pas dans les stocks ne démontre pas leur appréhension par le dirigeant ; les réponses orales ne constituent pas des éléments de preuve opposables au contribuable, ainsi qu'énoncé par les réponses ministérielles à M. D député n° 36323 du 20 avril 1981 et à M. B député n° 4085 du 8 mars 1982 ; les charges ne pouvaient être rejetées sur des hypothèses ;

- l'administration fiscale ne peut se prévaloir de la présomption d'appréhension par le maître de l'affaire résultant du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts dès lors il n'est pas démontré que M. C était le seul maître de l'affaire ; il justifie de ce que son père avait également la disposition des fonds sociaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 janvier 2023, l'instruction a été close au 3 février 2023, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2022, le président de la cour administrative d'appel de Versailles a désigné Mme Dorion, présidente-assesseure de la 1ère chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. A la suite de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Millénium, qui a pour activité la maçonnerie de gros œuvre et dont M. C est associé unique et dirigeant statutaire, M. et Mme C se sont vu notifier des rehaussements d'imposition sur le revenu et de prélèvements sociaux, au titre des années 2014, 2015 et 2016, à raison de revenus regardés comme leur ayant été distribués par cette société. Ils relèvent appel, par les mêmes moyens qu'en première instance, du jugement du 31 mai 2021 par lequel le tribunal administratif d'Orléans a rejeté leur demande de décharge de ces impositions supplémentaires.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler de façon utile ses observations.

4. Si les requérants soutiennent que la proposition de rectification qui leur a été adressée est insuffisamment motivée à défaut de préciser les éléments essentiels du mode de détermination du coefficient de marge utilisé pour la reconstitution des recettes de la SASU Millénium, ce moyen est en tout état de cause inopérant dès lors que le service n'a pas procédé à la reconstitution des recettes, ni déterminé de coefficient de marge. Par ailleurs, la proposition de rectification adressée à M. et Mme C est suffisamment motivée en la forme, alors même qu'elle serait fondée sur des hypothèses contradictoires, cette circonstance relevant de l'appréciation du bien-fondé de l'imposition. Le moyen tiré de la méconnaissance des prescriptions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut dès lors qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

6. M. et Mme C n'ont pas présenté d'observations sur la proposition de rectification du 14 décembre 2017 relative à leur imposition sur le revenu. Ils sont par suite réputés avoir accepté les rectifications et supportent la charge de la preuve de l'exagération des impositions.

En ce qui concerne les sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé de M. C :

7. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () ". Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l'associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Lorsque l'administration entend imposer comme revenus distribués sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts une somme inscrite sur le compte courant d'un associé dans les écritures d'une société, elle est en droit de se fonder sur les écritures de la société, alors même que celles-ci seraient entachées d'irrégularités. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

8. Lors de la vérification de la comptabilité de la SASU Millénium, le service vérificateur a constaté, dans ses écritures comptables, que des sommes avaient été portées au crédit du compte-courant d'associé de M. C, au titre des trois années d'imposition en litige, sans que celui-ci n'apporte la preuve de la prise en charge de dépenses incombant à la société. Le service vérificateur a, au contraire, constaté que des dépenses personnelles de M. C prises en charge par la société Millénium faisaient en outre l'objet d'une inscription au crédit de son compte courant au lieu d'un débit. L'administration fiscale était par suite fondée, alors même qu'elle avait constaté que la comptabilité était entachée de graves irrégularités tenant notamment à des erreurs de comptabilisation, de nombreuses dépenses personnelles passées en charge, des charges comptabilisées deux fois, ou des reports à nouveau modifiés d'un exercice à l'autre, à regarder comme lui ayant été distribuées les sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé de M. C.

En ce qui concerne le solde débiteur du compte courant d'associé de M. C :

9. Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. () ". En application de ces dispositions, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts.

10. L'administration fiscale a, à bon droit, rehaussé les revenus des contribuables du montant du solde débiteur du compte courant d'associé de M. C, correspondant à une dette non justifiée de la société à son égard. En se bornant à faire valoir que le solde étant débiteur, son titulaire n'a pas eu la disposition des fonds, les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, de ce que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

En ce qui concerne les charges non déductibles supportées par la SASU Millénium :

11. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1º Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital'()'". Aux termes de l'article 110 du même code : "'Pour l'application du 1º du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés'".

12. Pour mettre à la charge de M. C les impositions en litige, l'administration fiscale a relevé notamment que des dépenses d'achats de matériaux de second œuvre n'avaient pas été exposées dans l'intérêt de la SAS Millénium. La circonstance que ces charges seraient justifiées par des factures régulières est sans incidence sur ce motif de rejet. En constatant que ces achats de matériaux ne pouvaient être rapportés à des prestations facturées par la SAS Millénium et ne figuraient pas en stock, pour en déduire que ces dépenses révélaient soit une minoration de recettes, soit des dépenses personnelles dès lors qu'ils avaient été vraisemblablement utilisés pour la construction concomitante de la maison personnelle de M. C, le service établit que ces dépenses ont été prises en charge par la SAS Millénium alors qu'elles ne lui incombaient. En justifiant également cette rectification par la circonstance que M. C n'avait apporté aucune explication cohérente, le service vérificateur n'a, en tout état de cause, pas opposé au contribuable ses réponses orales.

En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués à M. C :

13. Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire. Il est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

14. Il est constant que M. C était, au cours des années en cause, l'associé unique et le dirigeant de la SASU Millénium, qu'il était le seul détenteur de la signature sur les comptes bancaires de la société et qu'il en assurait la responsabilité de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière. La seule circonstance que le père de M. C, au demeurant frappé d'une interdiction de gérer, aurait signé quelques chèques, bordereaux de remise de chèques et autres documents administratifs au nom de la société, n'est pas de nature à le faire regarder comme ayant également la qualité de maître de l'affaire. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a considéré que M. C était le seul maître de l'affaire et devait, par suite, être regardé comme ayant appréhendé les sommes désinvesties de la société Millénium.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. et Mme C est manifestement dépourvue de fondement et ne peut qu'être rejetée, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C, à Mme A C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Fait à Versailles, le 9 mars 2023.

La présidente-assesseure de la 1ère chambre,

O. DORION

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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